Chute de la Bourse!
Elon Musk et la Tech vont payer cher les midterms

L'homme le plus riche du monde a dépensé en vain un demi milliard de dollars pour les candidats républicains aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Echec sur toute la ligne. Les géants de la Tech sont dans le viseur des démocrates.
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Elon Musk a dépensé 474 millions de dollars pour soutenir les candidats républicains aux élections de mi-mandat.
Photo: AFP

En bref

  • Rahm Emanuel, ex-chef de cabinet de Barack Obama, propose une grande loi sur l'éthique publique pour début 2027 après les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026.
  • Son programme comprend cinq mesures clés, dont l'interdiction des transactions boursières pour les responsables publics et de financer des fonctions publiques avec des fonds étrangers, une mesure qu'il nomme «règle Kushner».
  • Elon Musk apparait comme le grand perdant des midterms après la victoire écrasante du Parti démocrate.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils sont dans le collimateur de la future majorité démocrate au Congrès des Etats-Unis. Ils savent que leurs noms ont été conspués par les candidats du parti bleu lors de la campagne électorale pour les midterms qui vient de s'achever. Ils voient déjà, avec inquiétude, l'indice technologique Nasdaq de la Bourse de Wall Street commencer à plonger, depuis l'écrasante défaite du Parti républicain de Donald Trump.

Ils se nomment Elon Musk, Larry Ellison, les frères Charles et David Koch, mais aussi Mark Zuckerberg ou Jeff Bezos. Tous sont multimilliardaires. Le premier est l'homme le plus riche du monde avec une fortune estimée le 4 novembre à 900 milliards de dollars par le magazine «Forbes». Et tous savent que leur tête est mise à prix, au sens figuré, par les futurs représentants et sénateurs démocrates qui prendront leurs fonctions le 3 janvier au Capitole, à Washington.

Peur sur les milliardaires

Pourquoi cette peur parmi les géants de la tech, de la pharma ou du pétrole, qui ont vu leurs revenus exploser durant les deux premières années du second mandat de Donald Trump, malgré ses promesses de redistribuer la richesse aux Américains? Parce que la lutte contre les inégalités, contre les centres de données requis par l'intelligence artificielle, contre la corruption et contre les conflits d'intérêts a été au centre de la campagne perdue par le locataire de la Maison Blanche, même si son nom ne figurait pas sur les bulletins.

Au Texas, le sénateur élu James Talarico, un ancien séminariste protestant, a accusé Elon Musk de vouloir acheter les votes des électeurs en versant des dizaines de millions de dollars à la campagne de son rival battu, le procureur général sortant Ken Paxton.

Dans l'Ohio, l'Etat dont le vice-président J.D. Vance était le sénateur avant la présidentielle de 2024, la révolte anti-IA portée par la coalition citoyenne Conserve Ohio a gagné sur toute la ligne, avec sa proposition d'un amendement constitutionnel interdisant les centres de données dépassant 25 mégawatts de puissance.

Dans ce même Etat, le milliardaire des biotech Vivek Ramaswamy, ancien colistier de Musk à la tête du DOGE, le département chargé de couper dans les dépenses fédérales, a été battu à plate couture pour le poste de gouverneur...

Le projet de loi éthique

Mais la grande peur des milliardaires est surtout nourrie par un projet: celui défendu par Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet de Barack Obama, ancien maire de Chicago, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Japon et possible candidat à la primaire présidentielle démocrate de 2028. Ce dernier défend depuis des semaines l'introduction immédiate par le nouveau Congrès démocrate d'un grand projet de loi sur l'éthique publique (ethics bill). Son cœur de cible est la corruption.

Ce projet, s'il est présenté comme tel, interdirait les transactions boursières individuelles aux responsables des trois pouvoirs fédéraux, pour limiter les conflits d'intérêts et l'utilisation potentielle d'informations privilégiées. Il interdirait les paris numériques sur des événements politiques ou économiques. Il obligerait les élus et les hauts fonctionnaires à confier la gestion de leur patrimoine à un administrateur indépendant, sans intervenir dans les décisions d'investissement.

Il interdirait les financements étrangers, une règle déjà nommée «règle Kushner», en référence à Jared Kushner, gendre de Donald Trump, accusé de faire des affaires fructueuses dans l'ombre de son beau-père et de ses négociations dans le golfe Persique et en Russie.

Pour se faire une idée des géants de la tech qui ont le plus de raisons de s'inquiéter, il suffit de regarder les valeurs cotées au marché boursier technologique Nasdaq, à Wall Street. Le 5 novembre, plusieurs entreprises dont le cours s'était envolé depuis deux ans sous la présidence Trump ont subi un violent contrecoup. 2500 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été effacés selon Reuters.

Tesla, le constructeur automobile d'Elon Musk, a perdu près de 11%. Palantir, la compagnie du magnat Peter Thiel (parrain financier du vice-président Vance), a perdu 9,7%. Nvidia, le géant des processeurs de l'IA, a reculé de 9,3%. Amazon a perdu près de 7%. Le secteur de la tech, selon le «New York Times», a investi 600 millions de dollars pour les candidats républicains durant la campagne des midterms. Et sur cette somme, toujours selon le quotidien new-yorkais, 474 millions ont été dépensés par Elon Musk, dont 216 millions à travers son propre fonds de lobbying politique, America PAC.

Pas de taxe sur la fortune

Les milliardaires vont, en plus, devoir batailler avec des élus locaux résolus à diminuer leur influence en politique. On connaissait le maire de New York, Zohran Mamdani, élu en novembre 2025. Il est désormais rejoint, au sein du groupe des «socialistes» du Parti démocrate, favorables à une redistribution économique plus ambitieuse et critiques à l'égard de l'influence des grandes fortunes, par la nouvelle maire de Los Angeles, Nithya Raman, qui a battu l'élue sortante Karen Bass.

Autres noms qui vont compter dans cette frange démocrate dirigée par la représentante de New York Alexandria Ocasio-Cortez: Melat Kiros dans le Colorado, Donavan McKinney et Abdul El-Sayed dans le Michigan, Chris Rabb en Pennsylvanie.

Seule bonne nouvelle du scrutin pour ces milliardaires américains dont la fortune cumulée a augmenté d'environ 2000 milliards de dollars (+30%) en moins de deux ans – de 6400 à 8300 milliards — selon l'organisation «Americans for Tax Fairness»: la victoire du «non» à 56% lors du référendum sur l'instauration d'un impôt de 5% sur les grandes fortunes en Californie. Le gouverneur sortant de l'Etat, Gavin Newsom, autre possible présidentiable démocrate, y était opposé, et les opposants à cette supertaxe avaient, selon le Los Angeles Times, dépensé près de 400 millions de dollars en publicité pour la combattre.

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