Acclamé par les lycéens qui manifestent, vilipendé par l'exécutif et l'extrême droite, Bally Bagayoko est devenu, depuis son élection en mars à la tête d'une grande ville de région parisienne, une figure de la gauche radicale française. Entre vidéos virales et polémiques, cet élu de 53 ans d'origine malienne s'est retrouvé sous les projecteurs avec le mouvement des lycéens qui secoue le pays depuis plusieurs semaines.
La semaine dernière, l'édile à la silhouette élancée a déclenché une tempête politique en déclarant, devant un lycée de sa ville de Saint-Denis, que «la violence, à un moment donné, peut être légitime». Avant de nuancer: «Chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux». Ces déclarations, qu'il maintient depuis, lui ont valu une pluie de critiques et un signalement par la préfecture qui a jugé son attitude «pour le moins ambiguë», évoquant des vidéos devenues virales où il était «accueilli en héros» par les jeunes manifestants, puis «dansant» près d'un feu de poubelle.
«C'est la place d'un élu»
Bally Bagayoko s'est défendu en affirmant qu'il essayait d'éteindre les flammes. «C'est la place d'un élu» d'être auprès des lycéens, a-t-il justifié en réponse à ceux qui accusent son parti, La France insoumise (LFI), d'instrumentaliser la mobilisation.
Mardi, une vidéo de lui, bras-dessus, bras-dessous avec des jeunes cagoulés dans la rue, suivi par une foule euphorique lors d'une manifestation à Paris, avant de s'interposer entre eux et les policiers, a réuni plus d'1,6 millions de vues sur X. Parmi elles, l'influent conseiller du président russe, Kirill Dmitriev, qui a relayé le post en le décrivant comme le «Robespierre de la Révolution française 2.0».
Fausses rumeurs
Ancien cadre de la société des transports publics parisiens (RATP), Bally Bagayoko a été propulsé de l'ombre à la lumière avec sa victoire historique aux municipales de mars dans la plus grande ville d'Île-de-France après Paris (150'000 habitants). A peine élu, cet homme de confession musulmane et qui a grandi dans un quartier populaire de sa commune, a été la cible de fausses rumeurs et de commentaires racistes de l'extrême droite.
Des médias ont assuré qu'il avait qualifié Saint-Denis de «ville des Noirs et du peuple vivant», alors qu'il avait en réalité parlé de «ville des rois (surnom de Saint-Denis, où se trouvent les tombeaux des rois de France, ndlr) et du peuple vivant». L'élu s'est aussi, très vite, attiré les foudres de l'exécutif qui lui a reproché ses critiques récurrentes envers les forces de l'ordre et son projet de désarmement de la police municipale.
Cet été, le parquet national financier a ouvert une enquête le visant après des accusations de détournement de fonds publics et d'emploi fictif lorsqu'il était conseiller municipal – que la RATP a démenties. «Les attaques racistes (...) ont cristallisé l'attention autour de lui et ont généré une grosse contre-offensive», estimait en mai à l'AFP l'eurodéputée Manon Aubry.
«Nouvelle France»
En six mois, il s'est imposé comme l'incarnation de la «Nouvelle France» voulue par le leader de la gauche radicale et candidat à la présidentielle de 2027 Jean-Luc Mélenchon: plus connectée, urbaine et métissée. Dans les sondages, celui-ci bénéficie d'un soutien massif (environ 40%) parmi les 18-24 ans, surtout dans les banlieues densément peuplées et à forte immigration comme Saint-Denis.
Le discours insoumis résonne sur ce territoire marqué par une pauvreté deux fois supérieure à la moyenne nationale, où les élèves dénoncent les conditions d'apprentissage et l'état de délabrement de leurs établissements. Pour dénoncer l'incapacité de la République à «corriger les inégalités», Bally Bagayoko avait décroché dès sa prise de fonctions à Saint-Denis le portrait officiel d'Emmanuel Macron dans son bureau.
Cet ex-joueur semi-professionnel et entraîneur de basket revendique son ancrage local. Durant sa campagne, il s'était affiché en train de marquer un panier spectaculaire, dos au panneau. Puis, marchant en costume cravate, ce père de quatre enfants décrivait son enfance en HLM, «façonnée par le service public et l'entraide». «Comme beaucoup d'entre vous», soulignait-il.
«Il va sur le terrain (...) pour nous soutenir. Il y va sans garde du corps», souligne à l'AFP Kamélia, élève de terminale : «En fait, il comprend sa jeunesse, ce qui fait que forcément, il va beaucoup gagner en popularité». Si ses soutiens lui prédisent un destin politique au-delà de Saint-Denis, Bally Bagayoko n'exprime pour l'heure aucune ambition personnelle, et affiche un soutien sans faille à Jean-Luc Mélenchon.