La trêve estinvale est terminée à Berne. Mais tandis que le travail parlementaire a repris ses droits, deux questions sont venues éclipser la session en cours: que s'est-il passé avec la directrice du Seco? Et – surtout – le ministre de l'économie Guy Parmelin est-il sur le point de démissionner?
Mercredi, Blick a pris le conseiller fédéral au dépourvu en révélant que la cheffe du Seco Helene Budliger Artieda, avait démissioné de manière inattendue. Depuis les deux dirigeants ont cherché à afficher une unité de façade en public. Guy Parmelin s'est ainsi envolé dimanche pour New York, où doit se se tenir l'Assemblée générale de l'ONU, tandis que sa secrétaire d'Etat est allée le représenter à une réunion ministérielle aux Philippines. Il n'empêche: sous la Coupole, cette décision inattendue suscite une vague de questionnements.
Les rumeurs vont bon train
Pour l'heure, on ignore s'il s'est réellement passé quelque-chose entre Guy Parmelin et Helene Budliger Artieda. Mais revenons-en d'abord aux faits: malgré un contrat de travail prévoyant un préavis de quatre mois minumum, la cheffe du Seco a annoncé son départ pour la fin du mois de mars. C'est deux mois de plus que le délai minimal autorisé. De quoi écarter à priori l'hypothèse d'une rupture brutale, mais pas de faire les rumeurs au sein des couloirs du Palais fédéral. Voici celles qui circulent le plus:
- Une envie de nouveauté: Le 3 août dernier, Hélène Budliger Artieda fêtait son 61e anniversaire, un moment idéal pour prendre un nouveau départ. C’est d’ailleurs ce qu’indique le communiqué officiel du Département fédéral de l'Economie (DFER): «Après près de cinq ans à la tête du SECO, Helene Budliger Artieda souhaite relever un nouveau défi pour les dernières années de sa carrière professionnelle.» De plus, en tant qu’ancienne collaboratrice du DFAE, cette dernière a multiplié les changements de poste au cours des dernières décennies et a vécu dans une multitude de pays, de Cuba à la Thaïlande. La vie est un éternel changement et Helene Budliger Artieda n'a eu de cesse d'incarner ce précepte dans sa carrière de fonctionnaire.
- Démission imminente de Guy Parmelin: A Berne, une question est devenue l'objet de nombreux paris: Guy Parmelin démissionnera-t-il vendredi à son retour de New York ou restera ira-t-il jusqu'au bout de sa législature en fin d'année prochaine? Si le Vaudois devait effectivement démissionner prochainement, il aurait peut-être donné un indice discret à son équipe. Or, la démission de Budliger suggère tout l'inverse puisque qu’elle donne à Guy Parmelin la possibilité de nommer son successeur. En revanche, les problèmes de dos du conseiller fédéral plaident pour un départ précoce.
- Frustration face aux intrigues bernoises: Helene Budliger Artieda serait lasse des manœuvres en coulisses. Elle se serait même brouillée avec la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter dans le cadre du différend douanier entre la Suisse les Etats-Unis. Selon diverses sources, la cheffe du SECO, convaincue que le différend avec Trump devait être réglé par la diplomatie commerciale et donc par son département, aurait souhaité davantage de soutien de Guy Parmlein. D'autant plus que Karin Keller-Sutter, alors présidente de la Confédération, aurait estimé que c'était à elle de gérer ce dossier, et aurait plutôt misé sur les services du diplomate du DFAE Gabriel Lüchinger.
- Frustration vis-à-vis du Secrétariat général de Parmelin: La collaboration avec la secrétaire générale de Guy Parmelin, Nathalie Goumaz, n’aurait pas toujours été facile. Cette dernière est considérée comme une fervente partisane de l’UDC, elle qui est notamment mariée au conseiller d'Etat fribourgeois et figure du parti Philippe Demierre. Il y aurait également eu un certain nombre de frictions avec Mirjam Gurtner, collaboratrice personnelle de Guy Parmelin et membre elle aussi de l’UDC.
