Rarement une étude de l'Office fédéral du logement aura fait autant de bruit: la Confédération souhaite densifier les quartiers de maisons individuelles lorsque la génération du baby-boom aura quitté ses foyers.
Cette génération détient en effet une grande part des maisons individuelles. Aujourd'hui, beaucoup de leurs propriétaires vivent seuls ou à deux dans des habitations initialement conçues pour des familles. «Environ 300'000 maisons individuelles sont situées sur de grandes parcelles, souvent sous-occupées et habitées par une population vieillissante», explique l'Office fédéral du logement.
«Le sol en Suisse est un bien rare»
L'ancienne conseillère nationale socialiste Bea Heim estime qu'il est juste de chercher un potentiel de densification. «Le sol en Suisse est un bien rare», souligne-t-elle.
Toutefois, elle rappelle que de nombreuses personnes âgées restent très attachées émotionnellement à leur maison. Coprésidente de la Fédération faîtière nationale des associations de retraitées et retraités actifs et des organisations d'entraide, elle explique qu'un déménagement peut être perçu comme une véritable perte de son chez-soi.
A cela s'ajoute le manque d'alternatives adaptées: il existe souvent trop peu de logements abordables pour les personnes âgées au sein de leur quartier. «Beaucoup de seniors ne déménagent pas, car ils n'y voient aucun intérêt, que ce soit sur le plan émotionnel, financier ou social», conclut-elle.
Pointer les seniors du doigt
Il est donc nécessaire de construire davantage de logements abordables dans les quartiers existants. Bea Heim propose également de promouvoir les coopératives d'habitation et les modes de vie intergénérationnels. Cela signifie, par exemple, que les grands-parents vivent sous le même toit que leurs enfants et petits-enfants, mais dans des appartements séparés.
Mais elle critique aussi le débat en lui-même: «On attribue de plus en plus à l'âge une part de responsabilité dans la pénurie de logements, écrit-elle. Ce qui est problématique sur le plan éthique et accentue la discrimination.»
Pro Senectute salue l'étude, mais nuance
Chez Pro Senectute aussi, on salue l'étude. «L'approche est judicieuse. Mais pour nous, il est essentiel que de telles solutions reposent sur le volontariat. Nous rejetons catégoriquement toute obligation ou pression supplémentaire», déclare le porte-parole Peter Burri Follath. Le facteur déterminant réside dans la manière dont les incitations seront mises en œuvre concrètement et au cas par cas.
«Notre expérience montre qu'il existe une vraie volonté de changement. Cependant, les alternatives adaptées font souvent défaut», explique-t-il. Il précise que les personnes concernées accordent une grande importance à leur environnement familier, à leur quartier et à un bon accès aux transports publics. «En ville surtout, il est souvent presque impossible de trouver un logement plus petit et abordable dans le même quartier.»
Il ne faut pas encourager les déménagements, «mais les rendre possibles», affirme Peter Burri Follath. «Lorsqu'un changement volontaire est souhaité, il faut des logements appropriés, adaptés à l'âge et abordables. Sans offres correspondantes, nous courons le risque que de tels appels restent sans effet.»
Des premiers essais
Des projets pilotes sont déjà en cours dans plusieurs villes: à Lausanne, un programme d'échange de logements est testé. Des familles emménagent dans le grand appartement de seniors, qui à leur tour emménagent dans l'appartement, plus petit, de la famille. Parallèlement, la ville rend les appartements plus accessibles.
Depuis février 2024, une soixantaine de ménages se sont inscrits au programme. Mais pour l'instant, le projet intéresse davantage les familles que les seniors. Ces derniers craignent une hausse des loyers: tant qu'ils restent dans le même appartement, ils bénéficient de prix plus stables.