Vives tensions au sujet du Pape, refus d’alignement militaire face à l’Iran: rien ne va plus entre Georgia Meloni et Donald Trump. Les désaccords transatlantiques semblent désormais l’emporter sur l’union des droites occidentales qui avait initialement créé des liens forts entre Rome et Washington.
L’Iran, pomme de discorde majeure
Mais l’idylle entre la cheffe du gouvernement italien et le président américain a connu une fin abrupte depuis la guerre en Iran et le refus de Rome de s’engager aux côtés des Etats-Unis pour débloquer le détroit d’Ormuz. Dès le début, l’Italie a refusé de se laisser entraîner dans la guerre voulue par le président américain et Israël. Fin mars, le gouvernement italien a interdit le survol du territoire italien par les avions américains en route vers les pays du Golfe et leur atterrisage sur la base de Sigonella, dans l’est de la Sicile, en vue d’opératoins au Moyen-Orient.
Déçu, le Républicain a soudainement changé de ton vis-à-vis de sa meilleure alliée idéologique. «Je suis choqué par elle, a lancé Donald Trump le 14 avril au sujet de la présidente du conseil lors d’une interview au «Corriere della Sera». Je pensais qu’elle avait du courage, je me trompais». Le même jour, Giorgia Meloni annonçait la suspension du renouvellement automatique d’un accord de défense avec Israël, qui arrivait à échéance.
Attaques contre le pape: la goutte d’eau
Mais l’attitude de Donald Trump vis-à-vis du Pape Léon XIV aura sans doute constitué l’élément qui a consommé le divorce entre l’Amérique de Trump et l’Italie de Meloni. Le 13 avril, la première ministre a fustigé les attaques de Donald Trump contre le Pontife. Le 12 avril, confronté à l’opposition du Pape au sujet de la guerre en Iran, le président américain avait déclaré qu’il n’était «pas un grand fan de ce Pape», qui «ne fait pas un très bon job», qui «semble aimer le crime» et «ne croit pas à l’idée de stopper le crime». Des attaques qui ont provoqué de vives réactions dans les milieux catholiques.
Le lendemain, la cheffe du gouvernement italien a jugé «inacceptables ces déclarations», alors que le Saint-Siège se situe au Vatican, enclavé dans Rome, et que Giorgia Meloni compte un important électorat catholique conservateur.
Au début du mandat du Républicain, rien ne laissait présager une aussi rapide détérioration des relations entre Rome et Washington. L’idylle était au beau fixe alors que Giorgia Meloni était la seule dirigeante qui trouvait grâce aux yeux de Donald Trump en Europe.
De multiples marques d’allégeance
Seule à avoir été invitée le 20 janvier 2025 à sa cérémonie d’investiture, elle était rapidement devenue son interlocutrice privilégiée en Europe en raison de leurs affinités idéologiques, partageant le statut de favorite avec le premier ministre hongrois Victor Orban. Au même moment, Donald Trump critiquait le reste de l’Europe, tançait régulièrement Emmanuel Macron et l’Espagnol Pedro Sanchez, et affichait une indifférence polie pour le chancelier allemand Friedrich Mertz.
S’étant rapprochée de l’écosystème trumpiste via les réseaux conservateurs internationaux, Giorgia Meloni avait longtemps fait preuve d’une allégeance indéfectible envers Trump. Début 2025, elle s’était abstenue de critiquer la violente diatribe que le vice-président JD Vance avait dirigée contre le modèle européen à la conférence de Munich.
Puis, le 28 février, elle avait refusé de prendre parti pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky suite à son humiliation dans le Bureau Ovale. Contrairement à la France qui souhaite à terme ouvrir la voie à une reconnaissance d’un Etat palestinien, Giorgia Meloni a refusé, pendant la guerre à Gaza, l’idée de reconnaître un Etat palestinien. Elle a en outre soutenu la capture, sur ordre de Trump, du président vénézuélien Nicolas Maduro, et fermé les yeux face aux menaces d’annexion du Groenland. Une série de marques d’allégeance qui, au final, n’auront pas suffi à préserver de bonnes relations italo-américaines.