- Frustration face aux Commission de gestion du Parlement: Deux enquêtes sont actuellement sur la table des commissions de gestion du National et des Etats. L’une porte sur l’accord douanier avec les Etats-Unis, l’autre sur la débâcle informatique ayant entraîné l'interruption des versements des indemnités de chômage. Selon certaines rumeurs, Helene Budliger Artieda se serait montrée lassée de devoir sans cesse ressasser les bilans du passé, au lieu de se concentrer sur l'avenir.
- Ancien et nouveau monde: Alors que le monde est en pleine mutation, la Berne fédérale reste, à bien des égards, lourde et inerte. Cette situation irrite plusieurs figures de la Berne fédérale, notamment Helene Budliger Artieda, qui n'a eu de cesse de destabiliser les autres par ses manières peu conventionnelle d’agir et par sa perpétuelle volonté d'innovation. Au sein de l’administration fédérale, rares sont les «acteurs du changement» à son image.
- Violation du secret de fonction: l’accusation de violation présumée du secret de fonction, qui avait également été évoquée par Blick, ne jouerait, d'après plusieurs sources, plus aucun rôle. Helene Budliger Artieda aurait, avec le soutien de Guy Parmelin, transmis des informations privilégiées au lobbyiste Thomas Borer et au milliardaire Alfred Gantner. La conseillère aux Etats Marianne Binder (Le Centre/AG), qui est également membre de la Commission de gestion, a déclaré au «Tages-Anzeiger» qu’elle ne voyait pas de lien entre l’enquête sur l'accord commercial avec Trump et le départ de la cheffe du SECO: «Il s’agit d’une enquête objective, d’une analyse de l’ensemble des négociations douanières, et non d’une recherche de coupables.» Alfred Gantner, fondateur de Partners Group, a quant à lui regretté le départ de la cheffe du Seco auprès de Blick: «Helene est une personnalité exceptionnelle, qui a rendu de grands services à notre pays, à notre peuple et à notre économie.»
Malgré cela nombreux sont ceux qui se demandent quelle a été la part réelle du duo Guy Parmelin-Helene Budliger Artieda dans l'obtention d'un accord douanier avec les Etats-Unis. Tandis que certains célèbrent le rôle de ce duo et des milliardaires intervenus à la Maison Blanche, d’autres relativisent ce succès. «Ce n’est pas tant le réseau qui est déterminant, mais ce qui en résulte», déclare une voix influente de l’administration fédérale. Avec 15% et de nombreuses exceptions, la Suisse fait certes mieux que les 39% initialement décrétés par Donald Trump, mais d’autres pays ont toutefois obtenu des accords bien plus favorables.
De plus, l’ambassadrice des Etats-Unis à Berne, Callista Gingrich, et le responsable américain de la politique agricole à Genève, Robert Hanson, auraient récemment déclaré à Zurich que les Etats-Unis attendaient encore davantage de la Suisse en matière de concessions agricoles. A cela s’ajoutent les reproches récurrents de Washington sur la question des surcapacités – un terme employé par les Etats-Unis pour désigner la surpoduction industrielle de 16 pays partenaires, dont la Suisse.
Gabriel Lüchinger en pole position
Guy Parmelin souhaite mettre en place une commission de sélection pour succéder à Helene Budliger Artieda. Certains favoris semblent d'ores et déjà se dégager, notamment le diplomate du DFAE, Gabriel Lüchinger, qui, en tant que membre de l’UDC et ancien collaborateur personnel de Guy Parmelin semble en pole position, Ivo Germann, responsable du commerce extérieur au Seco, ou encore Alexandra Baumann, actuelle ambassadrice de la Suisse à Singapour.
Un nom semble en revanche totalement écarté: celui de Jérôme Cosandey, vice-directeur du Seco et ancien membre d'Avenir Suisse. En cause, la grave défaillance informatique et l'interruption du versement des indemnités de chômage. «D’autres fonctionnaires de la Confédération ont déjà dû démissionner pour des problèmes bien moins graves», critique une source au sein du département.
Mercredi, Helene Budliger Artieda répondra aux questions du personnel du Seco lors d’une réunion ouverte à tous. Puis, dès vendredi, les regards se braqueront tous sur Guy Parmelin.