Le LS balayé par Lugano
Luka Elsner: «Je peux me regarder dans un miroir»

Toujours lanterne rouge après sa lourde défaite contre Lugano, le Lausanne-Sport est en état d’urgence. Luka Elsner réclame une prise de conscience et lance: «Stop aux excuses».
1/4
Le Lausanne-Sport s'est incliné à la Tuilière dimanche.
Photo: Freshfocus
bastien.feller1.png
Bastien FellerJournaliste Blick

Le Lausanne-Sport s’est incliné sèchement et incontestablement ce dimanche à la Tuilière face à Lugano (0-4). Cette cinquième défaite en neuf rencontres cette saison condamne les Vaudois à rester lanternes rouges de Super League pendant encore au moins trois semaines, le temps que passe la pause internationale. Après la rencontre, qui s'est terminée sous les sifflets d'une bonne partie des spectateurs de la Tuilière, Luka Elsner est revenu sur la situation du LS et a fait passer un message clair. Interview.

Quelle est votre réaction à chaud après ce match?

On est arrivé au bout du moment où l’on pouvait encore se poser des questions et réfléchir à la continuité. Aujourd’hui, c’est allé trop loin dans le négatif pour que l’on se dise simplement que cela ira mieux demain. Il faut une prise de conscience différente. Certes, Lugano a exercé une domination territoriale, mais ne s’est pas procuré cinquante occasions ni dix face-à-face. On encaisse surtout sur un corner où l’on n’est ni assez concentrés ni suffisamment impliqués. On perd ensuite le fil sur trois coups de pied arrêtés, auxquels s’ajoute le carton rouge. Cela signifie que, dans l’esprit de compétition, on n’existe pas sur les 95 minutes qu’il faut livrer face à un adversaire de ce niveau. Le groupe ne comprend pas encore où il en est. Il y a l’excuse de la jeunesse, mais cela ne suffit pas. Les discours tenus après le match ont été, je pense, les bons.

Les discussions ont duré une demi-heure après le match. Que s’est-il dit?

Cela a duré longtemps, mais on a d’abord eu ce que l’on voulait: une discussion de joueur à joueur. Parce que le changement doit aussi passer par eux. Moi, j’ai une énergie débordante. Aller au combat a toujours été dans ma nature. Avec le staff, on essaie de faire le maximum. On apporte des changements de système pour placer les joueurs dans de meilleures conditions défensives. On a aussi modifié notre organisation sur corner parce que nous rencontrions des difficultés. Mais, à un moment donné, le staff atteint la limite de ce qu’il peut mettre en place. Ensuite, il faut afficher sur le terrain un véritable esprit de compétition. C’est ce qui nous a manqué aujourd’hui et ce qui nous empêche de prendre des points pour sortir pas à pas de cette situation.

Lorsqu’une équipe va mal et que l’on parle de changement, l’entraîneur est souvent visé. Êtes-vous toujours l’homme de la situation?

Ce n’est pas à moi de répondre. Le questionnement est forcément légitime. Aujourd’hui, je peux me regarder dans un miroir et me dire que j’essaie tout, que je mets toute mon énergie et toutes mes compétences. Après, on jugera mes compétences. Mais concernant mon implication, mon investissement auprès du groupe, mes choix et les transformations que je tente d’apporter à cette équipe, je n’ai aucun doute. Je suis à 100% tous les jours, à chaque entraînement et lors de chaque préparation de match. Avec le staff, on donne absolument tout. De ce côté-là, on peut se regarder dans la glace. Les résultats ne sont toutefois pas là. Quelque chose doit se déclencher chez les joueurs. Ils doivent aborder les matches différemment, avec davantage d’esprit de combat et la volonté de rester unis pendant 95 minutes pour modifier ensemble la situation.

Les Lausannois sont derniers de Super League.
Photo: Keystone

Comme contre Servette (0-1), il y a eu une bonne demi-heure, puis l’équipe s’est arrêtée. Manque-t-elle d’autonomie?

On a essayé de réaliser en deux semaines ce qui nécessite normalement six à huit semaines de travail. On tente d’accélérer le processus et, pour certains joueurs, ce n’est pas facile de suivre. Mais, lorsqu’on se trouve dans cette situation, on doit compenser l’aspect physique par davantage de concentration et de simplicité. Dans les moments clés, dont font partie les coups de pied arrêtés, il n’y a pas d’excuse: on doit être à 100% en permanence. Oui, nous avons été dominés dans le jeu, mais nous n’avons pas concédé cinquante occasions. En revanche, nous n’avons pas su exploiter nos possibilités sur le plan technique et nous n’avons pas été présents sur les coups de pied arrêtés. Nous perdons le match à cause de cela. Et je ne parle même pas du carton rouge, qui nous assassine.

Vous inquiétez-vous pour le Lausanne-Sport?

Oui. On est encore loin de la fin du championnat, mais nous devons forcément aborder la suite différemment. On ne peut pas s’arrêter sur ce 4-0 et se dire: «C’est arrivé, Lugano est une excellente équipe, nous n’étions pas au niveau et cela ira mieux la prochaine fois». Ce n’est pas possible de réfléchir ainsi. C’est la première fois que je vois le groupe réagir de cette manière sans avoir besoin de l’entraîneur. Les joueurs se sont dit franchement les choses et ont affiché une certaine tension compétitive. Mais ils l’ont fait après le match. Cette tension, il faut l’avoir avant la rencontre et tous les jours à l’entraînement. Nous devons être inquiets. On ne peut pas livrer la prestation que l’on a produite aujourd’hui et se dire que tout va bien et que l’on vit dans le meilleur des mondes.

