Il y a dans le football des gestes qui ne trompent pas, et les prises de balle de Jesper Karlsson en font partie. L'ailier suédois du Servette FC a une première touche que l'on peut aisément qualifier de soyeuse et les spectateurs des matches du club grenat ont vite compris que leur nouvelle recrue n'était pas fâchée avec le ballon. Science du dribble et du contre-pied, élégance avec le ballon, frappe lourde et précise: Jesper Karlsson est un joueur rare, qui amène du déséquilibre.
John Williams le savait, il était attendu au tournant pour remplacer Junior Kadile sur le côté gauche de l'attaque du Servette FC. Le Français, après ses six mois de feu, est parti à Lens et a fait entrer plusieurs millions dans les caisses du club genevois. La perte sportive était considérable et, si Tiémoko Ouattara a effectué un début de saison convaincant après son retour de prêt de Saint-Gall, il était clair que le SFC allait tout de même devoir se renforcer. Le directeur sportif du SFC a d'abord pensé à Dereck Kutesa, puis, en toute fin de mercato, Servette a annoncé l'arrivée en prêt d'un joueur très coté par les scouts: Jesper Karlsson.
Un transfert à onze millions en 2023
Sous contrat jusqu'en 2028 avec Bologne, qui a déboursé onze millions pour le faire venir de l'Alkmaar Zaanstreek en 2023, il ne s'y est jamais vraiment imposé et le club italien l'a successivement prêté à Lecce, Aberdeen et Utrecht pour qu'il y retrouve ses sensations et redevienne le joueur flamboyant qu'il a été en Suède et aux Pays-Bas. Ses trois prêts n'ont visiblement pas convaincu la direction sportive des Rossoblu de lui accorder une chance cet été et le voilà désormais à Servette pour une année.
N'y a-t-il pas un risque d'avoir là un joueur au talent certain, mais un peu démotivé d'être trimbalé un peu partout sauf où il aimerait être? Jocelyn Gourvennec n'y croit pas un seul instant. «C'est vrai que c'est un garçon qui a pas mal bougé, qui est allé un peu à droite et à gauche. Il veut vraiment faire une saison pleine, c'est sa volonté et c'est ce qui est ressorti de mes premiers échanges en visio avec lui. Le feeling est très bien passé tout de suite», confie l'entraîneur du Servette FC.
«Il a très mal vécu son été en Italie»
Lui a-t-il promis de le faire décoller, à la manière de ce qu'il a réussi à faire avec Junior Kadile, dans le but de le voir retrouver un championnat plus en rapport avec ses qualités de base? «Non, ce n'était pas ça le discours. Jesper a eu un été très difficile en Italie, il était dans le loft et il ne l'a pas bien vécu. Aujourd'hui, il a besoin de retrouver ses marques. Il est arrivé chez nous avec un grand manque de rythme, il a commencé à travailler collectivement mi-septembre seulement avec nous.»
Le fait est que, si le talent de ce garçon se voit au premier coup d'oeil, l'impression d'ensemble laisse pour l'heure un goût d'inachevé. Une passe décisive pour Marco Burch, sur corner à YB, lui a permis d'ouvrir son compteur de points mais, s'il espérait profiter du déplacement à Rotkreuz de vendredi pour marquer et faire marquer, le Suédois a dû se résigner à finir la rencontre sans avoir été décisif. Après cinq matches, le voilà donc avec une passe décisive au bilan, sur coup de pied arrêté. Pas de quoi freiner Jocelyn Gourvennec, qui lui donne le maximum de temps de jeu autant pour le faire monter en puissance sur le plan individuel que pour lui permettre de peaufiner ses automatismes avec ses coéquipiers offensifs.
Un joueur qui semble heureux d'être là
«Il a besoin de retrouver ses marques et ses sensations pour qu’on puisse voir en match tout ce qu’il montre à l’entraînement. Parce qu’il fait vraiment des différences incroyables», assure le technicien breton, lequel sent son Suédois épanoui à Genève. «Oui, je crois sincèrement qu’il est très heureux d’être là. Il est bien dans le vestiaire, il est bien avec les autres. C’est quelqu’un qui a beaucoup de joie de vivre et de dynamisme.» Et pour le boulot? «Il faut même presque le freiner tellement il est actif. Il faut juste le canaliser un petit peu pour qu’il montre tout son talent.» Servette espère en récolter les fruits le plus vite possible.