En bref
- Le site de recyclage industriel Thévenaz-Leduc à Ecublens (VD) a subi un nouvel incendie le 28 août 2026, déclenchant une enquête du Ministère public avec l'intervention de la Brigade scientifique. Les batteries au lithium et une carcasse de véhicule sont suspectées comme origine possible du feu.
- Le site a connu plusieurs incendies majeurs depuis 2001, entraînant une augmentation des primes d'assurance en raison des risques élevés liés à son activité. Les batteries au lithium, récemment intégrées à leurs opérations, posent un risque croissant.
- Les bâtiments du site sont assurés par l'Etablissement cantonal d'assurance (ECA), qui indemnise en fonction des dommages évalués et des enquêtes en cours. Les dégâts extérieurs, comme les perturbations des transports, relèvent de l'assurance responsabilité civile.
Comment assure-t-on un site industriel qui a connu une succession d'incendies? Suite à l'incendie du 28 août au site de Thévenaz-Leduc, le CEO Roger Blesi souligne qu'au niveau assurances, c'est tout sauf une aubaine. L'entreprise Thévenaz-Leduc paie très cher pour s'assurer.: «Ce genre d'événement nous coûte extrêmement cher. Les franchises sont très élevées. Les primes aussi», souligne le patron du groupe BAREC, propriétaire de l'entreprise Thévenaz-Leduc.
Par le passé, les assurances ont partiellement couvert les incendies qu'a subis le site de recyclage industriel, basé à d'Ecublens (VD). Ce dernier a connu plusieurs épisodes de feu au cours des années, en 2001, 2007, 2013, 2014. En 2014, le Service d'incendie a même enregistré plusieurs interventions sur le site pour incendie. Les assurances avaient remboursé une partie des frais, mais les risques élevés liés à ce secteur d'activité font qu'il devient très cher par la suite de s'assurer pour ce type d'activité, explique le patron du groupe.
La répétition des incendies avait préoccupé les autorités il y a 10 ans. Dans une réponse officielle de mars 2015, le Conseil d’État vaudois indiquait que l’incendie du 3 décembre 2014 avait été précédé d’un autre «exactement du même type» le 10 octobre 2013, ainsi que d’incendies importants en 2001 et 2007.
Un secteur exposé
Pour l'incendie du 28 août 2026, les conclusions ne sont pas encore établies. Cette fois, le Ministère public a ouvert une investigation, faisant intervenir la Brigade scientifique. A ce jour, il est supposé que le feu est parti d’une carcasse de véhicule. Les batteries au lithium récupérées par l'entreprise de recyclage sont également suspectées.
Le site, comme tous les bâtiments du canton de Vaud, est obligatoirement assuré auprès de l’Etablissement cantonal d'assurance (ECA). «L'ECA couvre une partie de nos risques, explique Roger Blesi. Notre assurance RC couvre le reste.»
Comme toujours, la nature de l'activité détermine la prime d'assurance. «Le montant de la prime de chaque entreprise est calculé selon un taux correspondant aux risques spécifiques de son secteur d'activité», nous indique Rafael Stuker, responsable du service communication de l'ECA. «Par conséquent, les activités présentant des risques plus élevés entraînent une prime plus importante».
A cet égard, le site de Thévenaz-Leduc est exposé à des risques particuliers en raison de la quantité de véhicules hors d’usage qui s'y entassent, mais aussi des batteries au lithium qu'il accueille et qui représentent un risque d'incendie clairement identifié depuis quelques années. L’Office fédéral de l'environnement (OFEV) met en garde qu’une batterie lithium-ion mal éliminée peut provoquer des incendies dans les installations de recyclage.
Des primes revues à la hausse
La répétition des incidents tend à faire augmenter les primes d’assurance. Roger Blesi confirme en outre que «les risques liés aux batteries au lithium sont devenus particulièrement préoccupants». Ces trois dernières semaines, rappelle le patron du groupe BAREC, plusieurs incendies impliquant des batteries ont été signalés dans le canton. «Les assureurs, qui connaissent bien ce risque croissant, l’intègrent désormais davantage dans le calcul de leurs primes».
A ce stade, les batteries ne sont toutefois qu’une piste. Qui n'avait probablement pas de pertinence lors des précédents épisodes d'incendies qu'a connus le site. Jusqu'en 2014, les véhicules électriques restaient minoritaires en Suisse. Par ailleurs, ce n'est que récemment que le site de Thévenaz-Leduc s'est mis à intervenir dans la filière des batteries électriques usagées pour les réacheminer vers des installations spécialisées en Europe
Le site, qui opère au sein du groupe BAREC, détenu par la famille Balmelli, n'est pas le seul dans son secteur à avoir connu des incendies à répétition, dûs à un environnement industriel intrinsèquement inflammable. En 2014, les autorités avaient imposé un audit de sécurité et une réduction du stockage des véhicules.
Indemnisation cantonale et RC
Pour l’incendie du 28 août 2026, l'issue de l'enquête déterminera le montant de l'indemnisation. «Le montant des indemnisations versées par l'ECA est déterminé après évaluation des dommages et examen des justificatifs fournis par nos assurés, ainsi que sur la base des couvertures d'assurance prévues par les polices concernées», répond l'ECA. «De plus, en cas d’enquête pénale, l’issue de celle-ci constitue également un élément nécessaire à la fixation de l’indemnité définitive.»
D'après Roger Blesi, en dehors des bâtiments, assurés par l'ECA, l'entreprise ne déplore heureusement aucun dégât du côté des machines. «Pour tout ce qui concerne les dégâts extérieurs à l'entreprise, et dont on ne connaît pas encore l'ampleur, comme la fermeture de l’autoroute, le train, le M2, le voisinage, cela sera pris en charge par notre assurance RC, et cette indemnisation au civil sera indépendante de l’enquête pénale en cours».