Lundi et mardi seront chauds
Les 5 impasses de la France face à ses lycéens

Plus de 400 lycées resteront fermés en France ce lundi 5 octobre. Et une journée nationale d'action lycéenne et étudiante aura lieu le lendemain mardi. Comment y faire face? Le Premier ministre a annoncé plusieurs mesures. Mais les impasses sont nombreuses.
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La ville de Saint-Denis, au nord de Paris, est l'un des épicentres de la mobilisation lycéenne.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils redoutent ces deux prochains jours. Pour le gouvernement français, tout peut basculer en quarante-huit heures si le mouvement de protestation des lycéens gagne encore plus de terrain et que les violences urbaines augmentent dans son sillage. La journée nationale d'action du mardi 6 octobre est dans le collimateur.

Preuve de la nervosité ambiante, près de 400 lycées seront fermés lundi. Soit 10 % des établissements. Mais il suffit de voir leur localisation, pour l'essentiel dans les grandes métropoles, pour comprendre ce que leur fermeture veut dire : le Premier ministre Sébastien Lecornu redoute une flambée de colère qui ne serait pas maîtrisable par les forces de l'ordre. Et pour cause. Son gouvernement, auquel il vient d'assigner 5 chantiers priortaires pour calmer les lycéens, est aujourd'hui coincé dans plusieurs impasses.

L'impasse lycéenne

Les discussions ouvertes vendredi 2 octobre par le ministère de l'Éducation nationale avec les syndicats lycéens n'ont pas calmé le jeu. Au contraire : la volonté des protestataires semble intacte, car ils savent que le gouvernement est vulnérable, alors que la prochaine élection présidentielle d'avril-mai 2027 se profile. Impasse ? Oui, car au moins deux revendications sont presque impossibles à satisfaire. La première est la demande de moyens supplémentaires pour l'école et pour les lycées (dont les bâtiments sont gérés par les régions), au moment où la dette publique atteint un niveau record et alors que la démographie lycéenne est en baisse. Entre 2025 et 2035, les lycées perdront environ 700 000 élèves. S'ajoute cette question simple : comment répondre à des slogans tels que «Nous voulons la garantie d'un avenir» ? Le Premier ministre a toutefois tenté son va-tout dans une longue lettre adressée à ses ministres: 5 chantiers prioritaires, dont la mise en place d'un nouvel emploi du temps et la lutte contre l'absentéisme des enseignants. Avec des actions concrètes promises d'ici la fin octobre. Crédible?

L'impasse sécuritaire

Le gouvernement refuse d'indiquer le nombre de policiers mobilisés pour maintenir l'ordre. La mobilisation est toutefois générale, car le coût des dégradations urbaines, dans les lycées et autour de ceux-ci, est déjà énorme. On parle de près de 40 millions d'euros dans cinq régions, dont deux sont frontalières de la Suisse (Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est). Problème : la présence d'émeutiers aux côtés des lycéens en colère transforme cette mobilisation en casse-tête. La semaine dernière, l'utilisation par les forces de l'ordre de moyens controversés, comme les lanceurs de balles de défense (LBD), a démontré le risque de violence des deux côtés. Les images de policiers agressés et violentés ont fait le tour des réseaux sociaux. Le scénario redouté ? Un jeune gravement blessé ou tué. Car tout pourrait alors déraper.

L'impasse budgétaire

Impossible de délier les deux actualités françaises. Personne n'avait vu venir la mobilisation lycéenne, partie d'un établissement scolaire à Créteil, dans le sud-est de la région parisienne. Mais il est clair que deux éléments sont omniprésents dans cette protestation. Le premier est la détérioration de l'horizon économique dans un pays où le chômage des jeunes remonte en flèche. Selon les données officielles, 19,2 % des 15-24 ans actifs échouent à trouver un premier emploi. Le chômage a également bondi depuis 2025 chez les moins de 45 ans, pour atteindre 8,5 %, soit un point de moins qu'au début de la présidence Macron en 2017. Le choc d'attractivité a fait long feu en termes de créations d'emplois. Deuxième élément: les contraintes budgétaires: le ministère de l'Education nationale, dans le projet de budget 2027 tout juste présenté, est quasi stable à 64 milliards d'euros (un milliards d'euros supplémentaire). Il y aura 1500 postes d'enseignants en moins.

L'impasse LFI

La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale fondé par Jean-Luc Mélenchon, candidat pour la quatrième fois à la présidence de la République, est dans le collimateur du gouvernement. Un rapport des services de renseignement intérieur l'accuse directement de fomenter des violences et de chercher à en profiter. La présence d'élus de ce parti aux côtés des lycéens prouve que cette formation mise sur la contestation, même si son leader prône l'action non violente et la constitution de «casques blancs» pour encadrer les manifestations de jeunes mardi prochain. Problème : cibler LFI ne rend pas ce parti moins populaire auprès des lycéens et des étudiants. Bien au contraire. Selon une enquête Ipsos BVA publiée en septembre 2026, Jean-Luc Mélenchon obtient 41 % des intentions de vote chez les moins de 25 ans, contre 20 % à Marine Le Pen (qui domine avec 35 % des voix dans l'ensemble de l'électorat). Chez les 25-34 ans, le niveau baisse autour de 30 %. LFI profite de ces turbulences sociales.

L'impasse Macron

Le président français ne peut pas se représenter en 2027 pour un troisième mandat. Et il n'a, pour l'heure, pas d'héritier désigné dans la course à la présidentielle, même si deux candidats ont été Premiers ministres : Édouard Philippe et Gabriel Attal. La polarisation du débat politique français, écartelé entre le Rassemblement national et La France insoumise, accroît le risque de convulsions sociales et, même s'il a été très regardé lors de son intervention télévisée du 24 septembre (consacrée à la situation mondiale et aux menaces attribuées à la Russie), Macron n'est plus audible, surtout parmi la jeunesse. Alors qu'une bonne partie des 25-34 ans soutenaient, en 2017, son mouvement «En Marche»...

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