Un modèle d'intervention étatique?
La Suisse fascine la gauche radicale allemande grâce à une idée forte

La Suisse, un modèle d'intervention de l'Etat! C'est du moins l'avis de la politicienne allemande Sahra Wagenknecht. Elle se montre en effet très séduite par notre système de régulation des prix. Voici ce qui se cache derrière cet éloge de la Suisse.
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Sahra Wagenknecht a découvert le modèle de la réglementation suisse des prix.
Photo: Imago
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Sven Altermatt

La Suisse, ce bastion du libéralisme, érigée en modèle d'interventionnisme étatique pour l'Allemagne? L'idée a de quoi surprendre. Notre pays est pourtant réputé pour son libéralisme à toute épreuve. C'est pourtant la conviction d'une des figures politiques les plus en vue outre-Rhin. Sahra Wagenknecht a en effet créé la surprise en tressant des lauriers à la politique tarifaire helvétique. Pour elle, c'est une évidence: la Suisse met les bouchées doubles dans ce domaine.

L'ancienne figure de proue du parti Die Linke a donné son nom au BSW – ces trois lettres désignaient à l'origine «l'Alliance Sahra Wagenknecht». Elle est actuellement en campagne pour son parti en vue des élections en Saxe-Anhalt. «Le pays qui pratique le plus la régulation des prix par l’Etat – ce que très peu de gens savent – est la Suisse», a déclaré Sahra Wagenknecht dans une interview accordée au journal «Nordkurier». Loin d'y voir un quelconque penchant pour l'économie planifiée, la politicienne estime que cette stratégie «a grandement contribué à la prospérité suisse».

Un modèle suisse contre les grands groupes

Sahra Wagenknecht plaide en faveur d’interventions de l'Etat lorsque la concurrence ne fonctionne pas. Les petites et moyennes entreprises allemandes doivent être protégées contre le pouvoir des grands groupes. Si elle concède qu'un marché fonctionnel reste le meilleur scénario, elle dresse un constat amer: «Mais là où le marché ne fonctionne pas, et c’est malheureusement le cas aujourd’hui dans de nombreux domaines, l’Etat doit intervenir.»

Un instrument en particulier semble avoir séduit Sahra Wagenknecht: le surveillant des prix en Suisse. Avant même les élections au Bundestag de 2025, le BSW l’avait intégré dans son programme politique: «Nous avons besoin d’un surveillant des prix, tel que présent dans le modèle suisse, afin de rendre transparentes les marges bénéficiaires élevées de certains acteurs du marché et, si nécessaire, de prendre des mesures à leur encontre.»

En Suisse, le surveillant des prix a pour mission d’empêcher la fixation de prix abusivement élevés. Stefan Meierhans occupe ce poste depuis de nombreuses années. Avant lui, des personnalités telles que l’économiste socialiste Rudolf Strahm ou le futur conseiller fédéral Joseph Deiss avaient déjà occupé ce poste. «Monsieur Prix» – tel est son surnom – est élu par le Conseil fédéral.

Que faut-il penser de ces déclarations?

La comparaison de Sahra Wagenknecht avec la Suisse n’est sans doute pas tirée par les cheveux. Ses propos sont toutefois quelque peu généraux. Le surveillant des prix est certes un organe de contrôle public, mais il ne peut pas fixer les prix à sa guise.

La loi correspondante vise en particulier les prix abusifs pratiqués par des entreprises disposant d’un pouvoir de marché important et par des cartels. Le surveillant des prix peut surveiller les prix et mener des enquêtes. Sous certaines conditions, il peut ordonner des baisses de prix ou, à tout le moins, conclure des accords à l’amiable avec les entreprises. En ce qui concerne les prix fixés ou approuvés par les autorités, il dispose en principe d’un droit de recommandation.

Et que dire de l’affirmation de Sahra Wagenknecht selon laquelle la Suisse serait le pays au monde qui pratique «le plus de régulation étatique des prix»? Dans son interview, elle ne cite ni statistique ni étude comparative à l’appui. De plus, la notion de «régulation des prix» peut être interprétée de manière très large.

Une chose est claire: en 2024, près de 29% des dépenses de consommation en Suisse étaient soumises à une régulation des prix par l’Etat, contre 12% en moyenne dans l’UE. La raison principale est toutefois avant tout le secteur de la santé, fortement réglementé, comme l’a montré une étude. Dans ce domaine, de nombreux prix sont fixés par l’Etat.

Il y a là une certaine ironie: malgré cette réglementation et un pouvoir d’achat élevé, la Suisse reste cataloguée comme un «îlot de cherté». Il est donc finalement assez inhabituel que le pays soit cité en exemple dans la lutte contre les prix élevés.

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