Publié ce vendredi 18 septembre, le rapport de la commission d'analyse, mandaté par la Conférence des Eglises réformées de Suisse romande (CER) est revenu sur l'affaire très sensible du licenciement des deux journalistes romands de Protestinfo, en octobre 2025.
Présidée par le pasteur Gilles Cavin, la commission réfute en bloc les hypothèses de la censure, du licenciement abusif et de la faute professionnelle. Ces conclusions ont surpris, en tout premier lieu, les principaux concernés: Anne-Sylvie Sprenger et Lucas Vuilleumier, remerciés alors qu'ils enquêtaient sur le théologien vaudois Daniel Marguerat, accusé d'abus sexuels et désormais visé par une enquête pénale.
Ayant pris connaissance du rapport en même temps que la presse, les deux journalistes nous ont partagé leurs réactions.
Rien n'explique le licenciement précipité
«Je reste profondément écœurée par tout ce qui s’est passé, mais je suis soulagée que les affabulations concernant nos prétendues méthodes de travail aient pu être formellement démontées, affirme Anne-Sylvie Sprenger. Ces accusations y sont clairement qualifiées d’inexactes. Le rapport établit non seulement que nos méthodes 'correspondaient à la pratique professionnelle', mais qu’elles étaient également même 'plutôt conciliantes'.»
Le rapport décrète en effet qu'«aucune faute professionnelle n'a été constatée de la part des deux journalistes». En revanche, puisque la censure a été réfutée d'emblée, la journaliste s'interroge toujours quant aux raisons de ce licenciement précipité: «De fait, en nous licenciant, l’article jugé problématique et gelé n’a pas pu être publié et son contenu reste, pour une part, méconnu, pointe-t-elle. La commission conclut qu’il n’y a pas eu d’acte de censure, soit. La précipitation qu’il y a eu à nous licencier, alors que le Conseil exécutif et notre directeur n’avaient jamais exprimé la moindre critique quant à notre ligne éditoriale, n’a donc toujours pas trouvé de raison d’être.»
«Tensions fatales»
Même son de cloche pour le journaliste Lucas Vuilleumier, qui prépare actuellement son spectacle «Le pédé original», présenté dès le 23 septembre au Théâtre Boulimie de Lausanne. «A mes yeux, même si ce rapport réfute toute censure, c’est bien le sujet de notre derniere enquête, jamais publiée, qui a été la cause des tensions fatales ayant mené à notre licenciement.»
Pour rappel, à défaut de citer la censure ou le licenciement abusif, le rapport fait état d'une «conjonction de défaillances d'organisation et de gouvernance», d'une «charte rédactionnelle insuffisante, l'absence d'une direction claire, des tensions et pertes de confiance entre certaines autorités d'Églises et les journalistes, le non-respect de la gouvernance et le court-circuitage des instances de décision, une décision stratégique prise unilatéralement, ainsi qu'une connaissance insuffisante de la mission d'une agence de presse interne.»