Depuis le début de la présente saison, l’équipe féminine du Lausanne HC évolue en PostFinance Women's League, soit le plus haut niveau suisse. Un documentaire du média romand «TOKTOMi» plonge dans l’intimité du vestiaire des Lionnes. Interview de l'homme derrière cette vidéo, Axel Duarte, une semaine après sa sortie.
Sur ta chaîne YouTube, on peut trouver des documentaires sur le Montreux Jazz ou sur les ambulanciers. Comment en es-tu venu au hockey féminin?
À l’époque, j’avais fait une vidéo avec Yoann Provenzano sur la glace de la Vaudoise aréna. Je suis resté en contact avec la personne du marketing du LHC et je lui ai envoyé un message au mois de mai pour lui demander s’il y avait quelque chose à faire avec l’équipe de hockey. Je pensais aux mecs, au début. Et il m’a dit qu’il y avait de grandes chances que les filles montent en Ligue A, donc qu’il y aurait peut-être un truc cool à faire.
Ça ne t’a pas dérangé que ce ne soit pas autour de l’équipe masculine?
Ah non, j’ai trouvé ça encore mieux que les hommes, car c’est la première fois qu’elles atteignent ce niveau! Moi, ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires originales, de mettre en lumière des gens qui le méritent. Les mecs n’en manquent pas en Suisse.
En introduction de ta vidéo, tu cites quand même l’équipe masculine du LHC.
Je voulais casser un peu le comparatif entre les filles et les mecs, mais je me sentais obligé de faire une petite phrase pour désamorcer. Il y a quand même un contraste: la patinoire est pleine pour les matches des mecs et ce n’est pas le cas dans l’autre sens. Après, j’ai vu que Lausanne fait partie des endroits où ils vendent le plus de tickets pour le sport féminin, c’est un truc à saluer. J’ai voulu relayer le fait qu’ils mettent des moyens pour ça.
Est-ce que tu connaissais un peu le hockey avant de tourner?
Moi, de manière générale, j’étais largué avec ce sport (rires). J’étais déjà allé voir des matches à la Vaudoise aréna, mais je ne maîtrise pas toutes les règles.
Qu’as-tu découvert que tu ne connaissais pas dans le hockey féminin?
Que c’est ultra exigeant, que les entraînements sont hyper cadrés, que la préparation physique est impressionnante. C'est costaud, c’est violent, elles se mettent des coups. Ce qui m’a beaucoup plu, c’est la compétitivité. Sur la glace, ça se chicane, ça parle, ça vient se friter. On enlève moins les gants que chez les garçons, parce qu’il y a les grilles, donc ça fait mal de se mettre des marrons (rires).
Au niveau de la technique, c’est comment de filmer du hockey sur glace?
C’est le bordel (rires), c’est extrêmement rapide. Filmer les joueuses sur des patins avec un puck qui va dans tous les sens… il faut avoir des réflexes. Après, ce que j’ai voulu montrer, ce ne sont pas les actions sportives, c’est vraiment la vie du vestiaire. Moi, ce que je propose, c’est d’être dans l’authentique, dans l’immersion, proche des gens. Je veux retranscrire cette authenticité sans trop tricher. J’assume d’avoir une caméra épaule, qui bouge, un peu décadrée. Et de temps en temps, je me pose pour faire un plan un peu plus joli, c’est toujours agréable pour l’œil.
À quel point était-ce difficile de débarquer dans un vestiaire, qui plus est féminin, en étant un homme?
Ça s’est bien passé. Il y a un travail qui est fait par le LHC, qui prévient les joueuses, vérifie que tout le monde est OK, partage mon travail. Comme ça, elles sont au courant. Après, elles sont toutes jeunes, génération YouTube, elles trouvaient le projet cool dans l'idée. Et certaines ont regardé des extraits des autres docus, ont capté la vibe, ont trouvé l’image jolie. Donc il y avait une confiance, même si je me suis jeté dans le vestiaire devant une trentaine de joueuses pour me présenter. Ça a permis de briser la glace et dans la foulée, je les ai suivies sur un entraînement complet. Au niveau de l’intimité, tout est ultra respecté, bien sûr. On ne se croise jamais dans des moments où elles se changent.
Ça se fait étape par étape, c’est ça?
Je sors très peu la caméra au début, parce que tout est un peu filtré, moins fun. À partir de la deuxième ou troisième session, on obtient vraiment des choses. Donc à la première session, aucune interview, aucun échange filmé, juste les habituer à la caméra au poignet. Ce qui rassure, c’est que je fais tout valider à tout le monde. L’idée, c’est de faire un travail collaboratif, une belle image. Je ne suis pas là pour faire des enquêtes. Je suis là pour donner de la visibilité, intelligemment.
Au total, tu les as suivies combien de temps?
On a eu cinq sessions, entre la présentation de l’équipe à la Vaudoise aréna, les entraînements, les matches et une session à la colocation. Donc cinq sessions de tournage, regroupées sur une quinzaine de jours.
