Le parti britannique anti-immigration Reform UK, réuni en congrès annuel à Birmingham, est dans la tourmente vendredi après la diffusion d'un reportage compromettant, montrant un proche collaborateur de Nigel Farage proposer de contourner la loi pour obtenir un don de l'étranger. La diffusion de cette émission jeudi soir sur la chaîne Channel 4 a conduit à la démission vendredi matin de deux responsables du parti et à l'ouverture d'une enquête interne, a indiqué un porte-parole de Reform UK.
Filmé en caméra cachée, on y voit un proche collaborateur de Nigel Farage, Dan Jukes, suggérer un moyen de contourner la loi électorale pour obtenir un don de 500'000 livres sterling pour le parti d'un citoyen américain. Or seuls les électeurs britanniques sont autorisés à faire de telles donations. Les deux responsables démissionnaires, Dan Jukes et James Orr, sont aussi accusés d'avoir enfreint les règles électorales en faisant financer un sondage par une société étrangère.
Nigel Farage, qui apparaît dans ce reportage, a affirmé vendredi que le parti n'avait «enfreint aucune loi» et qu'il n'avait reçu «aucun argent d'origine douteuse». Il doit prononcer un discours en fin d'après-midi au congrès du parti à Birmingham (centre de l'Angleterre), point d'orgue de cet évènement auquel le président du parti français d'extrême droite le Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, doit aussi prendre la parole en milieu de journée.
Attaqué par «le système»
Au centre des congrès, les sympathisants de Reform UK, casquette «Make Britain Great Again» ou bandana Union Jack sur la tête, ont immédiatement pris la défense de leur champion. Les partis traditionnels «ont tellement peur de Reform, ils attaquent, attaquent, attaquent tout le temps», a réagi Heather Kynman, une infirmière de 62 ans, qui affirme que Nigel Farage est «persécuté». «Tout est mis en œuvre pour descendre Reform, mais nous surmonterons ça», assure Darren Ball, ancien militaire de 51 ans, qui déambule dans le centre recouvert de moquette turquoise, couleur du parti.
John Howard, promoteur immobilier de 62 ans, reconnaît lui que ces dernières accusations sont «décevantes», mais il veut croire que ce n'est qu'un «petit accroc» pour le parti. Cette nouvelle affaire intervient pourtant après un été difficile pour le champion du Brexit déjà accusé d'avoir accepté des dons illicites. Nigel Farage, 62 ans, est visé par une enquête parlementaire portant sur un don de 5 millions de livres, reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député en 2024.
Reform UK fait aussi l'objet d'une enquête policière sur son financement. Nigel Farage a affirmé tout l'été être attaqué par «le système». Il a en juillet remis en jeu son siège de député dans sa circonscription de Clacton, dans le sud-est de l'Angleterre. Il a été réélu largement, mais à l'issue d'un scrutin boycotté par tous les partis et où son principal adversaire était un candidat fantaisiste, le «Comte Tête-de-Poubelle» («Count Binface»).
8000 personnes attendues à Birmingham
Pendant un an et demi, Reform UK avait dominé les sondages. Le parti a remporté de nombreux sièges en mai lors d'élections locales, qui ont précipité la chute du Premier ministre travailliste, Keir Starmer. De quoi faire dire à Nigel Farage qu'il est capable d'entrer à Downing Street lors des prochaines législatives prévues en 2029. Mais les révélations sur le don de 5 millions et l'ouverture d'une enquête parlementaire – relancée depuis la réélection de Nigel Farage à Clacton – ont freiné cette dynamique.
A Birmingham, où 8000 personnes sont attendues, le parti veut mettre l'accent sur sa capacité à gouverner en présentant les mesures qu'un éventuel gouvernement Reform appliquerait lors des 100 premiers jours de son mandat. Avec, comme priorité, l'arrêt des traversées de migrants depuis la France. Jeudi, une première journée a permis aux responsables du parti, qui cherche à renforcer ses liens avec le monde économique, de rencontrer des représentants de grandes entreprises comme Vodafone, TikTok ou Google.
Les déboires de Nigel Farage ont profité au travailliste Andy Burnham, qui a remplacé Keir Starmer à Downing Street le 20 juillet. Le Labour est repassé en tête des sondages, avec 26% des intentions de vote contre 22% pour Reform, selon la dernière enquête de l'institut More In Common. Plus de deux tiers des Britanniques jugent que Nigel Farage n'est pas prêt à devenir Premier ministre, selon une récente étude Ipsos.