Une conseillère administrative de la Ville de Genève comme plaignante au tribunal dans un procès public, la scène est plutôt rare. Mardi, Marie Barbey-Chappuis a fait face à un Bandido qu'elle accuse de menaces contre elle en 2022.
Accompagnée de deux gardes du corps, elle est arrivée le visage fermé dans la salle d'audience. «C'est la seule plainte pénale que j'ai déposée dans le cadre de mes fonctions» en près de six ans de mandat, a-t-elle dit, ajoutant qu'une «ligne rouge» avait été franchie. «Cela m'a secouée. Cela m'a inquiétée».
«C'est quoi la peine pour faire sauter les dents à une élue»
Au centre de l'affaire, la phrase «c'est quoi la peine pour faire sauter les dents à une élue» avait figuré dans une discussion sur un réseau social. Son auteur s'offusquait de la décision du conseil administratif, et en son sein de Marie Barbey-Chappuis qui allait par ailleurs devenir maire de Genève, de fermer les terrasses des établissements publics à minuit en semaine.
Ce dispositif avait été pris en raison du déplacement de la fête foraine des quais de Genève à la Plaine de Plainpalais. Plus de 1000 personnes ont pu voir le commentaire en cause sur le réseau social. La conseillère administrative avait, elle, reçu une capture d'écran, décidant immédiatement de porter plainte.
Le trentenaire prévenu de ces faits est jugé pour tentative de violence et de menace, mais aussi pour menaces, contre les autorités et les fonctionnaires. Il est entendu depuis lundi au Tribunal criminel de Genève, dans le cadre du procès lié à la rixe entre Bandidos et Hells Angels en 2022 à la rue de l'Ecole-de-Médecine.
«Un commentaire déplacé»
Trois semaines après le commentaire en ligne, un lien était fait entre celui-ci et cet homme impliqué dans cette fusillade dans un établissement public. Marie Barbey-Chappuis dit alors avoir subi le même jour en fin de soirée la présence intimidante d'un motard qui a roulé sur 100 mètres à côté d'elle, alors qu'elle circulait à vélo. Une protection policière légère avait ensuite été décidée jusqu'à l'interpellation du prévenu.
Au premier jour d'audience lundi, le Bandido n'avait pas contesté devant les juges être à l'origine de la phrase incriminée. «Un commentaire déplacé», mais «en aucun cas une menace», avait alors affirmé cet informaticien qui estimait que Mme Barbey-Chappuis avait cherché à «se faire de la publicité». «Je me réjouis que ce soit derrière moi», lui a répondu mardi la conseillère administrative, venue au tribunal à la demande de la défense et qui aurait préféré se faire représenter à l'audience.