Gaillard miné par les vols à l’arraché
«Narcotrafic? Mais non, c’est l’insécurité le problème!»

Le narcotrafic gangrène-t-il Gaillard? Blick s’est rendu sur place à la frontière genevoise. Les habitants racontent une autre histoire, faite de vols à l’arraché et de police absente. Reportage.
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Des affiches placardées fin août mettent en garde contre les violences liées au trafic de drogue.
Photo: Toan Izaguire / Blick

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • A Gaillard, le narcotrafic et des tirs touchent surtout le quartier du Chalet
  • Des habitants évoquent surtout vols à l’arraché, cambriolages et police dépassée
  • Les avis divergent selon les quartiers. Sollicité par Blick, le maire défend son action et regrette certaines critiques

Rien ne laisse deviner que cette calme petite ville de 11'000 âmes, aux portes de Genève, ait pu être le théâtre de fusillades cet été. En ce samedi matin 12 septembre à Gaillard, les gens vont et viennent le long de la rue de la Libération, entre la Poste, le marché et le PMU. Le calme règne et un soleil déjà généreux baigne les rues de lumière.

Mais le narcotrafic est, en effet, venu bousculer la tranquillité de la ville, comme en témoignent les affichettes placardées un peu partout depuis fin août, portant l'inscription: «Drogue: Ton achat au quartier du Chalet provoque des tirs». Pourtant à Gaillard, les habitants ont d'autres soucis, nettement prioritaires à leurs yeux. Blick est allé à leur rencontre.

Une insécurité qui mine le quotidien

Notre déambulation commence au bar-tabac «La Gaillardine» au début de la rue de la Libération. Rien de mieux, pour qui veut prendre la température de la ville, que de se rendre dans ces lieux fréquentés, selon une récente étude de la Fondation Jean-Jaurès, par un Français sur dix chaque semaine. A peine avons-nous exposé le sujet de notre reportage que le responsable du kiosque lance: «Je termine avec ce client, et je suis à vous de tout de suite.» Manifestement, il en a gros sur le cœur. La drogue? «Nous, les commerçants, on s'en fout, ça ne nous touche pas. Pour nous, c'est l'insécurité, le problème.» Nous lui demandons ce que recouvre ce mot, l'«insécurité». Intarissable, il liste les griefs: «Le vol à l'étalage, les colliers arrachés, les voitures cassées. Les blédards squattent des appartements, ils fument des joints sur les terrasses et personne n'ose rien leur dire. Ça, ils ne le marquent pas sur les affiches. La police? Elle les arrête et les relâche juste après. C'est ça, le problème numéro un.»

Le maire ne serait pas présent

Les priorités du maire Antoine Blouin (Divers droite), réélu en mars 2026, ne le convainquent pas. «Le maire, je ne le connais pas, il ne vient pas nous voir, on ne le croise jamais à Gaillard. Il est dans un autre monde. Il faut venir nous demander notre avis avant de coller des affiches.» Il déplore aussi le manque d'effectifs policiers dans la ville: «Ils ont enlevé les gendarmes. A présent, il n'y a que la police municipale, et ils sont dix policiers pour toute la ville.» Il nous confie enfin que le kiosque est en vente, mais assure que cela n'a rien à voir avec ces problèmes. Que répond le maire à ces critiques?

Contacté par Blick, Antoine Blouin rappelle que la ville a connu sept événements liés à des tirs cet été, «sans pour autant minimiser le reste», précise l'élu. Et d'ajouter: «On est une commune riche et naturellement ça attire une certaine criminalité.» Il reconnait toutefois que les vols de colliers, de trottinettes, de vélos et les cambriolages sont en hausse.

Dans le même bloc d'immeubles, à deux pas, se trouve le bar-tabac-PMU «La Perle». La terrasse est pleine. A l’intérieur, une dizaine de personnes s'entassent autour du bar et des machines de jeux d'argent, tandis que deux écrans diffusent des courses hippiques. Sa patronne, une sexagénaire à l'accent portugais, nous confirme que les questions d'insécurité sont le souci premier des commerçants, cafetiers et habitants du coin. Sans transition, elle raconte avoir été témoin d'un arrachage de collier juste devant son établissement.

«Je ne porte pas de valeurs»

Tout en vendant des tickets de loto à gratter, elle raconte un autre incident: «A Moillesulaz, une dame avait une chaîne en or avec une petite médaille en or avec la photo de sa fille décédée. Des types sont arrivés, ils l'ont prise par la chaîne, l'ont arrachée, ont perdu la chaîne mais ont récupéré la médaille.» Conséquence: «Moi, mon sac à main, je le mets dans un sac ordinaire. Et ce collier que vous voyez, il est à 7 euros. Je ne porte plus de valeurs.»

«
La drogue, moi, c'est pas mon souci. Ici, ça fume, ça boit, chacun fait ce qu'il veut
Un habitant de Gaillard
»

Juste à côté du comptoir de tickets à gratter, un client qui travaille dans le bâtiment à Genève et habite à Gaillard s'invite spontanément dans la conversation et évoque, lui aussi, les problèmes d'insécurité. Le trentenaire raconte s'être fait voler sa moto dans son propre garage fermé. «La drogue, moi, c'est pas mon souci. Ici, ça fume, ça boit, chacun fait ce qu'il veut», tranche-t-il.

