Détrompez-vous!
Les cinq opinions les plus dangereuses sur la guerre en Ukraine

Pour notre journaliste, la guerre en Ukraine est facile à comprendre. Mettre en avant des arguments fallacieux pro-russes est dangereux. Analyse.
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De nombreux soldats et civils ont perdu la vie dans la guerre.
Photo: AP
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Samuel Schumacher

Rarement dans l’histoire, le mal s’est manifesté aussi clairement que lors de l’attaque contre l’Ukraine il y a un an. La guerre de la Russie contre son voisin pacifique est gratuite et inhumaine. La raison invoquée par Vladimir Poutine pour infliger une mort atroce à des centaines de milliers de personnes est mensongère.

Mais aussi claire que soit l’affaire, les déformateurs de la vérité gagnent du terrain dans les discussions sur la guerre, en Suisse comme ailleurs. Leurs déclarations sont du sable dans les rouages du soutien international à l’Ukraine, sans lequel Vladimir Poutine aurait déjà pu depuis longtemps réaliser ses desseins brutaux. Voici les cinq plus grandes idées reçues à écarter de votre esprit.

1

L’Ukraine doit maintenant négocier avec la Russie.

Pourquoi le devrait-elle? Rares sont les guerres qui se terminent par des négociations. Imaginez que les Alliés en aient entamées avec l’Allemagne nazie en 1944 (un espoir que les élites nazies conservaient), au lieu de contraindre les sbires d’Adolf Hitler à une capitulation sans condition. L’Europe serait aujourd’hui différente, nettement moins saine. Les négociations n’ont de sens que lorsqu’au moins l’un des belligérants a épuisé ses possibilités militaires. D’ici là, l’Ukraine a tous les droits possibles et imaginables d’améliorer sa position en remportant des victoires militaires contre les Russes.

2

Les livraisons d’armes à Kiev prolongent inutilement la guerre et ne font qu’accroître la souffrance.

Pratiquement tous les pays occidentaux, à l’exception de la Suisse, ont livré des armes à l’Ukraine depuis le début de la guerre. Sans ce ravitaillement, elle n’aurait jamais pu tenir en échec aussi longtemps un adversaire militairement surpuissant, et encore moins reconquérir les territoires perdus. Si ce soutien militaire vient à manquer, Vladimir Poutine s’emparera du pays en un rien de temps. Les massacres de Boutcha, Irpin ou Izioum montrent les souffrances humaines que ses troupes sont prêtes à infliger à des civils sans défense. Si l’on veut les éviter, il faut aider l’Ukraine à vaincre l’envahisseur.

3

La Crimée et le Donbass font de toute façon partie de la Russie.

Non, ils ne le sont pas. Nikita Khrouchtchev (1894-1971) avait déjà cédé la péninsule à la République socialiste d’Ukraine en 1954. Dans le mémorandum de Budapest de 1994, les Russes ont à nouveau reconnu «l’intégrité territoriale» et «l’inviolabilité des frontières» de l’Ukraine, Crimée et Donbass compris. Le référendum que les Russes ont organiser après l’occupation illégale de la Crimée en 2014 est tout aussi antidémocratique et sans valeur que les référendums tenus dans le Donbass en 2022. Si l’Ukraine renonçait à la Crimée ou au Donbass, elle ferait une concession dangereuse à Moscou. Vladimir Poutine serait récompensé pour sa guerre d’agression. L’appétit d’ours de la Russie serait à peine assouvi.

4

Les États-Unis ne valent pas mieux que la Russie. Il suffit de penser à l’Irak.

Justifier le comportement agressif d’un acteur par le comportement agressif d’un autre n’a guère de sens. La langue anglaise connaît le terme «whataboutism»: réagir systématiquement à toutes les critiques par «Et alors, qu’en est-il de X et Y?» Sans compter que l’attaque territoriale d’une puissance nucléaire contre un pays voisin pacifique au cœur de l’Europe constitue un crime à peine imaginable récemment. L’invasion russe est bien pire, selon tous les critères disponibles, que celle dont se sont rendus coupables les Américains. Et nous ne devrons pas oublier qu'une fois de plus après la Seconde Guerre mondiale, ce sont les Américains qui ont sauvé notre continent du gouffre de la tyrannie.

5

Les Russes ne font que réagir à l’expansion agressive de l’OTAN.

Chaque nation a le droit de décider librement son appartenance à une alliance. L’Ukraine aussi. Moscou l’a garanti à Kiev en 1994 dans les accords de Budapest. En contrepartie, le pays devait renoncer à son arsenal nucléaire (elle était la troisième puissance nucléaire du monde jusqu’au milieu des années 1990). Le fait que le pseudo-tsar du Kremlin veuille dicter à ses voisins avec qui ils peuvent s’associer n'est que pur impérialisme. Imaginons un instant que les Égyptiens, les Grecs ou les Romains veuillent imposer de telles prescriptions aux anciennes provinces de leurs grands empires défunts. L’Europe deviendrait un champ de bataille éternel.

La guerre russe contre l’Ukraine reste une affaire claire comme de l’eau de roche. Celui qui trouble le débat avec des arguments erronés se rend complice de l’un des plus grands crimes de l’histoire de l’Europe.

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