Flore Blancpain s'engage pour son fils
«Les enfants trans naissent dans tous les milieux, toutes les religions»

Co-présidente de TransParents depuis 2022, Flore Blancpain s’est engagée après le coming out de son fils. A l’approche de l’AG de l’association et du renouvellement du comité qui aura lieu en septembre, elle revient sur cette période et l’histoire qui l’a motivée.
Flore Blancpain nous reçoit chez elle à Genève, dans un immeuble au bord de la plaine de Plainpalais.

En bref

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  • Flore Blancpain, co-présidente de l’association TransParents depuis 2022, partage son expérience de mère d’un enfant transgenre à Genève. Elle raconte comment le coming-out de son fils en novembre 2020 a marqué le début d’un chemin d’apprentissage et d’engagement. Aujourd’hui, elle s’apprête à quitter le comité de l'association après quatre ans d’activisme.
  • TransParents, fondée en mars 2022 avec 9 membres, est née d’un besoin de soutien pour les parents d’enfants transgenres face à la stigmatisation et aux idées fausses. Flore souligne l’importance de briser les stéréotypes et d’accompagner les jeunes dans leur parcours. L’association a été bien accueillie, notamment lors de la Pride de Bulle en 2022.
  • L’association TransParents regroupe désormais plus de 90 membres répartis dans presque tous les cantons romands. Flore Blancpain souligne que la transidentité touche des enfants de tous horizons, au-delà des clichés. Elle quitte son rôle de co-présidente en septembre 2026 mais reste engagée pour sensibiliser sur les enjeux des jeunes trans.
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Camille BertholetTeam Lead Vidéo & Social Media Production

«Vous voulez venir chez moi, même si c'est un peu le bordel, comme ça on est tranquilles?» En un message, le ton est donné, et c’est perchée dans son appartement au cinquième étage d’un immeuble de Plainpalais à Genève que Flore Blancpain nous reçoit, un gros chat noir sur les genoux. Elle a presque la soixantaine, des bracelets pleins les bras et des lunettes qu’elle enlève et remet au fil de la conversation. Tout autour d’elle sont empilés ses souvenirs de voyage, des CDs, des DVDs, des livres.

Au milieu de ce joyeux fouillis, Flore pèse soigneusement ses mots. En particulier lorsqu’elle parle de son fils. Même si elle en a l’habitude: co-présidente de l’association de parents d’enfants transgenres TransParents depuis 2022, elle en est rapidement devenue le visage public.

«J’ai ressenti un immense soulagement»

Pourtant, jusqu’au 11 novembre 2020, la transidentité, elle n’y connaissait pas grand-chose. Jusqu’à ce matin d’hiver où son fils de 13 ans, dont elle tait le nom pour le protéger, a collé sur la porte de sa chambre un post-it avec son nouveau prénom et ses pronoms. «J’ai immédiatement compris. Ça m’a fait tilt.» Lovée sur son canapé en cuir noir, elle prend son temps pour raconter. «J’ai ressenti un immense soulagement. Ça expliquait son mal-être, son côté renfermé, certaines choses que ni lui ni moi n’arrivions à expliquer.» Ne traverse le silence que le ronron du chat, maintenant étalé comme un trait d’union sur les coussins.

A-t-elle eu peur, sur le moment? «Je ne suis pas quelqu’un qui se projette, donc je n’ai pas tout de suite compris tout ce que ça impliquait. Je n’ai pas pensé aux aspects médicaux, aux traitements hormonaux, aux opérations, aux papiers d’identité. D’un côté, ne pas me projeter m’a protégée de devoir dire adieu à des projections futures de mon enfant. Mais en tant que parents, vous avez de toute façon tout le temps peur.»

