Deux spécialistes décryptent los Cafeteros
«En Colombie, le pays s'arrête quand l'équipe nationale joue»

Avant le huitième de finale de la Suisse face à la Colombie, peu sont ceux qui peuvent se prétendre spécialistes de l'adversaire de la Nati. Pour Blick, Carlos Rangel et Lorenzo Falbo, tous deux en lien direct avec le football colombien, décryptent La Tricolor.
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Lorenzo Falbo (au centre), lors du huitième de finale contre l’Angleterre au Mondial 2018.
Photo: DR
Thomas Freiburghaus
Thomas FreiburghausJournaliste

Mais qui a vraiment vu jouer la Colombie dans ce Mondial 2026? Les coups d'envoi des quatre parties disputées par Los Cafeteros ont été donnés entre 1h30 et 4h du matin (heure suisse). Difficile, dans ces cas-là, de savoir quel adversaire va se présenter face à la Suisse mardi (22h), en huitièmes de finale. Heureusement, pour remédier à notre méconnaissance, deux acteurs du football suisse directement liés au football colombien décryptent La Tricolor.

Le premier se nomme Carlos Rangel. Avant d'être entraîneur du FC Grandson-Tuileries, de Bosna Yverdon ou du FC Ependes, l'homme de 60 ans est né en Colombie, où il a été formé au Deportivo Cali, l'un des plus grands clubs de Colombie. Le second n'est autre que Lorenzo Falbo, agent de joueurs (parmi lesquels Johan Mojica, international colombien présent à ce Mondial 2026) et très fin connaisseur (et admirateur) du football colombien, avec lequel son histoire a commencé par hasard.

LEUR LIEN AVEC LA COLOMBIE ET SON FOOTBALL

Carlos Rangel: J’ai été formé au Deportivo Cali, dans les années 80. J’ai fait toutes les catégories d’âge et joué quelques matches en première division. J’ai aussi eu des convocations avec les équipes de jeunes de la sélection nationale colombienne. Mais j’ai eu un grave accident à la tête à l’âge de 18 ans, qui a stoppé ma progression dans le football professionnel. Plus tard, je suis venu en Suisse, par amour, ma femme est Suissesse. Au départ, je devais rester une année… et ça fait 33 ans que je suis là (rires) Je suis toujours en contact avec mes anciens collègues de foot. Certains ont fait de grosses carrières. J’étais dans la génération de ceux qui ont été aux Mondiaux 1990 et 1994: René Higuita, Andrés Escobar. J’ai une amitié avec Diego Barragán, qui était le préparateur physique de cette génération, à l’époque de Pacho Maturana (ndlr: ex-coach de l’équipe nationale). Et j'ai aussi connu El Pibe Valderrama, parce qu’il jouait dans mon club.

Lorenzo Falbo: À l’époque, j’avais une société dans le transfert de fonds. Il y avait pas mal de Colombiens en Suisse, j'avais un correspondant là-bas. Je me suis rendu sur place en 1998 et de fil en aiguille, j’ai rencontré des dirigeants de sociétés qui étaient dans le football colombien. Moi qui étais un grand passionné de foot, ils m’ont demandé de m’occuper de certains joueurs. C’est grâce à la Colombie que je suis devenu agent. J’ai donc un lien important avec la Colombie depuis plus de 25 ans, j’ai eu des joueurs colombiens dans mon agence. Le dernier Suisse - Colombie, j’y étais, à Miami, en 2007. Il y avait Johan Vonlanthen, le plus Colombien des Suisses, avec la Nati. Et moi, je m'occupais d’Alvaro Dominguez (ndlr: ex-international colombien passé par le FC Sion).

LE FOOTBALL EN COLOMBIE, C'EST COMMENT?

Carlos Rangel: C’est un pays qui vit pour le foot. Quand j’appelle mon père, qui a 82 ans, ces jours, il me dit: «Je suis en mode Mondial». Le football est présent dans les rues de toutes les régions. Et on joue tous les jours au football. Pendant mes études d'architecture, j’allais travailler sur les chantiers. Les ouvriers bossent de 7h à midi. Pendant la pause, on mange vite sa gamelle, en une demi-heure. Et après, on va faire du foot avec les copains, en souliers de chantier. Vous n’avez qu’à voir les stades aux États-Unis. Il y a une grosse diaspora à Miami et New York, mais les gens ont aussi voyagé. Certains ont dû faire un gros effort, épargner pendant quatre ans.

