Robin Cuche, star paralympique
«Les médecins ont dit que je ne pourrais probablement jamais faire de ski»

Dans le monde du ski, le nom Cuche est légendaire. Lors des derniers Jeux paralympiques d'hiver, c'est Robin qui a remporté quatre médailles. Portrait de celui qui espère également participer aux Jeux paralympiques d'été, en golf.
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Robin Cuche, champion paralympique de ski, se verrait bien golfer aux Jeux.
Photo: GABRIEL MONNET
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Benjamin Gwerder
Schweizer Illustrierte

Le calme qui règne dans le village de Saules, dans le Val-de-Ruz neuchâtelois, contraste fortement avec l’effervescence qui a entouré Robin Cuche l’hiver dernier. Lorsque nous arrivons chez le quadruple médaillé paralympique peu avant midi, nous vérifions une dernière fois l’adresse pour nous assurer que nous sommes bien au bon endroit. À peine arrivés devant la maison, au cœur de ce petit hameau, nous comprenons que l’accueil ne pourrait être plus chaleureux.

Avant même que nous ayons sonné, Sandra, la mère de Robin, nous invite à traverser le jardin pour rejoindre le salon baigné de soleil. Le reste de la famille nous y attend déjà, cartes de jass à la main: le père, Alain Cuche , le frère, Rémi, et Robin, le héros paralympique de Cortina.

Le succès malgré un handicap

Quatre mois se sont écoulés depuis le moment le plus fort de la carrière de Robin. Le fait qu’il soit aujourd’hui assis à cette table en tant que double champion paralympique tient presque du miracle. Robin est né deux mois avant terme. La moitié droite de son corps est donc partiellement paralysée. «Les médecins ont dit à mes parents que je ne pourrais probablement jamais faire de ski», raconte-t-il.

Mais Robin a déjoué tous les pronostics. À trois ans et demi, ses parents l’ont mis sur des skis pour la première fois. «Tu n’as jamais dit: 'Je n’y arrive pas.' Tu as simplement essayé», explique fièrement son père Alain, tout en disposant les assiettes et les couverts pour le déjeuner. À 15 ans, Robin a été sélectionné pour la première fois aux Jeux paralympiques.

Une famille de skieurs

Même si Rémi, le petit frère de Robin, vit toujours chez ses parents, les repas en famille sont devenus rares. Membre du cadre B de Swiss-Ski, il passe lui aussi la majeure partie de l’hiver sur les routes… lorsque son corps le lui permet.

Il y a un peu plus de deux ans, il s’est rompu le ligament croisé lors d’un entraînement sur la mythique Streif de Kitzbühel. Sa rééducation ne s’étant pas déroulée comme prévu, il n’a pas pu disputer la moindre course la saison dernière. En revanche, il était présent à Cortina pour encourager son frère et a vécu ses descentes victorieuses aux côtés de leurs parents. Depuis, il l’appelle affectueusement «Robinator».

Chez les Cuche, le ski est une affaire de famille. L’oncle de Robin, Didier, le «roi de Kitzbühel», a marqué l’histoire de la descente. Son père Alain, frère de Didier, a longtemps été son manager.

Le golf, sa deuxième passion

Lorsque les skis sont rangés dans la cave à fart durant l’été, Robin travaille comme employé de commerce dans un magnifique golf surplombant le lac de Neuchâtel. C’est sa mère qui lui a trouvé cet emploi après avoir vu une annonce sur Facebook. Trilingue, passionné de sport et disponible durant la belle saison, Robin cochait toutes les cases.

Et il n’a pas seulement trouvé un travail, il est aussi tombé amoureux du golf. Dès qu’il a un peu de temps libre, il prend ses clubs. À tel point qu’il a consacré une semaine entière à un road trip à travers la Suisse, sillonnant les parcours de golf à bord d’un monospace avec ses clubs… et son vélo de course, avant de reprendre la préparation physique en vue de l’hiver prochain.

Les médailles occupent une place d’honneur

En entrant chez Robin, on comprend vite que le ski reste malgré tout sa priorité absolue. Certes, des chaussures de golf et de cyclisme trônent dans l’entrée, mais le salon – là où les Cuche suivent régulièrement les matches de Manchester United – est rempli de couvertures et de mascottes des Jeux paralympiques.

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«Il faut en profiter», sourit Robin. «En Coupe du monde, on n’a généralement pas le droit de garder grand-chose, même pas les dossards. Aux Jeux paralympiques, on peut presque tout ramener.» Ses trésors les plus précieux – deux médailles d’or, une d’argent et une de bronze – n’ont toutefois pas encore trouvé leur place définitive. «J’en ai encore souvent besoin pour différents événements. En mai, j’ai même été invité au Palais fédéral!» Mais son projet est déjà bien défini: «Un de mes amis est menuisier. J’aimerais construire avec lui un meuble sur mesure pour les mettre en valeur.»

Les yeux rivés sur l’avenir

Combien de temps le neveu de Didier Cuche poursuivra-t-il sa carrière? «La saison prochaine, j’aimerais devenir champion du monde en France. Pour la suite, on verra», répond-il. Beaucoup dépend des finances, les sponsors restant difficiles à trouver dans le para-sport. Mais la santé comptera tout autant. Habitué à composer avec des douleurs au genou, Robin fixe néanmoins une limite très claire: «Je ne veux absolument pas me retrouver en fauteuil roulant à 50 ans.»

Une chose est certaine: le Neuchâtelois ne manque pas de projets. Si le golf devenait discipline paralympique – ce qu’il espère pour Brisbane 2032 –, il s’imagine volontiers participer aussi aux Jeux d’été. La vie de Robin Cuche ne risque donc pas de retrouver de sitôt le calme qui règne dans son village de Saules.

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