L’apprentissage ensemble

S’ensuit un long processus, qu’elle admet rempli d’étapes et d’apprentissages, plus ou moins évidents. «Début 2021, après des mois d’euphorie, il allait à nouveau moins bien. C’est là que j’ai compris que de bien le genrer et changer son prénom n’était pas suffisant. J’ai commencé à me renseigner.» Flore et son fils découvrent le Refuge, à Genève, un espace d’accueil pour jeunes LGBTIQ+. «Ils nous ont écoutés, tous les deux, et là, je me suis rendu compte que mon fils n’osait pas me demander certaines choses, comme se couper les cheveux.»

Elle sourit et ses yeux clairs s’illuminent. «Quand on est sortis de chez le coiffeur, j’ai vu le bonheur sur son visage.» Elle-même se confronte à ses propres contradictions. «A cette époque, je pensais déjà être alliée, ouverte, pas dans le jugement. En fait j’avais un énorme chemin à faire.»

A la rentrée suivante, son fils entre en 11e année au Cycle de l’Aubépine sous un prénom et un genre masculins. Les difficultés ne disparaissent pas pour autant: phobies scolaires, angoisses, scolarité à 50% pendant un temps. Au Refuge, Flore rejoint aussi des groupes de parole pour parents. «Je ne peux que recommander d’en parler avec d’autres. Même si vous pensez que ça va mieux, ça aide énormément.»

C’est dans ce cadre-là que germe l’idée d’une association. «En septembre 2021, nous marchions à la Geneva Pride avec d’autres parents du Refuge. Et là, on s’est demandé s’il y avait d’autres parents comme nous, et où ils étaient.»

La naissance de TransParents

En mars 2022 se crée alors TransParents, avec 9 membres fondateurs. Elle est élue co-présidente. Auparavant déléguée au CICR, en mission aux quatre coins de la planète au cours de sa carrière, Flore avait déjà vécu plusieurs vies, mais n’avait jamais touché à l’associatif. «J’avais envie de m’occuper, de m’engager au niveau local. Je pensais que ça serait pour de l’humanitaire, je ne connaissais pas les associations. Mais j’étais partante.»

A ce moment-là, ce qui la motive n’est pas uniquement de se retrouver entre parents. Elle raconte: «On entendait dans les médias un backlash envers les personnes trans qui commençait. Des choses absurdes, comme le fait que la transidentité venait des réseaux sociaux. La défense venait des associations, des médecins ou de militants, mais jamais des parents des enfants concernés.» Elle s’anime, le chat se redresse. «On avait envie de dire que ce n’était pas une passade et qu’on accompagnait nos enfants dans cette réalité, cette vie.»

Derrière elle, un mannequin soutient des keffieh à bout de bras. Et son fils, comment a-t-il vécu son engagement public? «Quand je lui en ai parlé, il a dit oui tout de suite, sourit Flore. Je ne le force jamais à apparaître avec moi, il n’a pas forcément envie d’être tout le temps avec sa mère. Ça reste un jeune.»

Quand elle raconte l’accueil réservé à cette nouvelle association, son visage s’ouvre. «Nous avons défilé pour la première fois à la Pride de Bulle en 2022. C’était merveilleux, on a senti que cette association avait manqué jusque-là.»

Passer le flambeau

Aujourd’hui, l’association compte un peu plus de 90 membres dans presque tous les cantons romands. En septembre, Flore quittera le comité après deux mandats. «La gestion d’une association, ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille. J’ai énormément appris au cours de ces quatre ans et demi, il y a tellement d’aspects à suivre, internes et externes..., poursuit-elle alors que le chat descend du canapé. Il est temps de passer le flambeau à une nouvelle équipe.»

Quant à la suite? «Bonne question…» Une chose ne changera pas, l’envie de continuer à parler et à soutenir la question de la transidentité chez les jeunes: «Les enfants trans ne naissent pas simplement dans des groupes de parents woke et bobos. Ce ne sont pas juste des enfants de célébrités d’Hollywood. Ils sont dans tous les milieux, toutes les religions, toutes les éducations. La transidentité existe.»

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