50 ans de rock genevois
Le Beau Lac de Bâle part en tournée en Romandie dès le 2 mai

Ils fêtent un demi-siècle de musique et sont toujours aussi passionnés. Le Beau Lac de Bâle sera en tournée dès le 2 mai à travers la Suisse romande, en parallèle de la sortie d’un livre racontant leur histoire.
Photo: MAGALI GIRARDIN
Sandrine Spycher
Sandrine Spycher
L'Illustré

Une route encombrée à Carouge, un ascenseur un peu grinçant, un couloir mal éclairé et, soudain, l’énergie et les sourires des neuf membres du Beau Lac de Bâle. Dans ce local de répétition, ils arrivent les uns après les autres, lançant des salutations enjouées dès la porte franchie – seul le jeune Benzino d’Asile, la relève du groupe, est absent ce soir. Instruments sortis de leurs fourreaux, le groupe est prêt à jouer. Mais avant cela, on demande un peu de discipline pour la photo et l’interview. Les souvenirs fusent, les rires ne sont jamais bien loin. Comme un instantané du demi-siècle passé.

Le Beau Lac de Bâle, ou BLB, voit le jour en 1977, sous l’impulsion de John Cipolata, Bouby et Roberthy Benzo. Aujourd’hui, le groupe est composé de François Court alias Cipolata (guitare, texte et chant), Robert Ruata alias Benzo (basse et chant), Georges Sartor alias Rocky Raviolo (saxophone et harmonica), Marie-Christophe Arn alias Claire Asile (clavier), Paul Zouridis alias Walter Paulo (batterie) et le jeune guitariste Matthieu Agostino alias Benzino d’Asile, né en 1999 et qui chipe son pseudo à ceux de ses parents. 

Aux musiciens s’ajoutent les trois choristes: Brigitte alias Cellulite Gras D’Ouble, Claudine alias Spatule et la dernière venue, Marie alias Mariejuana. Jean-Jacques Burger, alias Bouby, gère depuis le début la technique: «C’est moi qui appuie sur les boutons!» Et pourquoi s’appellent-ils le Beau Lac de Bâle? Le mystère demeure, même si l’une des explications est cachée sur la pochette de leur premier album.

«
Certaines années, on jouait 20 à 25 concerts, surtout entre 1980 et 1982
Benzo, guitariste du BLB
»

Le premier concert

Le 18 juin 1977, donc, c’est au Festival du Bois de la Bâtie que le public découvre les rockeurs genevois sur scène. «Il y avait toute une préparation avec les choristes qui venaient répéter et les gens de la Bâtie qui imaginaient les feux d’artifice, s’enthousiasme Cipolata en se remémorant le concert. On devait jouer le samedi soir à la meilleure heure, à 22 heures. Et puis, paf, il y a eu un orage énorme et le concert a été reporté au dimanche à 18 heures.» 

Les intempéries donnent à la Bâtie des airs de Woodstock, en plus petit mais non moins mémorable, comme le souligne le guitariste: «J’en ai un souvenir extraordinaire. Le public était fou, la prairie était bourrée et les gens se fendaient la gueule! J’ai aussi un souvenir très précis des 22 choristes en rose.» Au fil du temps, le nombre de choristes a diminué et l’une d’elles, Claire Asile, est passée derrière le clavier, mais elle n’était pas présente sur scène pour ce premier concert. «J’étais dans le public!» se souvient-elle, également marquée par cette «foule incroyable».

En 1982, le BLB participe au défi de créer une version rock de «Sacré Ulysse», téléfilm de la même année.

Cette soirée à la Bâtie a été précédée par une dizaine de concerts entre l’automne 1976 et l’été 1977, raison pour laquelle les 50 ans sont fêtés en 2026, avec une nouvelle tournée (voir dates page 25). «Une petite réputation commençait à se construire. On avait déjà une petite mise en scène et les textes de Cipolata qui faisaient rire les gens», explique Benzo. Il évoque l’affiliation à l’Association pour la musique de recherche (AMR) de Pierre Losio, alias Jimmy Chose, ancien bassiste du groupe décédé en 2019. Et c’est l’AMR qui a organisé le premier Festival du Bois de la Bâtie!

La carrière est lancée

Depuis ce premier show, le BLB ne s’est plus jamais arrêté, malgré le départ de certains membres, notamment le chanteur Dominique Demierre, alias Dietrich Freezer-Disco. La scène, les albums, rien ne peut stopper le mouvement en marche. «Certaines années, il y avait à peu près 20 à 25 concerts par an alors que, au début, on en avait une dizaine, puis cela a augmenté dans les années 1980 et 1990», précise Benzo. 

