«On nous demande d’écrire que LFI est derrière le mouvement»
La faute de l'ultragauche? Le récit du gouvernement vacille

Après les violences du week-end en France, la thèse de l’exécutif visant l’ultragauche et LFI est fragilisée: la procureure de Paris ne la confirme pas, et une enquête de Mediapart évoque des consignes contestées au sein des services de renseignement.
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Le gouvernement affirme que «l’ultragauche» a orchestré le chaos du mouvement lycéen, puis les violences du 17 octobre.
Photo: Dukas
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

Le gouvernement français a-t-il fabriqué un bouc émissaire? Au lendemain d’un week-end de violences dans les grandes villes françaises, le discours martelé par l’exécutif depuis le début du mouvement lycéen pose la question. «Des factieux issus de groupuscules d’ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants, se sont livrés à une violence débridée dans nos villes», affirmait Emmanuel Macron dimanche soir, lors de son allocution en direct.

Plus tôt dans le week-end, c’était son Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui pointait du doigt les mêmes groupes: «Des groupes d’ultragauche ont organisé la violence dans plusieurs villes de France», écrivait-il dans un message sur X publié samedi en début de soirée. Ce discours n’a d'ailleurs rien de nouveau: depuis le début du mouvement lycéen, l’exécutif tient la même ligne et ne cesse de le répéter, les jeunes seraient manipulés par La France insoumise (LFI) et «ses proxys de l’ultragauche».

La rhétorique du gouvernement mise à mal

Mais voilà que la ligne du gouvernement semble se fissurer. Lundi matin sur TF1, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a d’abord déclaré ne pouvoir «absolument pas confirmer» que les auteurs des violences commises samedi dans la capitale sont «des personnes politisées vers l’ultragauche». De quoi contredire franchement le discours répété en boucle sur les plateaux télé tout le week-end.

Puis, lundi soir, une enquête de Mediapart est venue désavouer à nouveau cette version. Dans des échanges écrits datés du 18 octobre et consultés par le média en ligne, un commissaire du renseignement territorial affirme qu’on leur a demandé «texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement», alors que ses collègues jugent cette thèse objectivement fausse. Sollicité par Mediapart, le ministère de l’Intérieur dément toute consigne en ce sens.

L’ultragauche ne représenterait qu’environ 20% des casseurs

Interrogé par le média, un responsable syndical policier juge lui aussi dangereux de politiser ce qu’il qualifie de «fiasco». Selon lui, d’après les remontées du terrain, l’ultragauche ne représenterait qu’environ 20% des casseurs, le reste étant des pilleurs sans appartenance politique. Un constat qui rejoint celui de Laure Beccuau, les personnes placées en garde à vue sont «en grande majorité des gens peu connus», qui «gardent le silence et ne donnent pas de revendications politiques», a souligné la procureure, toujours sur la matinale de TF1.

Des notes de renseignement mal renseignées?

Mediapart pointe aussi la fragilité des notes de renseignement sur lesquelles s’appuie le gouvernement. Celle du 15 octobre, qui cite Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Fabien Roussel, se fonde surtout sur des recherches en source ouverte, comme l’annonce par LFI de la présence de ses élus aux manifestations. Une autre, datée du 28 septembre et rédigée par la préfecture de police de Paris, révélée par «Le Monde», tirait des conclusions nationales de la situation d’une vingtaine de lycées de Seine-Saint-Denis.

En 2019, Macron était déjà contredit par les services de renseignement

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron est contredit par ses propres services de renseignement. En 2019, en pleine crise des Gilets jaunes, le président évoquait 40'000 à 50'000 militants «ultras» dans les cortèges, alors que les notes qui lui étaient destinées jugeaient ces mouvances quasi inexistantes, révélait déjà Mediapart à l’époque.

Ce mardi matin, LFI, par la voix de Manuel Bompard, a annoncé vouloir poursuivre le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, devant la Cour de justice de la République. Sur franceinfo, le député a décrit l’affaire comme «un formidable exercice de manipulation qui s’apparente à un scandale d’Etat». Les accusations fusent de part et d’autre, à moins de six mois de l’élection présidentielle.

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