Plusieurs recrues sont arrivées tardivement. Y a-t-il eu des erreurs de casting, notamment sur les plans mental et compétitif?

Elles le prouveront dans les semaines et les mois qui viennent. Lorsque ceux qui sont arrivés auront retrouvé un état physique leur permettant de répondre aux attentes, on les jugera sur pièces. Ces transformations sont intervenues tardivement, certes, mais, à un moment donné, il faut arrêter avec les excuses. On peut produire cinquante minutes de bonne qualité, puis éventuellement perdre en fin de match parce que l’on est en difficulté sur le plan athlétique et que l’on n’arrive plus à tenir le rythme. Là, il y aurait une certaine logique. Mais on doit être capable de livrer une excellente première période en restant constamment concentrés et appliqués. Donc, stop aux excuses. Stop.

L’aspect mental est-il plus préoccupant que l’aspect technique?

Il l’est certainement, parce que c’est ce qui nous coûte directement les matches. Comment perd-on contre Servette? Ce n’est pas parce que nous avons été mauvais techniquement, mauvais défensivement ou mal placés. Nous perdons parce qu’un joueur se dit à un moment donné: «Je ne vais pas dégager en tribune, je vais essayer quelque chose». Nous faisons beaucoup trop souvent cela. À chaque match. Et lorsque ce n’est pas l’un, c’est l’autre. Même les très jeunes et ceux qui possèdent moins d’expérience doivent passer de l’autre côté de la barrière et se dire: «Moi aussi, je vais devenir un compétiteur. Je ne vais pas tenter des choses, mais faire ce dont l’équipe a besoin pour gagner et ne pas nous mettre en difficulté».

Luka Elsner estime tout faire pour redresser la situation.
Photo: Freshfocus

Est-il possible de travailler cet aspect à l’entraînement ou dans le dialogue avec les joueurs?

Chez certains, oui. Chez d’autres, créer cette nature compétitive est un projet.

Comment va se dérouler la pause internationale?

On va prendre une toute petite pause, repartir avec des cerveaux différents, puis on va se tabasser. On va aller à fond à l’entraînement, mettre en place une préparation pour une partie du groupe et chercher des leviers. Il en existe toujours. Il y a toujours quelque chose à faire, que ce soit au niveau du club ou du staff.

La reprise s’annonce difficile, avec les déplacements à Saint-Gall et à Sion, avec des suspendus.

Tous les matches sont extrêmement difficiles. Surtout dans notre position, quelles rencontres seront abordables pour nous? Il n’y en a aucune. Chacune représente un combat total. C’est caricatural de dire qu’il faut donner sa vie, mais il faut être prêt à donner absolument tout ce que l’on a sur le terrain.

On vous sent en colère. Voulez-vous faire comprendre au groupe que l’état d’urgence est décrété?

L’état d’urgence est là depuis quelques semaines. On avait observé une bonne évolution contre Servette. On pouvait se dire que nous avions perdu, mais qu’il y avait tout de même quelque chose. Là, nous avons lâché prise après le 2-0 contre Lugano. L’âme n’est plus là. Et cela relève d’un choix. C’est le choix que nous avons fait de ne plus être présents, comme sur le 1-0, qui est, selon moi, ridicule. Si Lugano effectue quinze passes, arrive dans la surface après avoir combiné et marque, bravo. Mais pas comme cela. Je ne l’accepte pas.

Omar Janneh a une nouvelle fois été remplacé à la mi-temps. Était-ce un choix purement sportif?

Oui, il n’y avait aucune raison médicale. C’est un garçon qui a aujourd’hui besoin de retrouver des sensations et une confiance qu’il a perdue. Nous devons également apprendre à avancer sans lui lorsqu’il n’est plus là. Nous avons désormais plusieurs semaines devant nous pour nous réadapter et trouver de nouvelles capacités chez nos joueurs.

C'est finalement une bonne chose de ne pas avoir trop d’internationaux et de pouvoir travailler avec une grande partie du groupe.

Oui, c’est mieux d’avoir tout le monde présent, parce que les solutions passeront forcément par le collectif. Les joueurs doivent comprendre qu’être unis sur le terrain permettra aux choses de mieux fonctionner. Se dire les choses et afficher un esprit de compétition à l’entraînement stimulera aussi quelque chose pour le week-end. Nous avons besoin de créer ces connexions. Nous n’aurons pas tout le monde, mais plus nous aurons de joueurs à disposition, mieux ce sera.

Brack Super League 2026/27
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Lugano
FC Lugano
9
20
25
2
Young Boys
Young Boys
9
13
19
3
FC Sion
FC Sion
9
9
19
4
FC Bâle
FC Bâle
9
0
13
5
FC St-Gall
FC St-Gall
9
-3
13
6
FC Lucerne
FC Lucerne
9
-1
12
7
FC Zurich
FC Zurich
9
-6
11
8
Servette FC
Servette FC
9
-2
10
9
FC Thoune
FC Thoune
9
-8
10
10
Grasshopper Club Zurich
Grasshopper Club Zurich
9
-11
8
11
FC Vaduz
FC Vaduz
9
-3
6
12
FC Lausanne-Sport
FC Lausanne-Sport
9
-8
6
Tour final
Tour de relégation
Mentionné dans cet article
Articles les plus lus