En bref
- Un rapport écarte censure, faute professionnelle et licenciement abusif chez Protestinfo
- La crise est attribuée à une charte insuffisante, une direction floue et une perte de confiance
- La CER reconnaît des défauts de gouvernance et dit vouloir intégrer les recommandations
Ni censure, ni faute professionnelle, ni licenciement abusif. Voilà la conclusion d'un rapport révélé ce vendredi 18 septembre sur le licenciement controversé, en octobre 2025, des deux journalistes de l'agence Protestinfo. Ce rapport de la commission d'analyse mandatée par la Conférence des Eglises réformées de Suisse romande (CER) était très attendu.
Le document écarte les trois hypothèses les plus lourdes qui avaient nourri la controverse: aucune censure n'a été exercée par les Eglises, aucune faute professionnelle n'a été relevée à l'encontre des deux journalistes, et aucun licenciement abusif n'a été constaté.
Une «perte de confiance»
La commission, présidée par le pasteur valaisan Gilles Cavin, situe l'origine de la crise dans un enchevêtrement de défaillances internes. Le rapport pointe une charte rédactionnelle jugée «insuffisante», l'absence d'une «direction clairement identifiée», ainsi que des tensions et une «perte de confiance» progressive entre certaines autorités ecclésiales et les journalistes du média.
Le rapport relève aussi un non-respect de la gouvernance, un court-circuitage des instances de décision et une décision stratégique prise de manière unilatérale. Enfin, la commission évoque une connaissance insuffisante, au sein des Eglises, de ce que suppose la mission d'une agence de presse interne.
Dans son communiqué, la CER indique prendre acte du rapport, de ses conclusions et de ses propositions d'amélioration. L'institution dit vouloir en tirer les enseignements et s'efforcer d'intégrer ces éléments dans son fonctionnement.
Une affaire d'ampleur
Les deux journalistes remerciés, Anne-Sylvie Sprenger et Lucas Vuilleumier, enquêtaient sur les liens maintenus entre Daniel Marguerat et les institutions réformées avant d'être licenciés. C'est ce que révélait, en avril 2026, une enquête du magazine chrétien français «Le Cri». Le média y soulignait que Daniel Marguerat, célèbre bibliste vaudois et ancien professeur à l'UNIL, serait visé par plusieurs signalements, notamment pour abus sexuels, ce qu'il conteste.
L'affaire Protestinfo avait aussi atteint le Parlement fédéral. Après le licenciement des deux journalistes, le Conseil de l'Europe avait publié une alerte sur sa Plateforme pour la sécurité des journalistes, ce qui a forcé la Confédération à se positionner. Berne rappelait son attachement «profond» à la liberté des médias, mais s'était alors défaussée du dossier et se retranchait derrière l'argument d'une «affaire privée».