Cipolata acquiesce et renchérit: «De 1980 à 1982, on a beaucoup joué. C’est aussi à ce moment-là qu’est sorti le premier 33 tours.» Cet album, c’est Baignades strictement interdites, sorti en 1980 grâce à l’aide de... Alain Morisod, lit-on dans le livre 50 nuances de BLB (voir encadré). Dans son local de répétition, le BLB conserve une carte de la Suisse avec de petits papiers mettant en évidence les lieux de concerts dans les différents cantons, principalement en Romandie.

Un abécédaire pour biographie

Les journalistes André Klopmann et Nicolas Burgy écrivent un bel hommage au Beau Lac de Bâle dans leur livre 50 nuances de BLB. Le Beau Lac de Bâle, un demi-siècle de rock (Editions Slatkine). Après une brève introduction qui pose les bases historiques du groupe, un abécédaire raconte une multitude d’anecdotes ayant entraîné ce succès. Les collaborations, les bides, les inspirations, les pseudos, tout est décortiqué avec un humour piquant digne des rockeurs. De nombreuses photos de répétitions et de concerts retracent l’histoire du BLB. Les paroles d’une vingtaine de chansons, les plus célèbres parmi les 130 morceaux du groupe, complètent le livre.

Les journalistes André Klopmann et Nicolas Burgy écrivent un bel hommage au Beau Lac de Bâle dans leur livre 50 nuances de BLB. Le Beau Lac de Bâle, un demi-siècle de rock (Editions Slatkine). Après une brève introduction qui pose les bases historiques du groupe, un abécédaire raconte une multitude d’anecdotes ayant entraîné ce succès. Les collaborations, les bides, les inspirations, les pseudos, tout est décortiqué avec un humour piquant digne des rockeurs. De nombreuses photos de répétitions et de concerts retracent l’histoire du BLB. Les paroles d’une vingtaine de chansons, les plus célèbres parmi les 130 morceaux du groupe, complètent le livre.

Quel est le carburant qui leur a permis de jouer si longtemps et de continuer? Le plaisir de la musique, répondent-ils de concert. «On n’avait pas de problème pour se partager l’argent, cela a bien simplifié la chose aussi», ajoute Benzo. La stratégie du groupe était de verser les cachets des concerts dans une caisse commune, qui servait ensuite à financer les prochains déplacements. Personne n’a rien touché, mais tout le monde en a profité, résument les musiciens.

Pourtant, le BLB a une ambition mesurée, ne cherchant pas à s’exporter. «Comme dit Jésus: «Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux», cite Cipolata. A l’éclat de rire qui suit, il ajoute une autre citation, celle-ci de Jules César: «Je préfère être le premier dans mon village que le deuxième à Rome.» Selon ce principe, le groupe se plaît dans sa Romandie, et même sa Genève natale. «C’est la raison pour laquelle on n’est pas montés à Paris, indique Benzo. Il y a eu des tentatives de nous faire signer des contrats, mais ça ne nous intéressait pas. On avait déjà 30 ans, certains avaient des enfants, on n’avait pas besoin de ça.»

Un plaisir de jouer inchangé

Les enfants ont grandi – l’un d’eux, Benzino d’Asile, a même rejoint le groupe aux côtés de ses parents –, mais la joie de toucher aux instruments reste intacte. Le soir de notre reportage, Cipolata annonce au groupe qu’il a écrit un nouveau morceau. «Ce n’est pas la même chose de jouer du rock à 70 ans qu’à 28 ans», disait-il en début de soirée. Pourtant, au moment d’empoigner sa guitare, il semble rajeuni par l’énergie «rock’n’drôle» de la répétition.

Le groupe se produit au Sierre Blues Festival en 2017.
Photo: Christophe Losberger - www.sitat

Le public, lui, n’a pas changé. Les fans de la première heure sont toujours fidèles. Les musiciens reconnaissent souvent des visages d’un concert à l’autre. «Dans le canton de Vaud, on a eu beaucoup d’invitations qui provenaient de responsables des jeunesses de villages. Ces jeunes-là sont devenus adultes. Puis, à un moment donné, ils sont partis à la retraite. Et d’autres sont arrivés à la place, qui avaient peut-être moins d’intérêt. Donc il y a eu le mouvement du public qui nous a suivis et puis ils sont vieux comme nous», analyse Benzo.

Une dernière question avant de les laisser répéter pour les concerts à venir: s’il fallait choisir un seul mot pour définir ce demi-siècle du BLB, quel serait-il? Pêle-mêle, les neuf membres présents répondent: plaisir, musique, rock’n’roll, fête, Rolling Stones, paillettes, étoiles, groupe, gloire locale.

Un article de «L'illustré» n°17

Cet article a été publié initialement dans le n°17 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 avril 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°17 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 avril 2026.

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