«Je veux battre mon record»
Un Vaudois de 88 ans se prépare pour la course de sa vie ce week-end

Erwin Lämmler participera ce week-end à sa prochaine course de côte. Depuis 66 ans, cet habitant de Suisse orientale bricole sa première et dernière moto: une NSU. Parviendra-t-il à atteindre l'objectif de sa vie?
Dans son atelier de L'Orient (VD), Erwin Lämmler bricole sa moto depuis des années.
Photo: Philippe Rossier

En bref

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  • A 88 ans, Erwin Lämmler participera ce week-end à une course de côte à Corcelles-le-Jorat (VD) avec sa moto NSU Max 250 de 1953, qu'il entretient lui-même depuis 66 ans. Malgré son âge, il espère repousser les limites de son moteur à 11'000 tours.
  • Erwin Lämmler connaît chaque pièce de sa moto mieux que les prénoms de ses petits-enfants. Il a fabriqué un nouveau réservoir en aluminium et installé un siège rembourré pour plus de confort.
  • Originaire de Suisse orientale, Erwin Lämmler vit depuis 60 ans à la Vallée de Joux. Il a deux enfants, six petits-enfants et dix arrière-petits-enfants, mais considère sa moto comme son second grand projet de vie.
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Pascal Scheiber et Philippe Rossier

Erwin Lämmler veut aller plus vite. Non pas avec son déambulateur, ni dans ses grilles de mots fléchés. Erwin Lämmler veut repousser ses limites en chevauchant sa moto. Son objectif: faire tourner le moteur à 11'000 tours. «Je n'ai pas encore réalisé le projet de ma vie, mais j'ai encore le temps», déclare l'octogénaire en souriant. Y parviendra-t-il ce week-end?

Avant d'entamer son service militaire, Erwin Lämmer s'est acheté cette NSU Max 250 grâce à son salaire d'apprenti.
Photo: Philippe Rossier

Dans son atelier, Erwin Lämmler a tout ce dont il a besoin: des outils et des centaines de pièces de rechange. Depuis 66 ans, il roule sur sa NSU Max 250 de 1953, autrefois sur route, aujourd’hui lors de courses de côte. En effet, sa moto n'est plus homologuée pour la circulation routière depuis longtemps. 

Des objectifs qui l'enflamment

Sa «machine», comme il l'appelle, l’accompagne depuis plus longtemps que son épouse, aujourd’hui décédée. Avec elle, il a eu deux enfants, six petits-enfants et dix arrière-petits-enfants. Après sa famille, cette machine est son deuxième projet de vie, et celui-ci est encore loin d'être achevé.

Erwin Lämmler, il y a trois ans, lors de la course de côte de Corcelles-le-Jorat (VD).
Photo: Marcel Rayroux

Ce week-end, ce senior de 88 ans disputera sa prochaine course à Corcelles-le-Jorat (VD). Mais le mot «course» lui déplaît: «C’est plutôt une démonstration, car les courses sont interdites en Suisse», sourit-il d’un air malicieux, avant d’ajouter: «Mais bien sûr, au final, c'est quand même une sorte de course.» L'octogénaire se montre confiant: «Dimanche, je veux battre mon record personnel.» Il a vécu beaucoup d'aventures sur ce parcours, ponctué de succès et de défaites. Si cela ne tenait qu'à lui, cette course serait loin d'être sa dernière. 

Dans son atelier à L’Orient (VD), Erwin Lämmler effectue ses derniers préparatifs. Depuis 60 ans, cet homme originaire de Suisse orientale vit à la Vallée de Joux. Il dévisse la bougie d’allumage de la culasse et vérifie: «Elle est brun fauve, c’est parfait.» Il la revisse avec précaution. «Je connais chaque pièce de cette machine», dit-il fièrement. Erwin Lämmler possède une anecdote sur chacune d’entre elles. 

Erwin Lämmler en plein bricolage sur une bougie d'allumage.
Photo: Philippe Rossier

Tandis que d’autres redoutent la fin de vie, Erwin Lämmler se lance dans de nouveaux projets. «Mon âge n’est pas un gros problème, je me sens en forme et je suis prêt pour la prochaine aventure», dit-il. Pourtant, depuis sa blessure lors d’un entraînement de motocross il y a deux ans, l'octogénaire boite dans son atelier.

Il connaît mieux sa moto que sa famille

Erwin Lämmler bricole seul dans sa cave, mais pour les courses, sa fille Eva et deux amis l’accompagnent. Ils l’aident à s’habiller et à monter sur sa moto. «Je m’en sors tout seul, mais un peu d’aide, ça fait plaisir», reconnait-il. L'octogénaire a installé un épais rembourrage sur sa selle. «Comme ça, je suis assis un peu plus confortablement, c'est plus adapté à mon âge.» Erwin Lämmler se promène dans son atelier tel un enfant dans un magasin de jouets. Voulant prendre la pose pour la photo, il enfourche sa moto en montant sur un tabouret.

Erwin Lämmler prend la pose pour la photo.
Photo: Philippe Rossier

Tout en parlant, il se penche sur le côté et tire sur les freins. «Un bon freineur est un bon pilote», explique-t-il. L'octogénaire fabrique tout lui-même pour ses réparations, du perçage au fraisage en passant par la soudure: «Il n’y a rien que je ne puisse fabriquer moi-même.» Ses yeux bleus clairs pétillent, Erwin Lämmler regarde sa moto comme s'il s'agissait de son dernier cadeau de Noël et en explique chaque recoin. «Je connais mieux les pièces que j'ai réparées que les prénoms de mes petits-enfants et arrière-petits-enfants.»

Accompagné par le cliquetis de son horloge murale, Erwin Lämmler revient sur son enfance à Herisau (AR) et ses conditions de vie «modestes». «Nous devions nous débrouiller», se souvient-il. L’argent manquait et «il n’y avait pas d’avenir pour moi en Appenzell.» A l'époque, son professeur lui avait transmis sa passion pour l’électrotechnique. «Nous avions construit ensemble un moteur électrique. C’était fascinant.» Des années plus tard, l'octogénaire est encore plein de reconnaissance envers son ancien professeur. Erwin Lämmler a par la suite suivi un apprentissage de mécanicien outilleur chez un fabricant de machines à coudre. Il a économisé son salaire et investi cet argent dans sa NSU. 

L'octogénaire prend un livre sur l'étagère. Sur la couverture figurent les lettres «NSU», le constructeur de sa moto. Plus tard, NSU a été intégré au groupe Audi. En vrai passionné, le senior connait cette histoire sur le bout des doigts. Si Erwin Lämmler est intarissable sur sa moto et le sport automobile, il est en revanche plus bref sur la vie et la mort, et recentre rapidement le sujet son bolide. «Mourir malade dans mon lit? Non merci», dit-il avant de préciser: «Je préfère mourir soudainement et sans douleur près de ma moto, c'est mon voeu le plus cher.»

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