Durant la pandémie de Covid-19
Le taux de méthane dans l’atmosphère a augmenté malgré la baisse de la pollution

La forte hausse du méthane au début des années 2020 intrigue les scientifiques. Elle s'expliquerait par moins de pollution et plus d'émissions des zones humides.
Les radicaux hydroxyles (OH) sont les principaux responsables de l'élimination dans l'atmosphère du méthane (archives).
Photo: CHRISTIAN BEUTLER
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ATS Agence télégraphique suisse

La brusque hausse de méthane dans l'atmosphère au début des années 2020 s'explique par une baisse de la pollution liée aux confinements et par des émissions accrues de ce puissant gaz à effet de serre en provenance des zones humides, révèle une étude. Les concentrations de méthane (CH4) ont augmenté à un rythme record depuis le début des mesures autour de 2020, malgré la pandémie de Covid-19 qui a freiné l'activité mondiale, laissant les scientifiques perplexes. Le phénomène est d'autant plus mystérieux qu'il n'a pas été causé par l'industrie des énergies fossiles ou par des incendies.

Ce pic résulte d'abord d'"un affaiblissement temporaire de la capacité de l'atmosphère à nettoyer le méthane», a souligné Philippe Ciais, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), auteur principal de l'étude publiée jeudi dans Science. Cela découle d'une moindre présence entre 2020 et 2021 des radicaux hydroxyles (OH), à la durée de vie très courte, qui sont les principaux responsables de l'élimination dans l'atmosphère du méthane, deuxième gaz à effet de serre après le CO2. Cet effet a largement contribué (pour 74 à 80%) à l'anomalie constatée à cette période pour la croissance du méthane dans l'atmosphère.

Un effet pervers

«Ces réductions d'OH sont en partie liées au fait qu'on avait émis moins de NOx» (oxydes d'azote), polluants issus des transports néfastes pour les voies respiratoires, qui avaient baissé pendant les confinements destinés à enrayer la pandémie de Covid-19, indique Philippe Ciais. La baisse de la pollution a ainsi directement réduit la concentration des OH, formés par l'intermédiaire des NOx, et par ricochet allongé la durée de vie du méthane, un effet pervers déjà évoqué dans une étude publiée à la fin 2022 dans la revue Nature.

«Cela semble paradoxal», reconnaît Philippe Ciais. C'est un «dommage collatéral», juge Marielle Saunois, chercheuse et coauteure de l'étude. Cette conclusion soulève des questions pour les objectifs de réduction de la pollution par les voitures, les avions et les navires. Comment faire pour que ces évolutions vertueuses n'aient pas d'effet négatif sur le climat?

«Pour moi, cela veut dire qu'il faut faire l'amélioration de la qualité de l'air et encore plus l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre, pour compenser quelque part ces effets négatifs liés au lien chimie-climat», prône Marielle Saunois. Autrement dit, mettre les bouchés doubles pour réduire CO2 et méthane liés à l'activité humaine.

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