Son livre sort le 10 décembre
Comment la prison a changé Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy n'a pas tardé à publier son «Journal d'un prisonnier» (Ed. Fayard). Un mois pile après sa libération conditionnelle le 10 novembre, le livre sort ce 10 décembre en librairie.
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Nicolas Sarkozy se retrouve sur le devant de la scène politique avace la sortie de son «Journal d'un prisonnier».
Photo: Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il est parfois difficile de ne pas prendre Nicolas Sarkozy en sympathie à la lecture de son «Journal d’un prisonnier», à paraître le 10 décembre. Comme il a toujours su le faire, l’ancien président français, en liberté conditionnelle depuis le 10 novembre, sait montrer de lui une facette peu connue, et susciter l’intérêt. Le «Sarko» politique s’est fait une réputation de hussard. Il a toujours forcé les portes du pouvoir, au fil de sa carrière qui l’a conduit jusqu’au palais présidentiel de l’Elysée, de mai 2007 à mai 2012. Or voici que le lecteur découvre, dans les 250 pages de ce livre officiellement écrit en prison, au stylo, un homme seul, inquiet, avant tout désireux de retrouver dès que possible sa famille pour rompre l’isolement de la détention.

Nicolas Sarkozy a senti l’opportunité politique de sa transformation en prison. On le devine au fil des pages. Plus on avance dans ce texte, plus l’on commence à flairer la stratégie. «Sarko» est entré en détention à la prison de la Santé, le 21 octobre, après le coup de massue de sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour «association de malfaiteurs» dans l’affaire des présumés fonds libyens de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007. Ses premières pages sont écrites (au stylo bic, dit-il) alors qu’il est dans un trou d’air. Il n’a cessé de se dire innocent. Il le proclame encore. Mais en prison, est-ce crédible? C’est là qu’un nouveau Sarkozy émerge. Plus posé. Attentif, toujours aussi résolu mais moins colérique. Une métamorphose qui s’impose au fil des 200 pages de ce récit.

Trois semaines de détention? Non, plutôt trois semaines de recueillement et de réflexion personnelle. Nicolas Sarkozy avoue qu’il a prié, qu’il a discuté avec l’aumônier, qu’il a sympathisé avec ses gardiens, pour la plupart originaires des territoires français d’outre-mer. Exit le Sarkozy qui intimait l’ordre aux jeunes des banlieues de se calmer, après avoir promis de nettoyer certains quartiers au Karcher. À 70 ans, l’ex-chef de l’Etat se mue en sage. Sauf que la politique, le goût du pouvoir, et la volonté d’échafauder de nouvelles stratégies pour le reconquérir ne disparaissent pas comme ça. Bien au contraire.

Vivre en accéléré

On sait que Nicolas Sarkozy, longtemps, a voulu tout vivre en accéléré. Sa carrière politique a défilé version TGV. L’homme a 28 ans lorsqu’il remporte, à la surprise générale, la mairie de la très cossue ville de Neuilly-sur-Seine, à l’ouest de Paris. Deux ans de moins que celui dont certains affirment qu’il ne refuserait pas d’être le conseiller de l’ombre, s’il devait être élu aux plus hautes fonctions: Jordan Bardella, trente ans, président du Rassemblement national et favori pour la prochaine présidentielle.

Dans ce livre, tout va lentement. Nicolas Sarkozy, pour une fois, ne se contemple pas lui-même. Il regarde autour, il évalue. Il décrit le décor: «Je fus frappé par l’absence de toute couleur. Le gris dominait tout, dévorait tout, recouvrait toutes les surfaces», écrit l’ancien président de la République. Quelques minutes plus tard, le voici dans sa cellule, agenouillé devant son lit au matelas particulièrement dur. Après avoir bien disposé les draps…

«Je suis resté ainsi de longues minutes. Je priais pour avoir la force de porter la croix de cette injustice», poursuit Nicolas Sarkozy, qui continue de clamer son innocence. Là aussi, l’alibi est parfait. Ses trois semaines de détention lui permettent de se présenter comme victime, même si la Cour de cassation vient, le 27 octobre, de confirmer son jugement dans une autre affaire de financement électoral: l’affaire Bygmalion. «Sarko», rappelons-le, a aussitôt fait appel de sa lourde condamnation dans l’affaire des fonds libyens. Il sera jugé à nouveau du 16 mars au 3 juin par la Cour d’appel de Paris.

Journées de solitude

Le reste du livre est traversé par trois fondamentaux. 1. Nicolas Sarkozy ne pardonnera qu’à ceux qui lui gardent leur estime. Il a besoin de se voir, sinon réhabilité, du moins compris, dans le regard des autres. 2 L’ancien président tient toujours ses comptes politiques et électoraux. Il n’a pas supporté qu’Emmanuel Macron prenne ses distances avec lui, puis commette l’irréparable avec la dissolution de l’Assemblée nationale de juin 2024. Il ne comprend toujours pas que la Légion d’honneur lui ait été retirée après sa première condamnation dans l’affaire des «écoutes téléphoniques», pour laquelle il s’est pourvu devant la Cour européenne des droits de l’homme. 3. L’histoire n’est pas écrite. La droite française dont il était le héros est destinée à mourir. La droite nationale-populiste ne doit plus être combattue, mais soutenue, ce qu’il promet de faire aux prochaines élections.

Nicolas Sarkozy n’a pas, pour rien, emmené avec lui en prison «Le Comte de Monte Cristo», d’Alexandre Dumas. Il a pris goût à cette écriture clandestine. «Je donnais les feuilles à mes avocats, qui les donnaient à ma secrétaire pour les mettre au propre. J’ai écrit d’un seul jet et, après ma libération, un lundi, j’ai terminé le livre dans les jours suivants», se justifie-t-il. Il fallait que je réponde à cette simple question: «Mais comment en suis-je arrivé là? Que je m’interroge sur cette vie si étrange que la mienne, qui m’a fait passer par tant de situations extrêmes.». La réponse est dans son livre. La prison a changé «Sarko». Il n’est plus le conquérant. Il ne lui reste qu’à régler ses comptes.

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