Mikel Arteta champion d'Angleterre avec Arsenal, Unaï Emery vainqueur de la Ligue Europa avec Aston Villa, Luis Enrique encore en finale de C1 avec le PSG. Avant même de se terminer, cette saison 2025-26 aura érigé les entraîneurs espagnols comme référence partout en Europe.
Plus que jamais, plus encore qu'au début des années 2010 – l'âge d'or de la «Roja» et du FC Barcelone – le football européen a pris au cours des deux dernières années un accent espagnol. Et une statistique marquante le prouve.
«Pas un hasard»
Quatre des six entraîneurs en finale de Coupes d'Europe (C1, C3, C4) sont espagnols: Luis Enrique (PSG), Mikel Arteta (Arsenal), Unaï Emery (Aston Villa), Inigo Pérez (Rayo Vallecano). Six sur huit, même, si l'on inclut la Champions League féminine avec Jonatan Giraldez (OL Lyonnes) et Pere Romeu (FC Barcelone).
Après une période creuse en football de sélection, l'Espagne, entraînée par l'expérimenté Luis De la Fuente, est également championne d'Europe en titre et vise un nouveau doublé Euro-Coupe du monde cet été lors du Mondial nord-américain, seize ans après les Xavi, Andrés Iniesta ou David Villa.
«Le football espagnol est au sommet, et ce n'est pas un hasard», a estimé Luis Enrique auprès de la chaîne espagnole Movistar, avant de viser samedi une deuxième Champions League consécutive avec le PSG face à Arsenal, guidé par un autre Espagnol, Mikel Arteta.
L'empreinte d'Aragonés et Extarri
«Il y a des entraîneurs et des joueurs espagnols qui dominent partout dans le monde, et c'est quelque chose qui doit nous rendre fiers. Je crois que cela démontre le succès de l'approche que l'on tient de notre cher Luis Aragonés (ex-sélectionneur espagnol) qui a transformé l'Espagne en une équipe de joueurs petits mais bourrés de qualités et qui joue bien au football», ajoute-t-il.
Pour le technicien parisien, son ancien club, le FC Barcelone, a «évidemment grandement aidé en montrant de quelle manière pouvait jouer la sélection», avec son jeu de possession étouffant, inspiré de la philosophie du Néerlandais Johan Cruyff. Même avec des approches différentes, et moins stéréotypées, les coachs espagnols actuels s'inscrivent tous dans cette même idée collective de domination avec le ballon et de récupération haute, enseignée depuis des années par la Fédération Espagnole aux différentes générations d'entraîneurs de toutes les catégories.
L'actuel sélectionneur espagnol Luis De la Fuente a d'ailleurs passé plus de temps à former et à enseigner au sein de la RFEF qu'à entraîner lui-même, tout comme le Basque Mikel Etxarri, directeur de l'école des entraîneurs de la province de Guipuscoa et considéré comme le mentor d'Arteta (Arsenal), Emery (Aston Villa), Xabi Alonso (Chelsea) ou encore Andoni Iraola (Bournemouth).
La Premier League comme laboratoire
Ces derniers, suivant les pas de Pep Guardiola, premier à parvenir à imposer l'idée de jeu espagnol en Premier League, contribuent aujourd'hui à transformer l'identité du championnat anglais, réputé bien plus physique et intense que ses voisins.
«Le secret, c'est que les entraîneurs espagnols sont formés très tôt à travailler sur la tactique, sur les méthodologies, sur la compréhension du jeu», déclarait Guardiola en 2024 aux chaînes officielles de Manchester City. «Dans un sport collectif, il faut comprendre pourquoi les choses se produisent. Les entraîneurs espagnols travaillent très bien pour comprendre le jeu», ajoutait-il.
L'ex-coach du Barça et du Bayern va quitter l'Angleterre cet été comme le pionnier d'une révolution du jeu, avec à la clé pas moins de 20 trophées, dont six Premier League et une Champions League. Un héritage unanimement reconnu mais aussi critiqué par de nombreux supporters regrettant une perte d'identité du foot anglais, qui dominait l'Europe au début des années 1980.
«Je pense que les avis restent partagés sur le «style espagnol». Il est davantage admiré qu'aimé», estime à l'AFP John Williams, professeur de sociologie à l'université de Leicester et auteur du livre «Football in Wind and Rain». «Les Britanniques aiment la verticalité et l'action, et cela ne colle pas toujours avec l'approche espagnole. Manchester City a pratiqué un football magnifique avec Pep, mais où étaient le coeur, le combat?», demande-t-il.
La saison prochaine, Guardiola ne sera plus là, mais il laissera derrière lui un foot anglais durablement métamorphosé, et des disciples déjà prêts à régner.