A la frontière genevoise, la nuit de violences et de pillages qui a frappé le centre-ville d’Annemasse a marqué les esprits. Comme des dizaines d’autres villes françaises, la commune a connu des débordements en marge de la manifestation contre la vie chère du 17 octobre. Cette fois, les autorités ne comptent pas laisser la situation se répéter.
Ce jeudi, le maire d’Annemasse, Gabriel Doublet, a annoncé un couvre-feu de 19h à 5h pour les nuits de samedi et de dimanche, une mesure qu’il juge «quelque peu inhabituelle», mais «nécessaire». De son côté, le nouveau préfet de la Haute-Savoie, Jérôme Bonet, a présenté une série de mesures pour l’ensemble du département, dont font partie les villes frontalières de Genève. Parmi elles: l’interdiction de manifester à Annemasse le samedi 24 octobre à partir de 13h et jusqu'à minuit. Et ce, alors même que des rassemblements y sont annoncés, selon ce site qui recense les différentes actions prévues dans le pays.
L'armée déployée
Autre mesure, plus forte encore. L'armée sera déployée. «Une unité de l’opération 'Sentinelle' sera déployée en renfort des forces de sécurité intérieure et des drones d’observation pourront être utilisés», peut-on lire dans le communiqué de presse du préfet de la Haute-Savoie. D’autres mesures sont également mises en place, comme l’interdiction des feux d’artifice ou celle de se dissimuler le visage.
En France, le gouvernement multiplie les restrictions à la liberté d’aller et venir et de manifester. A Marseille, Nice, Lyon ou Montpellier, les manifestations sont totalement interdites. Dans la capitale, un peu plus de souplesse est de mise: un couvre-feu partiel s’applique dans certains quartiers, mais un cortège est autorisé à défiler entre la place de la Bastille et la place de la Nation.
Une entrave aux libertés?
A l’issue d’un conseil de sécurité, Emmanuel Macron a affirmé ce jeudi que «la recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation dans les jours à venir». Les demandes formulées par «des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela» seront refusées, a-t-il prévenu. «Ce n’est pas le moment, parce que nous voulons un retour au calme.»
Ces mesures sont dénoncées par les associations de défense des libertés. «C’est ahurissant de pouvoir dire des choses pareilles quand on est chef de l’Etat. C’est oublier que le droit de manifester est une liberté fondamentale pour tous», dénonçait Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH), dans les colonnes du «Monde».
Ces associations tentent de contester devant les tribunaux administratifs les principaux arrêtés préfectoraux interdisant de manifester. «Avec des chances de succès assez relatives, mais réelles», estime le quotidien.