Face aux prix records, le patron de Migrol tempère
«Même à 3 francs le litre de diesel, personne ne vendra sa voiture»

Dans les stations-service suisses, y compris celles de Migrol, le prix du diesel n'a jamais été aussi élevé. Dans un entretien avec Blick, le directeur de Migrol, Andreas Flütsch, dit ne pas s'attendre à une baisse des prix dans un avenir proche.
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Andreas Flütsch, directeur général de Migrol, a dû augmenter les prix face à l'incertitude qui règne sur les marchés.
Photo: Milena Kälin
Milena Kälin, Tatiana Molotová

Les prix s'envolent pour les automobilistes: un litre de diesel coûte près de 2,50 francs. Un nouveau record. Mardi, Migrol a augmenté le prix du diesel à plus de 2,40 francs.

A l'occasion de l'inauguration de la 1000e borne de recharge électrique du groupe, Blick a interrogé Andreas Flütsch, directeur de la filiale du géant orange, sur une éventuelle hausse des prix du carburant.

Andreas Flütsch, pensez-vous qu’il soit possible que le litre de diesel atteigne 3 francs chez Migrol?En principe, tout est possible sur le marché. Mais je ne m’attends pas à ce que le prix du Diesel grimpe jusqu’à 3 francs le litre. Ce serait un peu trop élevé. Malheureusement, nous avons dû augmenter les prix mardi à plus de 2,40 francs le litre de diesel. Les marchés des matières premières ont été fortement perturbés ces derniers jours, entraînant une nette hausse des prix.

Y a-t-il un seuil que vous ne souhaitez pas franchir? Nous avons tout avantage à faire des prix bas pour attirer la clientèle chez nous. Mais au final, c’est le marché qui détermine le prix. Il n’y a donc pas de plafond fixe. Reste à savoir à partir de quel niveau de prix les automobilistes réduiraient réellement et de manière significative leurs déplacements. D’après les enquêtes menées auprès du secteur, nous estimons que même à 3 francs le litre de diesel, personne ne vendra sa voiture.

Beaucoup ne peuvent pas se passer de leur véhicule. Les gens font-ils le plein même lorsque les prix sont élevés?Nous n'avons constaté aucun changement au niveau des pleins. Je n'exclurais toutefois pas que certains fassent un peu moins le plein, car ils ont moins besoin de leur voiture en ce moment. Mais cette différence est marginale.

Quelle sera l’évolution des prix à la pompe?L’essence et le diesel dépendent tous deux des mêmes marchés internationaux, et tous deux sont soumis à une forte pression. Actuellement, le conflit au Yémen, la guerre avec l’Iran et la guerre russe en Ukraine alimentent la crise. S'ajoutent à cela les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Il ne faut pas s’attendre à une baisse importante des prix dans un avenir proche.

Concrètement, il faut d’abord que la situation se détende sur le marché mondial avant que les prix à la pompe ne redescendent?Exactement. Les faibles capacités de raffinage constituent un autre défi. En Europe, plusieurs raffineries ont été démantelées ces dernières années pour des raisons environnementales. Alors que celles situées en Russie et au Proche-Orient sont prises pour cible. Il y a donc encore moins de raffineries capables de transformer le pétrole brut en essence et en diesel. Résultat: les marges de raffinage ont fortement augmenté, faisant actuellement les affaires des exploitants qui disposent encore de raffineries.

Migros ne possède pas de raffineries. Etes-vous donc à leur merci?Pour le diesel et l’essence, nous travaillons souvent avec des contrats annuels. Ceux-ci fixent les volumes, mais pas les prix, ce qui permet aux raffineries de nous répercuter les hausses du coût des carburants.

Quels sont les autres facteurs qui font grimper les prix à la pompe?Le faible niveau du Rhin nous affecte aussi. S'il pleuvait plus, les bateaux pourraient transporter davantage de volume. Le prix à la pompe est actuellement supérieur d’environ 15 centimes à ce qu’il serait si le niveau du Rhin était normal.

Contrairement au carburant, le prix des bornes de recharge électriques ne fluctue pas. Comment ce prix est-il fixé?Nous nous approvisionnons en électricité de manière centralisée via la Confédération des coopératives Migros. Il n’y a donc pas de variations régionales: le même prix s’applique partout. Pour une puissance de 50 kW, par exemple, il s’élève à 0,48 franc par kilowattheure. Le prix resté inchangé depuis longtemps. Je ne sais pas quand nous l’avons ajusté pour la dernière fois.

Vous avez inauguré la 1000e borne de recharge. Combien de personnes rechargent quotidiennement leur voiture chez Migros? Chaque jour, trois à quatre voitures sont rechargées à la borne. Cela représente donc environ 4000 recharges par jour. Sur une année, cela représente environ 1,5 million de recharges.

Cela ne semble pas énorme. Quel est l’impact sur le chiffre d’affaires?C’est un marché en pleine croissance, mais son chiffre d’affaires reste nettement inférieur à celui des stations-service. Les taxes pèsent lourdement sur les prix de l’essence et du diesel, contrairement à ceux de l’électricité. Par ailleurs, il s’agit encore d’un secteur relativement récent. Nous sommes donc d’autant plus fiers d’avoir inauguré notre 1000e borne de recharge en seulement trois ans.

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