43'400 francs dérobés
Un postier voleur se fait attraper par la police grâce au nitrate d'argent

Un postier zurichois menait une vie de luxe improbable, avec Rolex et Lamborghini, malgré un salaire modeste. Son train de vie a éveillé les soupçons, révélant des vols de 43'400 francs en 2021.
L'employé de la poste s'offrait une vie de luxe, ce qui le rendait suspect. (Image symbolique)
Photo: Keystone
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Daniel Benz
Beobachter

En tant que directeur adjoint d’un bureau de poste au bord du lac de Zurich, Kevin Hug, dont nous avons modifié le nom, gagnait environ 4500 francs. Un salaire modeste, loin d’autoriser une vie de luxe.

Mais soudain, une Rolex Submariner d’une valeur de 13'600 francs apparaît au poignet du postier. A cela s’ajoutent une virée en Lamborghini de location (1000 francs) ou un vol en hélicoptère (600 francs). Sans oublier les vacances avec sa compagne à Dubaï, où le couple a dépensé 7600 francs en cinq jours.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Des enveloppes vidées

Comment ces éléments ont-ils pu être établis avec autant de précision? Le train de vie de Kevin Hug, qui n’avait pas encore 30 ans à l’époque, a été minutieusement analysé par les autorités zurichoises. Car cet argent soudainement tombé du ciel n’avait rien de légal. 

Tout commence en mars 2021. Une femme vient récupérer deux lettres recommandées dans l’office de poste concerné. Elle s’attend à y trouver 30'000 francs en espèces, mais les enveloppes sont vides. Elle dénonce le vol et, en coulisses, les enquêteurs internes de La Poste s’activent. En quelques semaines, d’autres montants disparaissent selon le même procédé. Au total, 43'400 francs s’évaporent. Au même moment où Kevin Hug entame sa vie de luxe.

Affaire résolue grâce au nitrate d'argent

La police met alors en place un piège. Les enquêteurs préparent des billets recouverts de nitrate d’argent et les glissent dans une enveloppe adressée au bureau de poste de Kevin Hug.

Cette substance chimique laisse, au contact de la peau, des taches noir violacé qui persistent plusieurs semaines. Une première tentative échoue, mais la suivante fonctionne. Lors d’un contrôle du personnel, un seul employé a les doigts marqués... Kevin Hug.

Il affirme avoir ouvert l’enveloppe leurre «par pure curiosité» avant de remettre l’argent à l’intérieur, déclare-t-il lors de son interrogatoire. Les enquêteurs ne peuvent pas prouver ce vol précis, mais accumulent de nombreux indices pour les cas précédents. Son empreinte digitale est notamment retrouvée sur l’une des enveloppes dérobées.

D'autres pistes ignorées?

En avril 2025, Kevin Hug est condamné par la Chambre d’appel du Tribunal pénal fédéral à douze mois de prison avec sursis, notamment pour vol par métier. Les explications et stratégies de défense n’ont pas convaincu les juges.

Kevin Hug dénonce une «vision en tunnel» des enquêteurs et affirme que d’autres pistes ont été ignorées. Quant à son train de vie, il l’attribue à des gains dans des casinos en ligne et à la revente d’articles de luxe.

A la suite du recours du postier, le Tribunal fédéral examine l’affaire un an plus tard, en mars 2026. Il confirme intégralement le jugement. Les juges évoquent un «faisceau d’indices accablant». Aucun arbitraire n’est retenu. Et ils ajoutent: «Les explications du recourant concernant ses revenus supplémentaires sont étrangères à la vie.» Au final, difficile d’échapper à la preuve des doigts noirs.

Des excuses bidon

Le recours au piège au nitrate d’argent est une méthode parfois utilisée pour confondre des voleurs, notamment dans des bureaux ou des institutions. Il est tout aussi fréquent que les personnes prises sur le fait avancent d’autres explications pour justifier les traces sur leurs mains.

En 2021, un infirmier d’une maison de retraite du Weinland zurichois avait lui aussi fait parler de lui. Devant les juges, il affirmait avoir simplement voulu prendre un praliné dans une boîte. Mais celle-ci contenait des objets volés, dont des billets piégés. Comme attendu, il n’a pas été acquitté non plus.

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