L'année 2026 a commencé sous le signe de la sidération. Le président américain a brandi une rhétorique martiale à propos du Groenland et déplacé, ces derniers jours, une imposante force navale autour du porte-avions USS Abraham Lincoln, direction le Moyen-Orient. Sur plusieurs fronts, les signaux semblaient pointer vers l’escalade.
Et puis, soudain, volte-face. Trump recule. Tout à coup, il ne veut plus entendre parler d'une prise de contrôle militaire du Groenland ni de nouveaux droits de douane punitifs. Il parlait ce dimanche d'une solution négociée avec l'Iran. Mais que s’est-il passé? Que se cache-t-il derrière ce changement d'attitude?
Voici où le président a infléchi sa ligne en janvier:
ICE, du coup de force à l’apaisement: dans un premier temps, le président américain a laissé les troupes de l'ICE entrer en force à Minneapolis et a qualifié Alex Pretti, abattu en pleine rue, d'«insurgé fou». La semaine dernière, il a fait remplacer le commandant de l'ICE, Gregory Bovino, et a retiré des troupes. Trump a qualifié l'entretien téléphonique avec le gouverneur démocrate Tim Walz de «très bonne conversation». Après avoir passé près de deux semaines en détention avec son père, le petit Liam, âgé de cinq ans seulement et devenu symbole des arrestations arbitraires, a lui aussi été libéré.
Annexion du Groenland: Trump a d'abord dit vouloir «absolument» le Groenland et a même menacé de le prendre par la force militaire. Au WEF de Davos, il a ensuite parlé d'un accord et a promis: «Je n'utiliserai pas la force.»
Nouveaux droits de douane punitifs: il a d'abord menacé les pays qui se rangeaient derrière le Groenland de nouveaux droits de douane punitifs allant jusqu'à 25%. Lors d'une «rencontre très productive» avec le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte en marge du WEF, Trump a retiré sa menace. Motif: il a convenu avec Mark Rutte «d'un cadre pour un futur accord» sur le Groenland.
Menace contre l'Iran: Trump a d'abord menacé le régime iranien d'une attaque qui serait «bien pire» que la destruction des installations nucléaires le 22 juin 2025. Entre-temps, il a envoyé une armada de guerre au Proche-Orient en raison de la répression brutale des manifestations. Dans une interview accordée à Fox News ce week-end, Trump a plutôt évoqué un accord «acceptable» qui pourrait se mettre en place. En effet, l'Iran a confirmé une rencontre prochaine.
L'escalade finit par dissuader
On sait de Trump qu'il pratique la surenchère pour mieux conclure et vendre un compromis. Mais la méthode a ses limites. Philipp Adorf, spécialiste des Etats-Unis à l'université de Bonn, explique: «Une escalade durable mobilise certes le noyau dur de ses partisans. Mais elle a aussi un effet dissuasif sur les électeurs modérés, dont le soutien est indispensable aux républicains pour les élections de mi-mandat en novembre.»
La cote de popularité moyenne de Trump a chuté de 52 à 41% depuis son entrée en fonction il y a un an. Le temps presse pour stopper cette dégringolade.
Trump est aussi très sensible au climat médiatique, surtout à travers la télévision. Or, maintenant que même les chaînes conservatrices diffusent des reportages de plus en plus critiques, cela pourrait contribuer à un certain changement d'attitude de la part du président américain. «Les actions militaires – par exemple au Groenland ou en Iran – sont extrêmement impopulaires sur le plan politique. Et même les électeurs critiques envers la migration ne veulent pas voir d'images où des enfants sont emmenés par des agents de l'ICE», abonde Philipp Adorf.
Mais on ne sait pas si Trump se montrera modéré à long terme. «Cela fait partie de sa stratégie centrale de surprendre sans cesse ses adversaires», conclut le professeur.