Est-il réaliste de rêver d'une manifestation pacifique, bien disciplinée, par les temps qui courent? A-t-on vraiment pris la mesure de ce qui se passe en France? L'Hexagone est le théâtre d'une très vive colère sociale, qui gronde depuis des années, et à laquelle le gouvernement actuel a systématiquement échoué à trouver des solutions.
Ces colères restées sans réponse ne se raisonnent pas à coup de froncements de sourcils et de «on ne se laissera pas intimider!». Non. Il y a un problème profond, qui est en train de dégénérer faute d'action, et d'exploser sous forme de violence.
Budget 2027: mauvais pour le pouvoir d'achat
Or les médias ont concentré leurs comptes-rendus sur les pillages et les saccages. Maintenant qu'on s'est scandalisés, est-ce qu'on peut parler des raisons de la colère? Car on ne va pas y couper.
Les revendications concrètes portent sur la vie chère. En septembre, l'inflation française s'est élevée à 3,4% sur un an, contre 2,6 % en août. Les ménages français souffrent du renchérissement de l'alimentation, des carburants et de l'énergie, et veulent vivre dignement de leur travail et de leurs revenus.
Or qu'a fait le gouvernement? Il a donné quelques miettes d'un côté, et pris de gros morceaux de l'autre. Il annonce une baisse temporaire du prix du carburant, des aides ciblées aux automobilistes, et un chèque énergie pour les plus modestes. Mais rien n'est fait pour l'alimentation et le logement. Et le gouvernement propose en parallèle... de geler ou de limiter la revalorisation de plusieurs prestations sociales et pensions: c'est ce qui ressort du budget 2027. Ce 16 octobre, une étude accablante a estimé qu'il nuira au pouvoir d'achat de 22,4 millions de ménages, en particulier les plus modestes. Voilà qui éclaire sur les causes de la colère.
Mesurettes insuffisantes pour les lycées
Ensuite, les lycéens demandent des moyens pour l'école publique, car ils veulent apprendre dans des conditions vivables. Pas d'amiante, pas de plafonds qui s'écroulent, du chauffage et des enseignants remplacés. Qu'a fait le gouvernement Lecornu? Là aussi, il a annoncé des mesurettes d'urgence, mais l'essentiel n'est pas résolu. A ce jour, il n'y a ni calendrier national précis de désamiantage des lycées, ni financement nouveau consacré aux plafonds dangereux, aux sanitaires insalubres ou au rétablissement du chauffage. Pire, le projet de budget 2027 prévoit la suppression de postes d'enseignants titulaires.
Et cela, n'est-ce pas choquant? Comment se fait-il que des lycéens doivent manifester pour obtenir des choses aussi basiques? Pourquoi tant de citoyens estiment-ils que leur pouvoir d'achat ne leur permet plus de vivre dignement, et pourquoi tant de passivité dans ce domaine, alors que la présidence Macron a gracieusement sacrifié 40 milliards d'euros pour supprimer l'impôt sur la fortune (ISF)? Les écoles qui tombent en ruine, les fins de mois impossibles, les services publics qui se dégradent seraient-ils de simples détails, un caprice d'enfants gâtés?
Vision uniquement sécuritaire à rejeter
Se scandaliser des pillages, d'accord. Mais le vrai scandale restera celui d'une société où les salariés n'arrivent plus à joindre les deux bouts, et où des lycéens, qui veulent étudier, qui veulent des enseignants, sont si mal servis, avec une légèreté si déplorable.
Alors, ne regardons pas les violences de ce 17 octobre uniquement par le petit bout de la lorgnette sécuritaire. Car si les symptômes de casse sont très spectaculaires, les causes, qui sont inacceptables, ne sauraient rester dans l'ombre.