Dans un drame comme celui de Crans-Montana, on pense bien sûr d’abord aux victimes. Mais comment accompagne-t-on ensuite les soignants qui ont été confrontés à l’horreur absolue?
C’est un élément important. Les soignants doivent assurer leur métier tout en faisant face à leurs émotions. Cette catastrophe s’est produite à un moment durant lequel les enfants des collaborateurs faisaient aussi la fête. Dont un grand nombre à Crans-Montana. Des collègues sont arrivés au travail en se demandant où se trouvaient leur fils ou leur fille… Ce fut très difficile de recevoir d’un coup tous ces blessés: 55 au total. A cela s’ajoute encore le fait qu’il était très complexe d’identifier les patients. Notre service de psychiatrie de liaison a accompagné toutes les personnes qui en avaient besoin. Nous entrons maintenant dans une deuxième phase où les soignants sont invités à partager leur ressenti.
Une scène liée au personnel vous a-t-elle davantage marqué que les autres?
La mise en place du dispositif. D’un coup, tout le monde s’est mis au travail dans une solidarité exemplaire. Ce qui me frappe aussi, c’est que nous vivons globalement une période de perte de sens. Dans ce genre de moment si intense, le personnel soignant retrouve sa vocation.
Comment se portent vos équipes?
Elles sont toujours mobilisées et se portent bien. Même si de la fatigue se fait ressentir, ce qui est tout à fait normal. Il faudra récupérer.
Et vous-même, comment vous sentez-vous?
A la fois fatigué et ému. Je crois pouvoir dire que nous sommes tous au bord des larmes. Nous devons nous contenir. C’est bouleversant de voir autant de familles touchées. Pour moi, c’est un peu spécial, car je suis né à Crans-Montana, à 100 mètres du drame. J’allais y boire le café quotidiennement à une autre époque. En plus, j’ai commencé ma psychiatrie au centre des grands brûlés de Lausanne. Ma thèse porte là-dessus. Nous voilà des décennies plus tard, dans les circonstances que nous connaissons… Dans quelques mois, je serai à la retraite. Je n’aurais jamais pensé vivre cela comme directeur d’hôpital.
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à retrouver en kiosque le jeudi 8 janvier 2026.
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à retrouver en kiosque le jeudi 8 janvier 2026.