Rebecca Ruiz sur les inondations en Espagne
«Les images sont terribles, mais quand on connait les lieux, c'est encore plus fort»

L'Espagne est touchée par de violentes inondations qui ont déjà fait plus de 210 morts. Rebecca Ruiz, conseillère d'Etat vaudoise et double nationale, se confie sur la situation dramatique de son deuxième pays et sur le système vaudois pour prévenir ces catastrophes.
Publié: 05.11.2024 à 14:12 heures
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Dernière mise à jour: 05.11.2024 à 14:28 heures
Rebecca Ruiz, double nationale Suisse et Espagnole est touchée par les inondations qui ont eu lieu d'abord à Valence puis dans la Catalogne.
Photo: KEYSTONE
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Solène MonneyJournaliste Blick

Depuis près d'une semaine, l'Espagne est frappée par des inondations violentes dans la région de Valence et maintenant la Catalogne. Le bilan provisoire s'élève actuellement à plus de 210 morts, un chiffre qui pourrait encore s'alourdir dans les jours à venir.

Rebecca Ruiz, conseillère d'Etat vaudoise, est double nationale. Suisse et Espagnole. Si la socialiste se sent d'abord Suissesse, elle garde un fort attachement avec le pays d'origine de ses parents. Interview. 

Rebecca Ruiz, les inondations dévastatrices qui ont fait plus de 200 morts dans votre deuxième pays vous touchent-elles particulièrement?
Elles me touchent bien évidemment et je suis la situation à travers les médias. Les images sont terribles. Elles le sont par définition, mais quand on connaît les lieux en question, c’est bien sûr encore plus fort. 

Vos parents sont originaires d’Andalousie, une région frappée par les pluies torrentielles. Comment se porte votre famille sur place?
Une grande partie de ma famille vit encore en Andalousie, mais pas dans les régions touchées.

Les catastrophes de ce type seront de plus en plus fréquentes en raison de la crise climatique. En tant que ministre vaudoise de la Santé, est-ce que cette réalité vous inquiète?
Bien sûr. Le Conseil d’Etat prend cela très au sérieux et a d’ailleurs adopté le plan climat vaudois en 2020 déjà, plan qui a été renforcé d’un peu plus de 200 millions de francs pour 2024. Ce plan prévoit notamment de travailler sur la résilience du système de santé vaudois et sur la protection de la population ou des infrastructures du territoire vaudois. Des événements tels que des tempêtes et des précipitations violentes sont clairement identifiés dans l’analyse des risques menée par le Canton.

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Les enjeux principaux pour les hôpitaux sont de pouvoir continuer à fonctionner même s’ils sont touchés par un événement climatique
Rebecca Ruiz, conseillère d'Etat vaudoise en charge de la santé
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Il y aussi le plan ORCA.

Outre des mesures préventives pour limiter les impacts de tels évènements (renaturation des cours d’eau, désimperméabilisation des sols, forêts protectrices, révision des plans d’évacuation des eaux en milieux urbains, etc.), le Canton dispose d’un plan éprouvé, le plan ORCA, qui prévoit une coordination entre les différents acteurs impliqués en cas d’événement sortant de l’ordinaire, pour un retour à la normale aussi rapidement que possible. L’engagement est piloté par un Etat-major cantonal de conduite (EMCC), composé de tous les partenaires de la protection de la population.

Dans un article du «Guardian», des médecins britanniques tirent la sonnette d'alarme, les hôpitaux ne seraient pas armés pour faire face aux conséquences du changement climatique. Comment vous y préparez-vous ici au bord du Léman?
Les enjeux principaux pour les hôpitaux sont de pouvoir continuer à fonctionner même s’ils sont touchés par un événement climatique et de pouvoir accueillir un afflux brusque et massif de blessés. Pour ce faire, le Département de la santé et de l'action sociale (DSAS) s’est doté d’une direction spécifique, dont la mission est de préparer le domaine socio-sanitaire à faire face aux crises.

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Bien entendu, des renforts peuvent également venir de la protection civile et de l’armée
Rebecca Ruiz, conseillère d'Etat vaudoise en charge de la santé
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Comment ce plan se matérialise-t-il concrètement?
Cela signifie qu’on renforce en amont les infrastructures indispensables au fonctionnement des services d’urgences, mais aussi de tout le système de santé. Par exemple en prévoyant des génératrices en cas de panne d’électricité, en établissant un plan de priorisation des services, pour les urgences vitales et les urgences non vitales, ou encore en établissant une liste de personnes mobilisables dans chaque hôpital. 

Et au niveau national, existe-t-il une solidarité entre les Cantons?
Le mot-clé est la coordination, entre plusieurs départements et services. Une convention définit par ailleurs la collaboration entre les Cantons romands en matière d’entraide sanitaire en cas de catastrophe. Bien entendu, des renforts peuvent également, si la situation l’exige, venir de la protection civile et de l’armée.

Hormis les hôpitaux, à quels autres établissements faut-il veiller?
Il ne faut pas oublier que l’enjeu, dans les jours qui suivent, est d’assurer la sécurité et un accès à des biens de première nécessité (eau potable, nourriture et abri) pour éviter des répercussions sur la santé de la population. C’est donc vraiment un travail entre partenaires, la santé n’est qu’un aspect. Il faut également prévoir comment assurer le fonctionnement minimal des services indispensables du système socio-sanitaire. Cela comprend notamment des pharmacies, les soins à domicile, les cabinets et centres médicaux, etc.

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