Les lycéens français se sont mobilisés jusqu’aux portes de la Suisse, notamment ceux du lycée des Glières à Annemasse. Si le premier jour des manifestations devant le lycée – le mercredi 30 septembre – s’est déroulé sans encombres, la situation s’est envenimée les deux jours suivants.
«Je me suis fait gazer vendredi sachant que j’étais loin de tout problème et ils nous ont tous fait courir dans tous les sens. Il y aurait pu y avoir des accidents, car à cause de la peur, on court partout», témoigne un lycéen auprès de Blick, sous couvert d’anonymat.
Vendredi, des CRS (ndlr: policiers spécialisés dans le maintien de l'ordre public) sont arrivés sur place, avec pour consigne d’éloigner tous les attroupements de lycéens des abords des établissements. Malgré les cris, les cours ont été maintenus. La direction a demandé aux professeurs de fermer les stores par sécurité. «Certains enseignants ont été assez traumatisés d’entendre les bruits des débordements pendant qu’ils donnaient cours. Entendre seulement les bruits sans avoir l’image était très anxiogène», confie une enseignante, sous couvert d’anonymat. «Certains sont aussi descendus en bas du lycée et ont été choqués de la façon dont la police a traité les lycéens», poursuit-elle.
Mardi, des professeurs grévistes sont descendus manifester dans le calme aux côtés des élèves, tandis que d’autres ont continué à donner cours. En début d’après-midi, un cortège d’environs 200 personnes – composé d’étudiants, d’enseignants, de parents d’élèves et de représentants des syndicats – s’est rendu jusqu’à la Mairie pour énoncer ses revendications, également envoyées par écrit dans une lettre ouverte au Recteur de l’Académie de Grenoble.
Une récupération politique?
Présente avec les lycéens, l’enseignante anonyme se dit «très satisfaite de voir les jeunes se mobiliser. Ils vont louper des heures de cours mais ce n’est pas la fin du monde, ils se mouillent pour leur avenir, leurs conditions d’études et pour les prochains étudiants, je suis très contente et très fière.»
Un avis que ne partage pas l’un de ses collègues. «L’essentiel des revendications est assez réaliste sur beaucoup de choses, mais je ne partage pas ce qu’il me semble être une récupération politique, disons très très à gauche, qui se sert de ce mouvement pour faire passer ses idées», explique-t-il, souhaitant également ne pas être reconnu.
«Un territoire compliqué»
Il déplore d’éventuelles répercussions sur les possibilités d’avenir des jeunes. «Nous avons un public en difficulté, et nous savons que le lycée et l’école publique sont un levier important de progrès social pour ces jeunes. Ils ont moins de réseaux que les élèves des grandes villes, leurs parents ont moins de contacts au sein des belles entreprises et chaque fois qu’ils perdent une heure de cours, c’est une chance en moins pour eux de progresser socialement, dans leurs études et dans leur carrière.»
En effet, l’indice de position sociale (IPS) mesurant les catégories socio professionnelles des parents attribue un score de 96,8 au lycée des Glières, soit légèrement inférieur à la moyenne nationale des lycées en France. En d’autres termes, parmi les parents, l’indice révèle une présence plus importante d'ouvriers, d'employés ou de professions intermédiaires, comme des artisans et techniciens, que de cadres supérieurs par rapport à la moyenne des lycées français.
«Lorsque les élèves manquent des heures de cours depuis une semaine, ils sont plus impactés que les jeunes d’un lycée du centre de Paris où dans tous les cas, dans cinq ans, ils auront accès aux bonnes écoles, aux bons postes, aux bons réseaux, ce que nos jeunes, eux, n’ont pas», poursuit le professeur anonyme.
Sa collègue déplore par ailleurs les effectifs du corps enseignant, pas suffisamment fourni pour assurer les remplacements d'autres professeurs en cas d'arrêts maladies, et des écoles qui comptent beaucoup sur des professionnels qui enseignent sans avoir passés les concours classiques. «Notre territoire est compliqué», reconnait-elle. La vie est chère et la région, assez peu attractive.»