«Une brochette d'agités», «des losers invétérés» ou encore «un groupuscule d'excités». Philippe Nantermod ne mâche pas ses mots à l'égard de la Jeunesse socialiste suisse. Alors que le parti prépare une grève le 20 novembre, le conseiller national libéral-radical (PLR) dénonce une volonté d'importer les violences françaises en Suisse. Après notre entretien avec Julien Berthod, vice-président de la Jeunesse socialiste, l'élu valaisan répond à son tour aux critiques et livre sa vision très tranchée du droit de manifester.
Philippe Nantermod, le PLR accuse les jeunes socialistes de vouloir importer les violences françaises en Suisse. Sur quels éléments concrets repose cette accusation?
Parce qu'ils veulent organiser en Suisse des manifestations comparables à ce qui s'est fait en France. Très clairement, je pense qu'on a, avec les jeunes socialistes, une brochette d'agités qui ne supportent pas l'idée d'avoir perdu toutes les campagnes de votation qu'ils ont menées ces dernières années. Et quand on n'arrive pas à gagner dans les urnes, on essaie de gagner par la force.
Pourtant, la Jeunesse socialiste assure que sa mobilisation sera pacifique...
Manifester dans la rue implique de bloquer les rues. C'est déjà violent. Bloquer la liberté de mouvement des gens, c'est finalement imposer son point de vue par la force. En Suisse, les jeunes socialistes ont un écho disproportionné par rapport à leur taille. Ils restent un petit groupuscule d'initiés. Ils peuvent se faire entendre autant qu'ils le souhaitent et ils ont le droit de lancer des initiatives populaires, ce qu'ils ont d'ailleurs fait. Mais ce n'est pas notre faute s'ils proposent des textes complètement farfelus, qui n'auraient même pas leur place à La France insoumise. Dans le fond, que demandent-ils? De pourrir la vie de toute la population parce qu'ils n'arrivent pas à gagner avec les outils ordinaires que nous connaissons en Suisse.
Vous considérez donc qu'une manifestation politique n'est pas légitime?
Très sincèrement, et je n'engage que moi, le droit de manifester doit être encadré. En soi, c'est le droit fondamental le moins démocratique qui existe. Il permet aujourd'hui à une minorité de faire valoir ses droits contre la majorité, non pas parce qu'elle n'a pas l'occasion de s'exprimer par d'autres moyens, mais uniquement pour tenter d'imposer son point de vue par la force. Je trouve cela tout à fait discutable.
Mais manifester est pourtant un droit démocratique en Suisse...
Après, tout dépend du genre de manifestation. Si vous parlez d'un concert ou d'un événement festif à l'extérieur, c'est une chose. Mais utiliser la manifestation pour faire entendre des positions politiques qui sont déjà entendues quotidiennement, simplement parce qu'on est frustré de perdre systématiquement, c'est autre chose. C'est la situation des jeunes socialistes. Ce sont des losers invétérés qui espèrent qu'en imposant leur présence par la force, on les prendra davantage au sérieux. Mais je doute qu'ils y parviennent.
Deux représentants de la Jeunesse socialiste ont participé à un cortège autorisé à Paris le 17 octobre. Ils affirment n'avoir été témoins d'aucune violence. Que leur reprochez-vous exactement?
Je ne leur reproche rien! S'ils veulent aller tous les week-ends à Paris, qu'ils s'éclatent à péter des abribus ou à bloquer des rues là-bas. Ce n'est pas notre problème. Ce que je leur reproche, c'est de vouloir faire la même chose en Suisse. Ici, contrairement à la France, nous avons une démocratie bien rodée, qui permet à chacun de s'exprimer et d'obtenir des votations quand il le souhaite. Et de perdre souvent quand on est jeune socialiste. Ce qu'ils ne supportent pas, c'est le système majoritaire que nous connaissons en Suisse.
Julien Berthod, vice-président de la JSS, vous accuse dans une interview à Blick de vouloir délégitimer la mobilisation des jeunes et dénonce un «raidissement autoritaire» du PLR. Que lui répondez-vous?
D'abord, Julien Berthod ne représente pas les jeunes. Il représente un groupuscule d'excités. J'aimerais donc qu'il arrête de s'approprier la position des jeunes simplement parce qu'il y a des gens qui ont des journées à perdre dans la rue. C'est la première chose qu'il doit entendre. Ensuite, chacun est légitime pour exprimer son point de vue par tous les moyens pacifiques qui existent. Mais le fait d'être jeune et d'être fâché ne donne pas de droits supplémentaires.
Au-delà de la polémique sur les violences, la Jeunesse socialiste dénonce une précarisation des conditions de vie des jeunes. Quelles réponses concrètes le PLR propose-t-il?
Ce sont évidemment des débats que nous pouvons mener publiquement. Mais je ne crois pas qu'on doive généraliser la précarisation des jeunes. Je rappelle qu'en Suisse, les moins de 25 ans bénéficient par exemple de primes d'assurance maladie réduites. Nous avons aussi un système éducatif qui a bénéficié d'augmentations budgétaires chaque année depuis des décennies. Nous sommes probablement l'un des pays européens où le taux de chômage des jeunes est le plus faible.
Vous estimez donc que les jeunes ne sont pas particulièrement touchés par la précarité?
Evidemment, certaines personnes se trouvent individuellement dans des situations difficiles. Mais globalement, je ne pense pas que la précarisation touche davantage les jeunes que les autres catégories de la population. Aujourd'hui, ceux qui sont en première ligne face à la précarité en Suisse, ce sont plutôt les familles, qui doivent porter sur leurs épaules l'ensemble de la société.
N'est-ce pas contradictoire d'encourager les jeunes à s'engager politiquement tout en critiquant leur volonté de manifester, alors qu'il s'agit d'un droit démocratique?
Je répète que ce droit démocratique a quand même des limites, et il a beaucoup de limites dans une société aussi démocratique que la nôtre. Et s'engager en politique n'est pas un blanc-seing pour faire n'importe quoi. Les jeunes qui souhaitent s'exprimer politiquement ont la chance, en Suisse, d'être entendus dans les partis et les institutions, ce qui n'est pas le cas partout. J'en suis, je pense, la preuve vivante, puisque j'arrive à la fin de ma carrière politique à seulement 42 ans. C'est quand même pas mal! J'ai été élu à Berne alors que j'avais tout juste 30 ans.
Vous estimez donc que les jeunes disposent déjà de suffisamment de moyens pour se faire entendre?
Je pense qu'on fait une place aux jeunes et qu'ils peuvent largement se faire entendre en Suisse. Mais cela implique aussi une certaine responsabilité, notamment celle de ne pas utiliser des instruments qui, à mon avis, devraient être réservés à des situations extrêmes. Le droit de manifester, tel que les jeunes socialistes veulent l'employer, traduit simplement une volonté de semer le chaos. Je pense qu'il existe de bien meilleures solutions pour parvenir au même résultat sans ennuyer toute la population.