Il y a une joueuse, Julia Mesplède, qui revient plusieurs fois dans le documentaire. C’est une des rencontres qui t’a marqué?
Julia est un peu le personnage qui est ressorti parce qu’elle s’est oubliée devant la caméra, s’est livrée. Et puis elle a une histoire de vie intéressante. Il y a aussi Clara, la capitaine, qui a fait les JO. Ce qui est toujours un peu triste, c’est qu'on ne retrouve qu’une partie des discussions, mais il y a tellement plus. J’aimerais bien en faire un peu plus, avec celles avec qui on a eu moins le temps de discuter. Ça appellerait presque à y retourner dans quelques mois (sourire).
Tu as voulu mettre l’accent sur la création d’un groupe, l’esprit d’équipe. C’était ça qui ressortait?
Exactement. Ça se dessine au fur et à mesure à chaque fois. Je n’y vais pas avec une idée précise. L’histoire, ce sont elles qui vont la faire. Et dans les premiers échanges avec le coach Mathieu (ndlr: Echenard), il me dit rapidement que c’est une année charnière, il y a un noyau existant, des joueuses qui arrivent, des Françaises, des Suissesses. Il faut créer un groupe d’humains, c’est compliqué de faire s’entendre 20 ou 30 personnes. Il y en a qui commencent les matches, d’autres qui ne jouent pas. Donc il faut jouer avec les égos, les expériences. Je me suis dit: «Tiens, je pense qu’il faut mettre l’accent là-dessus», parce que c’est un gros challenge qui concerne tout le monde.
Y a-t-il quelque chose que tu es particulièrement content d’avoir réussi à montrer?
Un truc bête mais qui m’a marqué, c’est l’ongle cassé de Julia, timide, réservée, mais qui fight, n’a pas peur et se pète un ongle quasiment toutes les semaines. Sachant que l'histoire commence avec le fait qu’elle a un doigt cassé, c’est rigolo. Il y a aussi ce moment avec Mathieu, où il y a une erreur d’arbitrage et les arbitres se rendent compte qu'ils ont merdé. Ce côté de quand on s’attaque aux Lionnes, au clan, il y a une réponse. C’était un moment intéressant.
Et à l’inverse, quelque chose que tu n’es pas parvenu à montrer?
J’aurais aimé catcher plus les jeunes espoirs suisses, qui étaient moins dans la discussion, forcément aux matches où j’étais. J’aurais aimé avoir plus de moments avec elles.
Il y a eu un bel accueil sur YouTube avec environ 10’000 vues en une semaine. Tu t’y attendais?
Oui, je m’y attendais, parce que ça marche quand même un petit peu, parce que je sais que le sujet est intéressant et qu’on allait poster ça ensemble avec le LHC. Après, c’est toujours un peu la loterie de l’algorithme sur les réseaux, avec les capsules.
L’accueil ne se limite pas qu’aux chiffres: tu as eu des retours du club, des joueuses?
Énormément de joueuses m’ont écrit. Elles étaient super contentes, ont trouvé ça incroyable. Elles ont été nombreuses à me demander si on allait faire un deuxième épisode. Et le LHC était super content. Ils ont compris l’idée, ont trouvé ce qu’ils voulaient trouver. On veut du vrai et je pense qu’ils l’ont eu.
La question que tout le monde se pose, apparemment: Y aura-t-il un deuxième épisode ou pas?
C’est une bonne question (sourire). Pour l’instant, ce n’est pas d’actualité parce que ça prend beaucoup de temps, de travail, de financement. Mais j’aimerais raconter une suite. Est-ce que ce sera à l’inter-saison ou dans quelques semaines? Tout est possible.
Penses-tu que ce genre de documentaires peut aider le sport féminin à se développer?
Bien sûr, ça donne de la visibilité. Pour moi, si une personne le voit et se dit: «C’est cool, je ne savais même pas qu’elles avaient une équipe, je vais emmener mon mari, ma femme, mes gamins voir un match», c’est le jackpot. J’ose espérer que sur les dizaines de milliers de vues sur YouTube et les réseaux sociaux, il y a une personne qui va se convaincre d’aller à la patinoire voir les filles. Et il ressortira avec un sentiment positif, sera agréablement surpris.
Qu’est-ce que tu dirais à cette personne pour le convaincre d’aller à la Vaudoise aréna voir les Lionnes?
Je dirais que ça vaut le détour, que c’est le même show que pour les mecs: il y a du son, de la lumière, c’est vraiment un spectacle. Et sportivement, c’est cool. Il faut une première fois à tout et ça vaut vraiment la peine de découvrir ça. Moi, j’y suis retourné!
Même question, mais pour l’inciter à cliquer sur ta vidéo?
Je ne réinvente pas le docu, je ne réinvente pas YouTube, mais je pense raconter les histoires d’une façon un peu unique en Suisse romande. Donc je dirais donner une chance à une narration différente et à une équipe féminine qui fait un travail de malade et qui mérite de la visibilité.