Le Parlement jurassien a refusé mercredi un postulat d'Irène Donzé (PLR) demandant au Gouvernement de prendre contact avec le Conseil d'Etat genevois pour entrevoir la création d'une prison intercantonale. Les deux cantons rencontrent des difficultés, le Jura étant en manque d'infrastructures alors que Genève doit constituer avec une surpopulation, notamment à Champ-Dollon.
Le postulat demandait aussi, en cas d'échec des discussions avec Genève, de réfléchir à la possibilité d'une telle coopération avec un autre canton. Les Vert-e-s soutenant uniquement la seconde partie, la motion a été scindée en deux. Mais les deux propositions ont été rejetées, respectivement avec 47 non, 9 oui et 3 abstentions pour la première et avec 34 non, 24 oui et 1 abstention pour la seconde.
Au bout du lac, une rénovation semble compliquée et coûteuse. Dans le Jura, la fermeture de la prison de Porrentruy est déjà actée car l'établissement, situé dans le château, n'est plus aux normes. Des dizaines de personnes, placées sous l'autorité du Jura, sont incarcérées hors canton, selon le texte de la motion. Alors qu'à Genève de nouvelles infrastructures sont nécessaires mais peinent à se concrétiser, le Jura dispose de réserves foncières importantes, mais manque de moyens.
«Champ-Dollon bis»
Le ministre de la justice et police Valentin Zuber a toutefois jugé «impossible» la construction d'une «Champ-Dollon bis» sur le territoire jurassien, faisant référence au vaste établissement pénitentiaire genevois. M. Zuber a parlé d'une institution de 500 à 600 places, alors que le canton du Jura disposera prochainement de 55 places grâce à la prison de Moutier.
Avec un projet d'une telle ampleur, il faudrait maîtriser le risque financier pour le Jura et garantir le personnel suffisant. En outre, la coordination intercantonale existe déjà, a-t-il ajouté, ne voyant pas «pourquoi il faudrait concentrer nos démarches sur un seul canton». Le Gouvernement a donc invité à refuser le postulat.
Pour Patrick Chapuis (PCSI), le Jura n'a pas à répondre aux difficultés foncières de cantons urbains comme Genève. Il a également relevé les coûts importants en matière d'infrastructures, de sécurité ou encore de transports, ainsi que la distance entre les deux cantons, qui pourrait compliquer les visites des familles ou les déplacements des avocats.
Comme plusieurs députés, Sandra Hauser (Centre) a rappelé que les réflexions intercantonales devaient se faire au sein du Concordat latin sur la détention pénale des adultes. Son parti a laissé la liberté de vote. «Un projet d'une telle ampleur ne peut pas se prévoir en-dehors d'une planification romande et tessinoise», a renchéri Nicolas Girard (PS).
Eric Gerber (PLR) a rappelé que l'étude demandée par le postulat avait pour but de définir le type de prison et les besoins. En vain.