L'heure de vérité n'est pas encore arrivée. Ce lundi 9 février, Ghislaine Maxwell a choisi de continuer de se taire, en s'abritant derrière le Ve amendement de la Constitution américaine, pour ne pas répondre aux questions que lui posaient, en visio conférence, les parlementaires de la Commission d'enquête du Congrès. Motus. Rien de neuf à attendre de sa part sur les ramifications de l'affaire Epstein, en particulier à Paris et à Londres, où la tempête gronde à la suite des dernières révélations sur le prince Andrew, l'ex-ministre travailliste Peter Mandelson et l'ex-ministre français Jack Lang.
Ghislaine Maxwell, ou le maillon européen de l'affaire Epstein. Partout, l'intéressée accompagnait le financier et prédateur sexuel condamné en 2008 par la justice de Floride. A Paris, Maxwell était chez elle. Née en région parisienne, elle profitait des amitiés de sa mère, l'historienne Elisabeth Meynard, spécialisée dans l’étude de la persécution des Juifs d’Europe par le Troisième Reich nazi. Et elle pouvait aussi compter sur les réseaux de son défunt père Robert Maxwell, l'ancien capitaine de l'armée britannique, juif d'origine tchèque, devenu ensuite un magnat des médias anglais, propriétaire du Daily Mirror dont il dévalisa les fonds de pension pour financer ses dettes abyssales.
Le passé: c’est justement ce que Ghislaine Maxwell, née en France le 25 décembre 1961, a dû affronter de nouveau ce lundi 9 février, devant la commission d’enquête du Congrès des Etats-Unis, qui l’a de nouveau auditionnée à huis clos. Mais nous n'en saurons pas plus pour l'instant, l'ex-compagne de Jeffrey Epstein ayant décidé de se murer dans le silence, invoquant le cinquième amendement. Son avocat a précisé qu'elle ne témoignerait qu'à condition d'obtenir la grâce présidentielle de Donald Trump.
Française, britannique et américaine, à la suite de sa naturalisation dans les années 1970, Ghislaine Maxwell est celle qui, dans ses trois pays, a suivi Jeffrey Epstein dans tous ses excès. Mais c’est à Paris, sa ville d’origine, que celle qui fut la compagne et la rabatteuse du milliardaire américain a sans doute le plus navigué dans le secret. L’appartement d’Epstein, un luxueux 800 m² situé avenue Foch, près de l’Arc de Triomphe, était le point de ralliement, dans les années 2010, de nombreuses personnalités françaises séduites par la prodigalité de ce personnage. L’un de ses entremetteurs parisiens était Jean-Luc Brunel, agent de mannequins, mort lui aussi en prison (comme Epstein) le 19 février 2022, alors qu’il se trouvait en détention provisoire à la prison de la Santé.
Le français, première langue
Ghislaine Meynard Maxwell parlait français couramment. Durant son procès, en novembre 2021, les journalistes présents la virent régulièrement converser avec des membres de sa famille et avec ses avocats dans sa langue maternelle. Celle qui vouait un culte à son père, mort noyé au large de son yacht le 5 novembre 1991, avait souffert durant son adolescence de crises d’anorexie. Elle avait noué, dans les années 1990, de nombreuses connexions dans le milieu journalistique à Paris, où Robert Maxwell avait lancé un journal pro-européen, «The European», dont la rédaction employait de nombreuses plumes parisiennes.
En sait-elle plus sur les liens entre l’ancien ministre de la Culture Jack Lang et Jeffrey Epstein? Le créateur de la Fête de la musique n’a, en tout cas, pas eu d’autre choix que celui de démissionner ce week-end de la présidence de l’Institut du monde arabe, qu’il occupait depuis 2013.
Jusqu'ici, Ghislaine Maxwell a choisi de se taire, préférant ne pas aggraver son cas au regard de la justice américaine, qui l’a condamnée le 28 juin 2022 à vingt années de détention pour cinq chefs d’accusation de crimes sexuels. Il est impossible, néanmoins, qu’elle n’ait pas été tenue informée par Jeffrey Epstein de ses contacts français à tous les niveaux.
A Manhattan, lors de son procès, les procureurs avaient fait défiler à la barre quatre victimes présumées; la plus jeune n’avait que 14 ans au moment des faits, qui se seraient produits entre 1994 et 2004. Une seule des proies du couple infernal a accepté de dévoiler son nom: Annie Farmer. Elle avait 16 ans, en 1996, au moment où, excellente élève, elle accepta de rejoindre Epstein dans son ranch du Nouveau-Mexique, pensant participer à un stage pour étudiants surdoués.
Aucun crime
«Je n’ai commis aucun crime», a déclaré Ghislaine Maxwell à la barre le 1er novembre 2021, confirmant son refus de plaider coupable. L’hebdomadaire français «Paris Match» écrivait alors: «Pour tous les puissants qui auraient été 'écoutés' par Epstein lorsqu’ils séjournaient chez lui, probablement est-ce une bonne nouvelle: cela signifie que Ghislaine n’a pas l’intention d’entrer dans une négociation avec les procureurs fédéraux en balançant quelques noms contre une réduction de peine.» La suite du volet français de l’affaire Epstein dépend très largement de sa détermination à rester murée dans le silence.