«Une jungle déréglementée»
Toto Morand ferme le magasin «Pompes Funèbres» à Genève

Après 28 ans, le patron de la boutique de chaussures, déficitaire, la met en liquidation, et pointe les ravages du commerce en ligne. Situé à côté, le magasin de baskets Pomp it Up continue son activité, mais le marché est difficile pour tous les acteurs en Suisse.
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Toto Morand dans son magasin Pompes Funèbres de Lausanne.
Photo: KEYSTONE

C’est sur Facebook que l’entrepreneur vaudois Guillaume (dit «Toto») Morand a annoncé, ce mardi 20 janvier, la fermeture de Pompes Funèbres. La boutique de chaussures de mode située à la rue de la Corraterie, à Genève, et souvent désignée sous le nom familier de «Pompes Fu», était en activité depuis 28 ans.

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«On liquide tout à 50%, nous dit résigné le patron de l'enseigne, Toto Morand. On a commencé il y a deux semaines. On vend des quantités de fou. Le volume est 10 fois plus important. Cela montre qu’on avait de bons produits, et qu’il suffit de les solder à 50% et ça part. Le magasin est pratiquement vide, mais nous allons ramener les stocks qui restent, et ils vont s’écouler rapidement.»

La «jungle» du commerce en ligne

Le coupable? Le commerce en ligne, et en particulier Zalando, assure Toto. «Ce n’est pas à cause des loyers, ni des travaux et encore moins de l’accessibilité», avait expliqué Toto Morand sur Facebook. «La raison est Internet et les ventes online en Suisse. Une jungle totale, complètement déréglementée.»

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Devant cette inaction totale des politiques, les fermetures vont malheureusement continuer à se succéder
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Au téléphone avec Blick, Toto Morand insiste: «C’est un problème général que vivent en ce moment tous les commerces de la mode ou de la chaussure en Suisse.» L'entrepreneur a longtemps mis en garde contre les ravages d’internet, et surtout du site allemand Zalando, mais aussi des plateformes chinoises comme Shein et Temu, qui aggravent encore plus la situation et affectent durement les marges des magasins en Suisse. «Les Chinois, c’est le coup fatal», résume-t-il.

Il poursuit: «Les politiques tiennent une lourde part de responsabilité devant le désastre du petit commerce suisse, dénonce-t-il. 15 ans qu’ils ne font rien.» La situation ne va pas s’arranger, anticipe l’entrepreneur: «Devant cette inaction totale des politiques, les fermetures vont malheureusement continuer à se succéder.»

Taxer les retours pour soulager les commerces locaux

La solution, d’après lui? «Il aurait fallu taxer les retours de colis de Zalando, et ceux des plateformes chinoises aussi. Les autorités suisses auraient dû le faire il y a longtemps.» 

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Si chaque consommateur devait payer pour chaque retour 5 ou 10 francs, ces abus cesseraient
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Toto Morand déplore que la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter ait refusé cette option. «Les retours et livraisons gratuits, c’est tout le business de ces plateformes qui repose là-dessus, et c’est ce qui tue le commerce local. Il y a 55% de retours dans la mode, c’est de la pure folie. Si chaque consommateur devait payer pour chaque retour 5 ou 10 francs, ces abus cesseraient et Zalando perdrait beaucoup de chiffre d’affaires en Suisse.»

Ces prochaines semaines, Toto Morand va poursuivre les liquidations du magasin genevois Pompes Funèbres, et va remettre les surfaces à terme. Située juste à côté, l'enseigne Pomp it Up, quant à elle, franchise leader des baskets en Suisse, poursuit son activité, même si le marché des sneakers de mode est, lui aussi, durement concurrencé par Internet.

Pour les affaires de Toto Morand, cette fermeture de Pompes Funèbres n’est pas la fin du monde, mais c’est un signal pour la situation des commerces qui le rend pessimiste. «Ce n’est pas la première fois que je ferme un magasin, on en a fermé avant le Covid. Mais avec toutes ces nouvelles plateformes qui arrivent, c’est chaque fois 10%-15% de chiffre en moins par année, et on peut vite basculer dans le rouge.»

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