La population suisse pourra se doter d'une carte d'identité électronique. C'est ce qu'ont décidé les électeurs l'automne dernier. Depuis, les préparatifs battent leur plein à Berne. Une option politiquement délicate semblait également être envisagée: dans le cadre de l'introduction de l'e-ID, les fonctionnaires compétents en la matière ont étudié la possibilité de faire appel au fournisseur américain de services cloud Amazon Web Services pour une partie de l'infrastructure technique.
Sauf que le ministre de la Justice, Beat Jans, a mis un terme à ce projet en février 2026. C’est ce que rapporte le magazine en ligne Republik, en s’appuyant sur ses propres recherches et sur des sources proches du Conseil fédéral.
Selon ces informations, l’Office fédéral de la justice et l’Office fédéral de l’informatique et des télécommunications souhaitaient mettre à disposition des capacités supplémentaires via Amazon pour l’exploitation de ce que l'on appelle l’«infrastructure de confiance». En d'autres termes, cette infrastructure comprend des registres permettant de vérifier la validité d’une e-ID ainsi que les émetteurs et vérificateurs autorisés.
Une question trop sensible
D’un point de vue politique, un tel recours externalisé aurait été délicat. En tant qu’entreprise américaine, Amazon est soumise au droit américain, notamment au «Cloud Act». De plus, Republik souligne les questions de dépendance et de responsabilité dans les contrats de cloud computing existants de la Confédération.
Les services Amazon Web Services auraient notamment été étudiés comme option en raison de la haute disponibilité de leurs centres de données. Selon le rapport, en cas de panne de l’infrastructure fédérale, la Confédération aurait pu recourir à des ressources cloud supplémentaires du groupe américain.
L’Office fédéral de la justice a confirmé au magazine en ligne que, dans le cadre des travaux liés au projet, «toutes les options avaient été examinées d’un point de vue technique». D'après l’article, Beat Jans aurait opposé son veto à l’attribution du marché mi-février. Selon des personnes de son entourage, l’attribution du marché au groupe américain aurait été difficilement conciliable avec les efforts de la Confédération en faveur d’une plus grande souveraineté numérique, rapporte Republik.
L’e-ID a été adoptée fin septembre 2025 avec une très faible majorité de 50,39% de voix favorables. Son introduction était initialement prévue pour fin 2026, mais elle a depuis été reportée au premier semestre 2027. Chaque Suissesse et chaque Suisse pourra alors créer son identité numérique. Celle-ci pourra être utilisée presque partout où une pièce d’identité est aujourd’hui nécessaire.