«Notre amitié est très lyrique, fantaisiste, chaleureuse, désordonnée. On rit beaucoup ensemble… je ne peux pas lui dire non», ajoute la politicienne française dans un entretien diffusé samedi par Le Temps. L’ancienne garde des Sceaux débat le 8 octobre avec la chanteuse lors d’une table ronde intitulée «les femmes publiques, condamnée à l’excellence?»
«Il y a beaucoup à dire sur cette question», poursuit Christiane Taubira. «Il y a une désaliénation à effectuer sur les injonctions qui pèsent sur les femmes noires. Rien que ce mot, 'injonction', ouvre toute une série de placards remplis de cadavres.»
«Les mots ont été mon bouclier»
Revenant sur son enfance, l’ancienne ministre française explique son amour du verbe par la prise de conscience très tôt de l’efficacité des mots. «Les mots ont été depuis toujours mon bouclier, mon épée, mon glaive, parce que j’ai compris qu’avec précision, rapidité et justesse, on pouvait tétaniser la personne en face», souligne-t-elle.
Elle s’est donc plongée très tôt dans la lecture de romans, d’essais, de textes d’étude, de poésie. «Depuis que j’ai 5 ans, je lis tout ce qui me tombe sous la main». Elle a commencé à écrire des essais plus tard, «la nuit, sous sommation intime». Elle a choisi cette forme d’écriture, car elle éprouvait «la nécessité et le désir de partager des préoccupations, mais aussi des réflexions qui [la] taraudaient».
Celle qui fut plusieurs fois candidate à la présidentielle française tire son sens du combat politique de son enfance dans une famille monoparentale et dans un milieu modeste. «Il régnait une vraie joie de vivre et nous avions à manger tous les jours. Non seulement pour nous, mais aussi pour les autres», des SDF. «J’ai grandi dans ce contexte. L’injustice, même si on ne peut pas la corriger, on ne s’en accommode jamais».
Confrontée au racisme dès l’école
Si Christiane Taubira a évolué dès son enfance dans une société où elle avait «toutes les couleurs sous [les] yeux», elle a été confrontée au racisme dès l’école. «J’étudiais dans une école où étaient inscrits les enfants de fonctionnaires, milieu aisé et petites filles blanches. J’ai vite perçu les injustices flagrantes que me faisaient subir les religieuses».
Elle n’a cependant compris qu’a posteriori qu’il s’agissait de racisme. Aujourd’hui, elle dit dénoncer un racisme pour l’empêcher de nuire à sa «voisine». «C’est pour les autres que je ne peux pas laisser passer. C’est le sens de mes combats politiques de ne laisser passer aucune discrimination.»
Première édition du Festival
Initié par l’association MélanineSuisse composée de neuf femmes noires et afro-descendantes suisses, le festival Black Helvetia a été reconnu d’importance nationale par la Confédération. La manifestation va se dérouler sur un an dans trois villes neuchâteloises.
La première édition de Black Helvetia se tient jusqu’au 23 octobre à la Chaux-de-Fonds. Au programme: un film, une grande exposition de photos, des conférences et des tables rondes, des ateliers pour adultes et enfants autour du racisme ordinaire et systémique.
(ATS)