Pour cet homme d'origine maghrébine, les médias exagèrent la gravité de ce qui se passe dans le quartier du Chalet. «C'est vrai que mon fils de 13 ans évite de passer par là. Mais ces gens, ils ne sont pas d'ici, en fait. Ils viennent de Marseille, du Sud. Beaucoup de gens essaient de dramatiser les choses», déplore-t-il.

Une ville coupée en deux par l'autoroute

Alors que nous nous dirigeons vers le marché de Gaillard, à quelques centaines de mètres, nous apercevons en contrebas l'autoroute A411, qui coupe la ville en deux. Après avoir franchi le pont, nous croisons une dame blonde à la tenue soignée, promenant son petit-fils en poussette. Pour elle, certains quartiers de la ville, comme le sien, restent calmes, vivables. «Les problèmes d'insécurité sont assez localisés, ce n'est pas une réalité partout», affirme la promeneuse qui porte une chaîne et un pendentif en or. Pour elle, l'aspect économique semble l'emporter: «Cela reste très avantageux d'acheter de l'immobilier moins cher ici, tout en étant proche de Genève.»

Un constat semble traverser tous nos témoignages, à Gaillard: la police est dépassée. Et nombre d'incidents se concentrent aux abords de la Poste.

La ville de Gaillard est traversée part l'autoroute A411.
Photo: Toan Izaguire / Blick

Dans le café de la Poste, Céline Dion résonne en fond, quelques habitués boivent leur café accoudés au bar. Une odeur de cigarette froide flotte dans l’air. Lorsque nous évoquons le sujet de notre reportage, la propriétaire des lieux hausse les épaules et lance d'un ton désabusé: «Ici ça se passe plutôt bien, on est habitués, ça a toujours existé.» Mais un sentiment d'abandon se fait ressentir. «Le maire s'en fout, il n'est jamais venu ici, c'est pas normal», se plaint cette sexagénaire qui a repris l'établissement trois ans plus tôt. Appuyé contre le bar, l'ancien propriétaire se joint à la conversation. Et lui ne mâche pas ses mots. «Le nouveau maire, on ne le connaît pas», renchérit-il.

Le maire, de son côté, balaie ces critiques et affirme être très présent sur le terrain et au contact des associations. «Je circule à vélo toute la journée, je n'évite aucune rue, soutient-il, est-ce que je vais chez tous les barbiers de la commune? Sûrement pas. Est-ce que je vais dans toutes les épiceries de nuit? Sûrement pas non plus. Mais je pense qu'il serait compliqué d'être plus présent que je ne le suis.» Il entend les critiques, mais pointe du doigt le peu de personnes prêtes à s'engager – il était le seul candidat aux dernières élections municipales. «C'est plus confortable de critiquer que de s'investir», lâche Antoine Blouin à Blick.

De nombreux habitants dénoncent un sentiment d’insécurité et des vols dans le secteur de la poste.
Photo: Toan Izaguire / Blick

Cet entrepreneur originaire du Kosovo en a gros sur le cœur, surtout depuis qu’il s’est fait voler pour 4000 euros d’outils neufs dans sa camionnette parquée dans le quartier. Pour lui, l'insécurité mine le quotidien des habitants. Dix minutes durant, il nous liste différents cas de vols à l'arraché. «C'est n'importe quoi, on est où là, on est à dix minutes de la Suisse, c'est une honte», tance-t-il. Pour lui, l'écho médiatique dont bénéficie le problème de drogue de la ville est justifié, car fidèle à ce qui s'y déroule «depuis des années». L'homme, qui a vécu dans le quartier des Feux Follets, autre point sensible de la ville, décrit une «misère totale, un chaos».

La présidentielle approche: nous lui demandons si les problèmes que nous venons d'évoquer pèseront sur son vote. Sa réponse: «Je n'ai jamais voté, moi.» D'ailleurs, comme lui, trois quarts des habitants n'ont pas voté le 15 mars dernier, au premier tour des élections municipales. L'étonnement que nous feignons ne dure pas bien longtemps: l'homme, en réalité, ne tarit pas de commentaires sur la vie politique. «Moi, j'aimais bien Sarkozy, monsieur Karcher, il était contre les socialistes, la France est trop sociale.»

Des problèmes localisés

Chez l'opticienne de la rue de Genève, l'expérience est différente des quartiers concernés par l'insécurité. «Rue de Genève, c'est une rue commerçante, on a la vidéosurveillance, donc il n'y a pas de problèmes», explique la patronne de l'Oeil de Cycy. Elle nous raconte avoir déjà remonté seule cette rue à 3h du matin.

Pour elle, les problèmes restent assez localisés. Elle est installée ici depuis décembre 2018, sans avoir connu la moindre tentative de casse. «Par contre, à Fossard, près de la douane, ou au quartier du Chalet, je n'achèterais pas d'appartement, car c'est là qu'il y a le trafic de drogue, là-bas ça craint.» Elle défend cependant l'action du maire: «C'est bien d'avoir les affiches sur la drogue, c'est bien qu'il ait tenté quelque chose. Il fait comme il peut, avec les moyens qu'il a à disposition.»

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