Le Tribunal fédéral en faveur de l'environnement
Recours admis contre l'extension de l'utilisation d'un insecticide

Le Tribunal fédéral donne raison à Greenpeace et renvoie l’évaluation de l’extension d’usage d'un pesticide à l’Office fédéral de l'agriculture. Il pointe du doigt des manquements sur l’impact aquatique. Syngenta doit attendre avant d’élargir l’usage de son produit.
Greenpeace se félicite. «Le Tribunal fédéral s'est prononcé en faveur de la diversité des espèces», déclare la directrice de l'organisation. (Image d'illustration)
Photo: KEYSTONE
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ATS Agence télégraphique suisse

Le Tribunal fédéral admet un recours de Greenpeace qui s'opposait à l'extension du domaine d'utilisation d'un insecticide. L'administration doit examiner si ce produit peut être autorisé pour d'autres usages que ceux admis jusque-là.

En 2012, Syngenta Agro a obtenu une autorisation de mise en circulation de son produit phytosanitaire Force 20 CS qui contient du Téfluthrine. Le pesticide était autorisé pour les betteraves fourragères et à sucre. Huit ans plus tard, l'Office fédéral de l'agriculture a admis une demande d'extension pour cet insecticide. Force 20 CS pouvait désormais être utilisé pour les céréales, le maïs et la chicorée.

Le Tribunal administratif fédéral a rejeté un recours de Greenpeace qui s'opposait à cet élargissement et demandait une interdiction générale du produit. L'organisation estime que le Téfluthrine menace la biodiversité et n'aurait tout simplement pas dû être autorisé.

Evaluation complémentaire

Dans un arrêt publié mercredi, le Tribunal fédéral admet le recours de Greenpeace et renvoie le dossier à l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) qui est désormais compétent. Dans un premier temps, les juges estiment que l'homologation du Téfluthrine, déjà approuvée, ne doit, en principe, pas être réexaminée dans le cadre de la procédure d'extension. En effet, l'homologation et l'extension ne sont pas liées directement.

Concernant l'extension, la 2e Cour de droit public retient qu'il n'est pas exclu que, dans les conditions d'utilisation proposées par Syngenta Agro, le produit s'écoule dans les eaux superficielles. L'OSAV est donc invité à évaluer les effets sur les organismes aquatiques, «ce qui a été omis de façon inadmissible».

Régénération

Concernant l'impact négatif sur les arthropodes utiles soulevé par le recourant, le tribunal considère que l'office peut se référer à la thèse dite de la «régénération». Selon celle-ci, l'effet négatif est considéré comme acceptable lorsqu'il est établi que les populations des organismes non ciblés présentes sur les surfaces non traitées se régénèrent au bout d'un an.

Cependant, l'OSAV doit examiner si l'extension de l'application du produit doit être limitée dans l'espace et dans le temps afin que la régénération de ces populations soit effective.

Remise à l'ordre

Dans un communiqué, Greenpeace se félicite de cette remise à l'ordre de l'administration fédérale. Par cette décision, «le Tribunal fédéral s'est prononcé en faveur de la diversité des espèces», souligne Iris Menn, directrice de l'organisation. «Les autorités d'approbation ne doivent pas jouer les auxiliaires de l'industrie agrochimique.»

Interrogé par Keytone-ATS, un porte-parole de Syngenta souligne que Mon Repos a confirmé qu'un nouvel examen général n'était pas nécessaire en cas de demande d'extension du domaine d'utilisation. Le groupe considère ce point comme «très positif et décisif».

La demande initiale de 2015 va être soumise à nouveau à l'OSAV afin que celui-ci puisse prendre en compte des facteurs supplémentaires d'évaluation. Syngenta va analyser soigneusement ces points mais déplore que l'agriculture suisse doive encore attendre avant de pouvoir recourir à un produit important pour le traitement des semences de maïs.

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