La France est-elle le pays où les casseurs peuvent impunément s’en prendre aux biens publics et privés sans jamais payer l’addition? C’est en tout cas l’impression d’une bonne partie de la population française, sidérée par la nuit de violences et de pillages qui a suivi la seconde victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, samedi 30 mai.
Avec plus de 800 interpellations par la police dans tout le pays, le record de l’année 2025, lors du premier succès européen du PSG, a été pulvérisé. Plus grave: les vrais-faux fans du club, parmi lesquels beaucoup ne vont jamais au stade, ont cassé dans plusieurs villes françaises où les joueurs emmenés par Ousmane Dembélé n’ont, en théorie, pas beaucoup de supporters. Lyon, Toulouse, Agen, Clermont-Ferrand: partout, les policiers ont dû intervenir. Et partout, des vitrines de magasins, des abribus, des feux rouges et des équipements publics ont été saccagés.
Réagir, et après?
Il fallait donc réagir. C’est ce qu’a tenté de faire le Premier ministre Lecornu, mardi 2 juin, en proposant à l’Assemblée nationale d’instaurer un principe de «casseur-payeur». Ironie du calendrier: l’un de ses prédécesseurs, aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle de 2027, Gabriel Attal, avait répété lors de son premier meeting de campagne, samedi 30 mai, son fameux slogan: «Tu casses, tu répares.»
Mais comment faire pour que ces promesses deviennent réalité dans un pays où la violence urbaine est devenue un quasi-moyen d’expression, que ce soit pour se faire entendre, célébrer des événements ou obtenir satisfaction de la part des autorités? «La France s’est accoutumée aux violences émeutières», a déploré, dans les colonnes du Figaro, le sociologue Jérôme Fourquet.
L’avis de l’auteur de «L’Archipel français»? «Les matchs du PSG ne sont, hélas, pas les seuls à servir de prétexte à ces explosions de violence gratuite et à ces exactions et déprédations de masse. L’instauration et l’enracinement de cette tradition émeutière s’observent également à l’occasion d’autres rencontres de football (...) Même la Coupe d’Afrique, qui s’est déroulée en fin d’année 2025 et au début de 2026, a de nouveau été le théâtre de tels épisodes de violence urbaine. 227 interpellations eurent également lieu à l’issue du match France-Argentine en finale de la Coupe du monde le 18 décembre 2022. (...) On peut aussi évoquer le 14 Juillet, Halloween et le jour de l’An: l’institutionnalisation calendaire des violences urbaines.»
Facteurs sociaux
Les raisons de ces violences sont multiples. Les facteurs sociaux jouent bien sûr un rôle. La médiatisation des événements a également sa part de responsabilité. La droite française accuse pour sa part la jeunesse issue de l’immigration d’être largement responsable de ces actes, alors que les jeunes casseurs reflètent assez largement la population métissée des grandes métropoles.
Beaucoup d’observateurs se tournent donc vers les forces de police qui, malgré leur dispositif impressionnant (45'000 policiers déployés dans tout le pays samedi, dont 8000 à Paris et en région parisienne), ne parviennent plus à empêcher les débordements. Est aussi mise en cause la responsabilité sociale d’acteurs comme les clubs de football. Le PSG, possédé par le fonds souverain du Qatar depuis 2011, savait que le risque d’embrasement existait à Paris à l’issue de la finale, qu’elle soit gagnée ou perdue. Mais rien n’a été fait en amont. Le club a laissé les pouvoirs publics seuls en première ligne.
Peut-on y remédier? Le problème est qu’en France les peines prononcées en comparution immédiate sont peu dissuasives. Dès cette semaine, plusieurs dizaines de condamnations ont été prononcées, souvent à des peines de prison avec sursis. Les amendes infligées, de quelques centaines d’euros, demeurent en général impayées.
Les menaces de saisie des allocations sociales perçues par les familles n’ont jamais été mises en œuvre et risquent d’accroître la précarité dans certains quartiers. Le sentiment d’impasse prédomine. Impossible de punir. Impossible de récupérer l’argent. Impossible de désigner des responsables. Alors que la violence urbaine est endémique et qu’elle devient souvent un jeu, en particulier pour les mineurs, généralement condamnés à des peines moins lourdes.
Violence légitime
Alors, payer ou réparer? Certains maires essaient, en obligeant les familles des mineurs délinquants scolarisés à participer à des travaux d’intérêt général. Cela fonctionne parfois au niveau local. Mais les sanctions demeurent insuffisantes. La justice ne suit pas. La possibilité d’échapper aux peines prononcées reste importante.
Jérôme Fourquet le déplore dans sa tribune au Figaro: «Année après année, ces pratiques s’enracinent donc et se transmettent aux générations montantes, qui voient dans ces dates autant d’occasions de mettre le 'zbeul' à peu de frais (la proportion des interpellés écopant de peines étant très faible) et d’affronter la police ou de piller, pour les plus déterminés d’entre eux. Certains y verront une soupape nécessaire à l’expression d’une énergie juvénile qu’il a toujours été difficile de canaliser, d’autres une extension progressive du domaine de l’émeute et de la loi des bandes face à un Etat qui peine, voire rechigne, à exercer son monopole de la violence physique légitime.»