L'idée choc d'un think tank
La Suisse doit-elle créer une milice armée de défense citoyenne?

Un groupe de réflexion suisse propose la création d’une milice citoyenne armée afin de renforcer l’esprit de défense dans la société. Un objectif que partage le Conseil fédéral, même si l’idée suscite des réserves au Parlement.
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Le ministre de la Défense Martin Pfister aspire à une armée suisse qui puisse réellement défendre le pays.
Photo: keystone-sda.ch
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Daniel Ballmer

Le monde semble de plus en plus instable. La guerre se poursuit en Europe, le Moyen-Orient est plus que jamais une poudrière, et les Etats-Unis de Donald Trump paraissent prêts à tout pour servir leurs propres intérêts, comme en témoignent la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et les menaces constantes adressées au Groenland. 

Dans ce contexte de tensions extrêmes, la Suisse cherche à renforcer son dispositif et entend retrouver une réelle capacité de défense. Le Conseil fédéral a récemment présenté sa nouvelle stratégie en matière de politique de sécurité. Celle-ci consiste, entre autres, à préparer la population à faire face à un environnement plus menaçant, dans l’esprit d’une nouvelle forme de «Défense nationale spirituelle», un concept hérité de la Seconde Guerre mondiale.

Parmi les acteurs impliqués dans cette réflexion figure le Swiss institute for global Affairs (SIGA) (en français: l'Institut suisse pour les affaires globales). Dans un document publié sur son site internet, ce think tank suggère des «idées non conventionnelles et des approches créatives» pour trouver des réponses aux défis et aux menaces actuels.

Renforcer la volonté de défense de la société

Concrètement, l’Institut avance des mesures pour le moins radicales. Il propose, en complément de l’armée de milice traditionnelle, la création d’une milice citoyenne armée. Cette idée est directement inspirée de la Ligue de défense estonienne, une organisation paramilitaire de volontaires. Forte 22’000 civils armés, elle soutient l’armée régulière de l’Etat balte et peut être mobilisée pour des tâches dites «simples» en cas de crise.

«Les citoyens s’engagent, sur leur temps libre, dans des activités militaires et soutiennent les forces de défense du pays, ce qui renforce la volonté de se défendre ensemble au sein de la société», fait valoir l’Institut dans son document. Des organisations comparables existent également en Suède ou en Norvège. 

Mais la liste ne s’arrête pas là. Le think tank évoque aussi la création d’un Secrétariat d’Etat à la défense civile calqué sur le modèle suédois, l’intégration du don du sang dans la préparation nationale aux crises, ou encore l’instauration d’une «journée de l’uniforme au travail». A l’image de ce qui se pratique au Danemark, l’objectif serait d’accroître la visibilité et la reconnaissance de l’engagement au service du pays.

Autre idée avancée: la création d’un nouveau musée. Celui-ci ne serait pas tourné vers le passé, mais viserait à aborder les enjeux de défense et de géopolitique de manière prospective afin de sensibiliser la population, explique le SIGA dans son document.

«C'est de la pure propagande anxiogène»

Ces propositions ne sont pas du tout du goût de Franziska Roth, conseillère aux Etats du Parti socialiste. «C’est un document totalement inutile», tranche cette spécialiste des questions de sécurité. Elle y voit un assemblage de mesures empruntées à des pays aux structures et aux contextes très différents. «C’est de la pure politique de la peur, sans aucune ligne stratégique.»

Même scepticisme du côté de Josef Dittli. Le conseiller aux Etats du Parti libéral-radical (PLR) se montre peu convaincu par l'idée de former des volontaires. Il préférerait voir les effectifs de l’armée passer directement de 100’000 à 200’000 soldats, afin de pouvoir sécuriser l’ensemble des infrastructures critiques du pays. 

Selon lui, le Conseil fédéral devrait d'abord définir clairement les missions que l’armée devra assumer à l’avenir et les moyens nécessaires pour y parvenir. En attendant, nombre de débats lui paraissent prématurés. Ceux-ci devraient toutefois se poursuivre, au vu d’un contexte international durablement tendu.

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