Cet été, la pluie a brillé par son absence. Résultat: les cultures se sont desséchées et le fourrage est venu à manquer. Pour compenser, les agriculteurs suisses ont dû s'approvisionner ailleurs, mais la tâche s'est avérée de plus en plus compliquée. «Les négociants en fourrage ne répondent même plus au téléphone», a déclaré l’agriculteur Elias Zumbrunn début août. Aujourd’hui, nos voisins se plaignent: «Vous nous achetez tout notre fourrage!»
Les agriculteurs français en veulent aux «contrebandiers de foin» suisses
En France voisine, et plus particulièrement dans la région Bourgogne-Franche-Comté, l'exaspération à l'égard des paysans suisses est à son comble, rapporte la «Bauernzeitung». Ce qui coince? Ils sont accusés de faire flamber les prix du foin et des aliments pour bétail. Concrètement, les agriculteurs helvétiques seraient prêts à débourser jusqu'à 213 francs la tonne. A titre de comparaison, la tonne se négocie actuellement à «seulement» 157 francs en France, alors que le tarif habituel tourne plutôt autour des 139 francs.
Face à la grogne des éleveurs locaux, les préfets français ont décidé de taper du poing sur la table en alertant les douanes. Les contrôles sont désormais renforcés le long de la frontière. En principe, il est autorisé d’acheter du foin en France et de l’importer en Suisse. L’Office fédéral de l’agriculture a même supprimé les droits de douane sur les importations de foin depuis le 1er août afin de faciliter l’approvisionnement. Il y a cependant une condition stricte: le transport doit être impérativement déclaré aux autorités des deux pays. En cas d'infraction, les contrevenants s'exposent à une amende ainsi qu'à la confiscation de la marchandise.
Un politicien de l’AfD veut freiner les achats de fourrage en Suisse
En Allemagne aussi, la crainte de pénuries est grande. Le député de l’AfD Udo Stein a déposé une motion à ce sujet au Bundestag. En raison de la sécheresse persistante, le Bade-Wurtemberg connaît une pénurie aiguë de fourrage. Les exploitations d’élevage du sud du Land sont particulièrement touchées. «Les pâturages sont déjà épuisés en de nombreux endroits, les réserves d’hiver sont consommées prématurément et il devient nécessaire d’acheter du fourrage à des prix qui ont fortement augmenté», écrit-il. Le gouvernement régional aurait donc déclaré l’état de catastrophe pour les exploitations biologiques.
Dans son intervention, Udo Stein cible directement les agriculteurs helvétiques. L'élu presse le gouvernement fédéral de s'expliquer sur les «mesures» qu'il compte prendre pour endiguer la concurrence supplémentaire que représentent ces acheteurs suisses sur un marché déjà sous tension. Il exige également de savoir comment l'Etat compte garantir la priorité aux exploitations locales. Dès lors, le constat est clair: la pénurie de fourrage s'est désormais invitée dans l'arène politique internationale.