Lecornu joue la montre
Vous avez aimé le grand débat des gilets jaunes? Il arrive dans les lycées français

Les lycéens en colère devront patienter. Dans une intervention télévisée ce mercredi 7 octobre, le premier ministre français leur a proposé une sorte de grand débat. Sans moyens nouveaux, et sans garanties de changement.
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Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'est enfin exprimé mercredi 7 octobre pour répondre aux colères des lycéens.
Photo: AFP

En bref

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  • Sébastien Lecornu a annoncé que 40'000 contributions ont été recueillies via une plateforme pour les lycéens et que des mesures pour améliorer leur situation seront dévoilées fin octobre.
  • Le Premier ministre français exhorte le Parlement à voter un budget permettant de réduire le déficit public à 5% d'ici 2027. Cette annonce s'inscrit dans une stratégie gouvernementale de rigueur budgétaire
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

C'est reparti pour un «grand débat national». Mais cette fois, il aura lieu dans tous les lycées de France. Plutôt que de répondre concrètement, après dix jours de manifestations et de colère, aux revendications des lycéens, le Premier ministre français a choisi la méthode éprouvée lors de la crise des «gilets jaunes». Priorité à la libre expression grâce à la plateforme ouverte par le gouvernement pour donner la parole dans les écoles secondaires. 40'000 contributions auraient déjà été recueillies, selon Sébastien Lecornu.

Sur le plan des décisions attendues par les lycéens? Rien. Ou plutôt, la promesse de revenir avec des annonces d'ici à la fin octobre dans les cinq domaines considérés comme prioritaires, sur lesquels il a alerté les préfets et les présidents de région ce week-end dans une lettre officielle: l'absentéisme des enseignants, l'état matériel des lycées, les emplois du temps des élèves, le logiciel Parcoursup d'accès à l'enseignement supérieur et la possibilité de mieux participer à la vie des établissements. Le chef du gouvernement mise sur les réticences d'une grande partie de la population, notamment au sein des classes d'âge supérieures, envers ce mouvement de protestation que personne n'avait anticipé. Avec l'espoir que la volonté des lycéens va s'émousser...

Le pari politique connaîtra un début de réponse dès jeudi 8 octobre, car un nouvel appel à la grève a été lancé. L'on verra aussi si la libération de 10 millions de barils de pétrole des stocks stratégiques, permettant de «faire baisser les prix à la pompe, dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole», calme le jeu social, avant l'appel à manifester lancé par les forces syndicales pour le 17 octobre. Si le climat redevient calme, la méthode Lecornu aura fonctionné. Si des centaines de lycées demeurent fermés et que les violences urbaines reprennent, cette stratégie de la patience trouvera ses limites. Pas sûr du tout, en effet, que le rappel des contraintes budgétaires calme le jeu, dans un pays où le projet de budget 2027, malgré 54 milliards d'euros d'économies, aboutira, s'il est approuvé, à un déficit public de 5% du produit intérieur brut à la fin de l'année prochaine.

L'autre épreuve de force engagée par Sébastien Lecornu concerne La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon. Le Premier ministre l'a accusée, sans la nommer dans son discours, d'instrumentaliser la violence, alors que les forces de l'ordre agissent, selon lui, de façon «proportionnée». Là aussi, rien ne dit que cette diabolisation de LFI va fonctionner. L'appel du Premier ministre au «patriotisme» pour en finir avec les manifestations et redresser les comptes publics avait, ce 7 octobre, l'allure d'un refrain de moins en moins convaincant.

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