Le second tour ce dimanche
Les Portugais de Suisse décryptent leur vote très à droite

Contrairement au scrutin national, les Portugais de Suisse ont massivement voté pour le candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle. Entre les deux tours, nous sommes allés à la rencontre de ces électeurs pour comprendre leur vote.
1/6
A Volketswil, dans le canton de Zurich, des scènes de liesse ont marqué le meeting helvétique d’André Ventura, le 22 janvier dernier.
Photo: Facebook Chega
Toan Izaguirre

Le dimanche 18 janvier, ce sont 6851 Portugais qui ont déposé un bulletin dans l’urne du consulat lusitanien de Genève, où toute la diaspora romande était invitée à voter pour l’élection présidentielle. Parmi eux, 67% ont choisi André Ventura, le candidat du parti d’extrême droite Chega («Assez», en français), contre 13% pour le socialiste António José Seguro. 

Ces résultats tranchent avec le scrutin national: au Portugal, le socialiste est arrivé en tête avec 31% des suffrages, devançant le leader d’extrême droite, crédité de 23%. L’écart entre les deux candidats impose un second tour, une première depuis 1986. Voilà pour les faits.

Une maigre participation

Une question s’impose: comment une population immigrée peut-elle voter massivement pour un parti hostile à l’immigration? Ce paradoxe mérite d’être relativisé. Le taux de participation au premier tour au consulat de Genève n’est que de 8,26%, un progrès toutefois au regard des 2,07% de la dernière présidentielle en 2021. 

«Ceux qui se sont déplacés sont des sympathisants du Chega qui ont des idées radicales, ce n’est bien sûr pas représentatif de la population», analyse Victor Pereira, historien spécialiste de l’immigration portugaise. Selon lui, André Ventura dispose en Suisse de «nombreux relais militants». C’est d’ailleurs le seul pays qu’a visité le leader d’extrême droite dans l’entre-deux-tours, avec un voyage à Zurich dès le lendemain du scrutin.

«La perspective d’un retour au pays joue un rôle déterminant»

Dans l’histoire des diasporas, «les Portugais ont été construits comme les immigrés modèles, Blancs, catholiques, qui ne constitueraient pas une menace pour les sociétés occidentales», rappelle Victor Pereira. Certains y trouvent une fierté. Ce discours permet, par opposition, de désigner de «mauvais immigrés». Certains électeurs du Chega en Suisse réutilisent ce modèle pour se distinguer: c’est pour eux «un gage d’intégration et d’appartenance à la population majoritaire», souligne l’historien.

Autre facteur: les liens étroits qu’entretient la diaspora avec son pays d’origine. Notamment via la télévision, dont «l’effet loupe des chaînes d’information en continu laisse croire que le Portugal devient un pays dangereux», observe-t-il. Largement infiltrés par des contenus populistes, les réseaux sociaux renforcent le phénomène. «On peut en déduire aussi que la perspective d’un retour au pays joue un rôle déterminant, avec la peur d’un changement trop important», ajoute l’historien. Enfin, la diaspora portugaise est massivement exposée aux idées populistes en Europe occidentale «et l’a été bien avant les Portugais du Portugal».

Découvrez quatre portraits de Portugais de Suisse en cliquant ci-dessous:

Articles les plus lus