Manifs en France ce mardi
Ce qu'il y a de vrai (et qui fait mal) dans la colère des lycéens

La journée d'action des lycéens, étudiants et enseignants ce mardi s'annonce très difficile à gérer pour le gouvernement français. Normal: au milieu de revendications idéalistes, de nombreux constats font mal à sept mois de la présidentielle.
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Dans les rues de France, des dizaines de milliers de lycéens et d'étudiants vont faire monter la tension ce mardi 6 octobre.
Photo: imago/ABACAPRESS

En bref

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  • Lycéens, étudiants et enseignants manifestent en France ce 6 octobre 2026 pour dénoncer les conditions d'enseignement et la gestion d'Emmanuel Macron. Près de 16% des lycées français, soit 589 établissements, ont été perturbés lundi, avec des blocages et manifestations.
  • Les revendications incluent des classes moins chargées, davantage d'enseignants, une réforme de Parcoursup et une meilleure égalité entre établissements. Certains lycéens travaillent plus de 45 heures par semaine selon une enquête universitaire.
  • En toile de fond, le chômage en France des 15-24 ans atteint 21,6%, en hausse de 2,5 points par rapport à 2025.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Les lycéens français ne seront pas seuls, ce mardi 6 octobre, à descendre dans la rue. Si les appels des syndicats à la mobilisation se concrétisent, ils seront rejoints par les étudiants et par les enseignants, eux aussi en colère. Le test politique s'annonce donc maximal pour Emmanuel Macron, ce président en fin de mandat qui est l'une des cibles favorites des jeunes en colère. Impossible de ne pas tomber, devant les centaines de lycées fermés depuis plusieurs jours, sur des slogans et des pancartes anti-Macron. Une colère à laquelle le chef de l'Etat a pour l'heure choisi de ne pas répondre directement, laissant son Premier ministre Sébastien Lecornu gérer cette crise de la jeunesse.

Est-il possible, pour un gouvernement qui aura déjà les plus grandes difficultés à faire adopter son projet de budget pour 2027 au Parlement, avec 54 milliards d'euros d'économies affichées, de répondre aux revendications des lycéens? Lesquels réclament pêle-mêle une rénovation de leurs établissements (dont les bâtiments sont gérés par les régions), moins d'absentéisme des enseignants, et surtout de meilleures perspectives pour l'avenir dans un pays dont la dette publique atteint le niveau record de 120% du produit intérieur brut, avec des taux d'intérêt proches de 5% pour les obligations à 10 ans. Soit du jamais vu!

Impuissance gouvernementale

La réponse est non. Même s'il a écrit une longue lettre ce week-end à ses ministres et aux élus régionaux pour leur demander d'agir en urgence dans 5 domaines prioritaires, y compris sur la remise en état de lycées vétustes ou abîmés, le Premier ministre n'a ni moyens budgétaires, ni marge de manœuvre politique dans une France écartelée entre le Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) et La France insoumise (LFI, gauche radicale). Ce dernier parti, dirigé par Jean-Luc Mélenchon, est notamment très engagé dans la lutte des lycéens, qu'il soutient. Le leader de LFI sera d'ailleurs dans les cortèges ce mardi, avec les «casques blancs» qu'il a proposé de mettre en place: à savoir des brigades de parents pour encadrer les jeunes et éviter la contamination de leurs manifestations par les violences urbaines.

Restent les faits, et trois d'entre eux sont difficiles à nier par l'administration et le ministre de l'Education nationale, d'autant plus concerné qu'il était, avant son entrée au gouvernement voici un an, le patron de l'enseignement scolaire dans le pays.

Problème des enseignants

Première vérité énoncée par les lycéens: les problèmes récurrents au niveau des enseignants, de l'absentéisme au manque de compétences. Même s'ils ont choisi de manifester aux côtés des élèves, les profs sont visés. Or, le problème est réel: mal payés (2000 euros mensuels en début de carrière jusqu'à 3500 euros à la fin), beaucoup d'enseignants ploient sous la charge, face à une jeunesse difficile à canaliser. Dans les collèges et lycées, 43,7% d'entre eux ont eu au moins un congé pour raison de santé dans l'année. La moyenne est de 15 jours d'absence par enseignant. Un autre chiffre clé est celui des cours perdus faute de remplacement. En 2025, dans les collèges et lycées publics, 10% des heures d'enseignement prévues n'ont pas été assurées.

Seconde vérité: les violences policières. Il faut, en la matière, prendre garde, car les policiers déployés autour des lycées (plus de 600 ont dû encore être fermés lundi, notamment dans les métropoles) sont souvent pris à partie par des casseurs et ils doivent intervenir pour éviter la propagation des violences. Le spectacle de jeunes confrontés à des brigades anti-émeutes, avec tout ce que cela présente comme risques, est en revanche inquiétant dans une France où la violence est récurrente pour se faire entendre. L'accélération du débat sur un projet de loi visant à faire payer les dégâts occasionnés par les jeunes à leurs familles n'est guère de nature à calmer le jeu, car personne ne croit à son entrée en vigueur rapide. La journée d'action de ce 6 octobre sera un test pour l'autorité de l'Etat alors que certains observateurs parlent, hâtivement, d'un nouveau Mai 68. La grande question: comment éviter que des casseurs extérieurs aux lycées profitent du mouvement?

Colère contre le manque d'avenir

Troisième vérité: l'horizon bouché pour la jeunesse française. La colère contre la vétusté des établissements (plus de 60% des lycées ont près de 70 ans) doit être regardée au cas par cas. Souvent, les dégradations sont du fait des lycéens eux-mêmes. Impossible, en revanche, de nier que les lycéens ont devant eux un avenir compliqué et déprimant. Cela est dû, pour partie, à des transformations mondiales comme l'intelligence artificielle. Mais en France, d'autres points cristallisent le malaise. L'enseignement supérieur n'est plus apte à recevoir tous les lycéens dans un pays qui a délaissé la formation professionnelle. Les filières d'apprentissage, mises en place sous la présidence Macron, sont déjà remises en cause. L'adéquation entre la formation et le marché du travail n'est pas au rendez-vous. Le programme informatique d'accès à l'université, Parcoursup, est contesté de toutes parts.

La France compte environ 3800 lycées. 589 d'entre eux ont connu des perturbations lundi 5 octobre. Le budget de l'Education nationale est d'environ 65 milliards d'euros (sans les retraites des enseignants) et le nombre d'élèves est en diminution en raison de la chute démographique. La crise qui traverse le système scolaire est toutefois autant politique que sociale, à sept mois d'une élection présidentielle où la victoire possible de la candidate du RN Marine Le Pen, favorite des sondages, antagonise une grande partie de la jeunesse lycéenne.

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