Première année dans l'élite
«Le Lausanne HC féminin veut combattre les gros machos»

Pour la première fois de son histoire, le Lausanne HC aligne une équipe féminine dans l'élite. Ses dirigeants y croient dur comme fer et parlent d'équité, pas de charité. Le reste de la ligue, lui, se déchire.
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L'équipe féminine a obtenu sa promotion la saison dernière.
Photo: keystone-sda.ch
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Mardi, la Vaudoise aréna accueillera un match qu'elle n'avait jamais joué: le premier de son équipe féminine dans la Ligue nationale. Face à Zoug, en plus, premier adversaire des hommes. Un clin d'œil que le CEO du LHC, Chris Wolf, n'a pas manqué de relever mercredi, lors de la conférence de presse d'avant-saison du club vaudois, où Mathieu Echenard, nouvel entraîneur du LHC Féminin, était également présent.

Jean-Luc Rochat, le président du conseil d'administration, a rangé cette promotion parmi les piliers du projet lausannois, au même titre que l'académie ou le Performance Hub. Mais c'est Chris Wolf qui a passé le plus de temps sur le sujet, et sur un ton qui ne laissait guère de place au doute. «Ce n'est pas du sponsoring d'un ou l'autre partenaire, a-t-il lancé. Le but, c'est tout simplement d'arriver à la normalité et d'arriver à l'équité.»

Le club s'appuie sur un test grandeur nature: plus de 4000 personnes présentes pour un match féminin la saison passée, le 15 février contre les GCK Lions. Dans une arène qui a affiché 98% de taux d'occupation sur l'exercice pour les hommes, la performance est belle. «On est aussi à la recherche d'un nouveau public», précise-t-il. Est-ce qu'il va le trouver? «Avant d'avoir essayé, on ne le saura pas», résume le dirigeant. Les premiers retours ont été partagés, il l'admet volontiers: certains ont adoré, d'autres non. Mais d'autres encore découvraient le hockey sous sa forme féminine. «Je suis venu avec mes enfants, j'ai découvert un sport que je ne connaissais pas», rapporte-t-il.

Concrètement, les joueuses ont désormais un vestiaire, l'accès quotidien au Development Center et des matches reprogrammés à des heures décentes, le week-end à 14h ou 17h. «Ça change énormément la façon de travailler pour pouvoir être beaucoup plus professionnel», salue Echenard, coach de la première équipe. Son effectif reste pourtant un patchwork typique du hockey féminin suisse: le noyau de jeunes issu de la saison de promotion, entouré de joueuses avec des statuts qui vont de la professionnelle à celle qui espère décrocher un premier contrat. «Comme toutes les autres équipes», glisse-t-il.

Le jeu, lui, durcit. Les charges sont autorisées depuis deux saisons, hors open ice. Peu utilisées l'an dernier, elles devraient se multiplier. «Plus on va avancer dans les années, plus ça va devenir un sport contact», prévient l'entraîneur, qui assure que son équipe s'y est préparée tout l'été.

Ligue à deux vitesses

Reste le nerf du problème: le LHC pousse pendant que d'autres reculent. Plusieurs clubs ont abandonné leur équipe féminine cette année, et Chris Wolf ne cache pas les tensions. «On avance assez désorganisé, concède-t-il. Il y a des visions de certains de mes collègues qui ne sont pas alignées sur les autres. Il y a des objectifs qui ne sont pas les mêmes.» Certains, dit-il, ont d'autres agendas, ou des années tourmentées à réparer du côté de leur équipe masculine. «Mais ce n'est pas une raison pour moi.»

Le modèle assumé, c'est Zoug. «Ils ont commencé un projet de zéro et aujourd'hui leur équipe féminine fait plaisir à voir», salue le CEO, qui refuse de se comparer à ceux qui ont échoué faute de moyens. «J'aime toujours regarder ceux qui font mieux que nous.»

Quant à l'objectif, il est posé sans fard: remplir la Vaudoise aréna pour les filles. Dans trois ans? Cinq? Sept? Chris Wolf ne s'avance pas sur une date, mais il a déjà identifié ses adversaires. «On sait qu'on doit combattre les vilains machos, sourit-il. On les combattra et on les invitera surtout à venir avec leurs enfants ou leurs petits-enfants.» La question, au fond, tient en une phrase: «Est-ce qu'on peut remplir une patinoire?» Premier élément de réponse cette saison.

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