Le soleil valaisan baigne doucement la maison de Leila Micheloud à Réchy (VS). Dans la vallée du Rhône, l’air a presque un parfum de printemps. Sur la terrasse, Leila Micheloud caresse son chat. Mais cette image paisible se fissure rapidement. «Lola est triste, Farah et Meissa lui manquent», confie-t-elle à Blick.
Depuis 26 jours, plus rien n’est comme avant dans la vie de la famille Micheloud. Les deux filles aînées ont été grièvement blessées dans l’incendie du bar «Le Constellation». Farah, 20 ans, a été particulièrement touchée. Jusqu’à vendredi dernier, la jeune femme était à l’hôpital de Saint-Gall. Gravement brûlée, elle est désormais prise en charge dans une clinique spécialisée à Morges. Sa sœur cadette Meissa, 18 ans, est soignée à la clinique Suva de Sion (VS). «Le matin, nous rendons visite à Farah, l’après-midi, nous sommes chez Meissa et le soir, nous passons la soirée avec notre plus jeune fille, Naiel, 14 ans, précise Leila Micheloud. La catastrophe de Crans-Montana a complètement détruit ma famille!»
Une immense solidarité
Aussi éprouvante que soit cette période pour les Micheloud, il y a pourtant quelque chose de beau que Leila tient à souligner. «La solidarité dont nous avons été témoins est d’une ampleur incroyable.» Elle évoque les milliers de messages venus de toute la Suisse, le soutien de sa commune d’origine, Chalais (VS), qui a pris en charge les billets de train pour Saint-Gall, ainsi que l’hôpital saint-gallois lui-même, qui a fait «tout ce qui était possible pour nous et nos filles».
La Valaisanne remercie également les services sociaux de Saint-Gall. «Ils se sont occupés de notre hébergement, avec une grande générosité.» Cette compassion l’a souvent émue aux larmes. «Je ne pourrai jamais assez dire ce que cela représente pour moi.»
De graves traumatismes
Au-delà des lourdes blessures physiques – Farah a été brûlée au deuxième et au troisième degré sur tout le corps –, les deux jeunes femmes souffrent aussi de profonds traumatismes psychologiques. «Farah ne veut pas parler de ce qui s’est passé. Elle échange sur des sujets généraux, mais refuse d’aborder ce qu’elle a vécu pendant l’incendie, explique sa mère, avant d’ajouter: Elle n’a parlé qu’une seule fois de cette nuit, et ce qu’elle a raconté était d’une atrocité indescriptible.»
Selon ces informations, Farah doit la vie à un ami. «Ils ont tenté de s’enfuir par une issue, mais la porte était fermée, raconte Leila Micheloud. Prisonnière des flammes et de la fumée, ma fille était convaincue qu’elle allait mourir.» Son ami est toutefois parvenu à défoncer la porte en plexiglas. Il a tiré Farah hors du bâtiment par les cheveux. C’est ce qui l’a sauvée.»
Près d’un mois après la tragédie, Farah refuse toujours d’évoquer les faits. «Elle ne regarde pas les informations, elle s’isole complètement. J’ai peur que les images du bar la poursuivent toute sa vie», confie sa mère.
Des séquelles psychologiques
Comme sa sœur, Meissa, la cadette, doit elle aussi faire face aux traumatismes qu’elle a vécus. «Elle est, comme Farah, en état de choc. Mes deux filles ont un suivi psychologique», explique Leila Micheloud. A cela s’ajoutent les séquelles des brûlures pour Meissa. «Le chemin sera encore terriblement long pour toutes les deux.»
Naiel, la benjamine de la famille, est elle aussi profondément marquée. «Elle doit vivre avec le fait que ses deux sœurs sont passées tout près de la mort. Elle se trouve également dans une sorte d’état de choc», explique Leila Micheloud.
Rien n’est donc normal dans la maison Micheloud. «Je dois reconstruire ma famille à partir de zéro, les vingt dernières années ont été englouties dans l’enfer de Crans-Montana», confie-t-elle. Elle décrit un quotidien extrêmement éprouvant, rythmé par les visites à l’hôpital et les thérapies. «Cela laisse très peu de place à une projection normale dans l’avenir», répond-elle lorsqu’on lui demande comment la suite s’annonce.
«Je veux que justice soit faite»
A cette incertitude s’ajoute une profonde colère envers les responsables. «Je veux que tous ceux qui portent une responsabilité dans cette tragédie paient», affirme-t-elle avec fermeté. Pour elle, le couple Moretti, exploitant du bar, en fait évidemment partie. Mais selon elle, la commune de Crans-Montana doit elle aussi répondre de ses actes. «Elle est également responsable de cette catastrophe.»
Leila Micheloud a encore confiance dans la justice valaisanne. «Pour l’instant, nous la laissons travailler, même si la nomination d’un procureur extraordinaire serait sans doute une bonne idée.» Mais si cette confiance devait s’éroder, elle se dit prête à se battre. «Je veux que justice soit faite, à tout prix», conclut Leila Micheloud.