Reçu par Trump à Washington
Ce patron suisse veut taxer les entreprises qui embauchent des étrangers

L'entrepreneur zougois Fredy Gantner veut faire contribuer davantage les employeurs aux coûts liés à l’immigration. Son projet pourrait rapporter 1,35 milliard de francs par an, dont une partie serait redistribuée aux ménages modestes.
Alfred Gantner, cofondateur de Partners Group, propose une taxe sur l'immigration pour les entreprises suisses.
Photo: Keystone
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Michael Hotz

L’homme d’affaires Alfred Gantner est de retour sur le devant de la scène. Connu pour son opposition farouche à un rapprochement avec l’Union européenne, «Fredy» comme il se fait surnommer, compte notamment parmi les figures de proue de l’initiative Compass, qui dénonce les nouveaux accords avec l’UE. Le cofondateur de la société financière Partners Group faisait également partie des chefs d’entreprise suisses reçus par Donald Trump au début du mois de novembre 2025, où ils avaient notamment offert au président américain un lingot d’or et une horloge de bureau Rolex.

Dans une interview accordée à CH Media, l’entrepreneur zougois défend une idée qui va profondément diviser: l’instauration d’une taxe pour mieux réguler l’immigration.

Concrètement, les entreprises qui embauchent des ressortissants de l’UE devraient s’acquitter d’une contribution calculée en fonction du salaire de leur employé et répartie sur cinq ans. Pour un revenu annuel de 75'000 francs, le montant total atteindrait 15'000 francs. La facture augmenterait ensuite fortement pour les hauts salaires: avec un revenu annuel de 300'000 francs, la taxe s’élèverait à 225'000 francs.

4000 francs pour une famille modeste

Selon Fredy Gantner, cette mesure pourrait rapporter environ 1,35 milliard de francs par an à la Confédération. Cet argent servirait à compenser les coûts liés à l’immigration. «Les employeurs, qui créent la valeur ajoutée, devraient y contribuer», explique-t-il à CH Media. A ses yeux, les entreprises sont aujourd’hui les principales «bénéficiaires de l’immigration».

L’homme d’affaires souhaite ensuite redistribuer directement une partie de ces recettes à la population, en particulier aux personnes à faibles revenus. Celles-ci pourraient recevoir jusqu’à 990 francs par an, tandis qu’une famille de quatre personnes toucherait environ 4'000 francs.

L’idée d’une taxe sur l’immigration n’est pas nouvelle dans le débat politique suisse. Elle avait déjà été évoquée après l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse en 2014. Le sujet est revenu sur le devant de la scène cet été, notamment dans le contexte de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions». Début septembre, le Conseil fédéral a annoncé vouloir examiner la possibilité d’instaurer une telle taxe dans le cadre de la clause de sauvegarde prévue par les accords bilatéraux III.

Un obstacle de taille

Il y a un peu plus de deux semaines, le Conseil des Etats s’est à son tour prononcé en faveur d’une telle taxe. Si le Conseil fédéral activait au préalable la clause de sauvegarde, les entreprises devraient payer 4000 francs par employé étranger. A cela s’ajouteraient 2000 francs par membre adulte de la famille, à la charge du salarié.

Pour Fredy Gantner, cette proposition ne va pas assez loin. «Elle arrive bien trop tard», estime-t-il. Il dit avoir présenté son propre projet afin «d’alimenter le débat politique».

Reste un obstacle de taille: contrairement à la solution envisagée par le Conseil des Etats, la taxe proposée par Fredy Gantner ne serait pas compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l’Union européenne.

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