La sélection régionale avec laquelle Carlos Rangel est devenu champion de Colombie en M17.

Lorenzo Falbo: Vous le voyez à cette Coupe du monde: les stades sont jaunes. J’ai peur que la Suisse joue à l’extérieur. Avec Johan Mojica, j’ai eu le bonheur de vivre la Coupe du monde en Russie, la Copa America et les matches de ce Mondial contre le Portugal à Miami et le Congo à Guadalajara. C’est impressionnant cette ferveur populaire. Le pays s’arrête quand l’équipe nationale joue.
Alors oui, on connaît plus le Brésil et l’Argentine, parce qu’historiquement, ce sont des nations qui ont gagné plus de titres. Mais la Colombie est un pays de football incroyable. Les soirs avant les matches, il y a quelque chose de très connu là-bas: le «banderazo». Tous les fans colombiens se réunissent en-dessous de l’hôtel et l’équipe sort sur le balcon. C’est une fête populaire monstrueuse, qui peut durer trente minutes.

LA COLOMBIE AU MONDIAL 2026, DISCRÈTE MAIS PRÊTE?

Carlos Rangel: Au départ, j’avais dit que je me lèverai pas à ces heures-là (ndlr: la Colombie a joué tous ses matches au milieu de la nuit) pour regarder. Mais au final, à 3h du matin, j’étais devant la télé pour regarder les matches, avec mon maillot jaune et l’aguardiente (ndlr: eau de vie colombienne) à côté du café. Le boulot que fait le sélectionneur depuis des années porte ses fruits. L’équipe est équilibrée, a le sentiment de défendre une cause nationale, il n’y a pas trop d’égo. Toutes les régions sont représentées, ça fait la richesse de l’équipe. Après, ce n’est pas une sélection jeune (ndlr: 30,2 ans d’âge moyen). L’équipe est peut-être vieille pour la continuité, mais pas pour le tournoi. C’est un peu comme la Suisse, il y a des cadres capables d’entourer les jeunes.

Lorenzo Falbo: Pour être très clair, je pense que c’est la meilleure équipe colombienne depuis la Coupe du monde 2014: cette fameuse épopée où ils vont jusqu’en quart de finale, éliminés par le Brésil.

DE QUOI LA SUISSE DOIT AVOIR PEUR?

Carlos Rangel: La Colombie tire beaucoup, les jeunes ont de la personnalité. C’est une équipe très intense, qui court tout le match. Elle est formée par des joueurs qui ont cette folie. Mais qui savent aussi mettre le pied sur le ballon et calmer le jeu. Il va y avoir un joli affrontement de style. La Suisse est une équipe plus neutre. Les équipes reflètent les pays, même si la neutralité suisse… Celui qui marquera en premier aura de fortes chances de gagner. Et tu joues avec la chaleur. Quand je suis arrivé en Suisse, dès qu’il faisait 12 degrés, mes orteils étaient congelés. Je préfère jouer à 30 degrés qu’à 16. Ça peut être un avantage si le stade est ouvert. Et dans le stade, ce sera à 80% colombien. Au moment de chanter l’hymne, ça va faire du bruit.

Lorenzo Falbo: C’est une équipe très solidaire et qui a beaucoup de cœur, une vraie famille. Les joueurs, qu’ils soient remplaçants ou titulaires, il n’y a pas de bisbille entre eux. Johan Mojica n’a pas joué contre le Portugal, parce qu’il avait un carton jaune. Et il était super content que Deiver Machado ait pu jouer. L’état d’esprit est assez impressionnant.

DE QUI LA SUISSE DOIT AVOIR PEUR?

Carlos Rangel: Pour moi, la découverte du tournoi, c’est Gustavo Puerta. Je l’avais un peu vu en Angleterre (ndlr: à Hull City) et en deuxième division espagnole (ndlr: au Racing de Santander) cette saison. C’est un gamin de 22 ans.

Lorenzo Falbo: Défensivement, Jhon Lucumi et Davinson Sanchez sont monstrueux. Sur les côtés, il y a Johan Mojica, le meilleur latéral gauche de Colombie – même si je ne suis pas objectif –, et à droite, Daniel Muñoz est une référence en Premier League, à Crystal Palace. James est vieillissant, mais peut faire 50 minutes à haut niveau et mettre des ballons incroyables. Luis Diaz, tout le monde le connaît, il est exceptionnel au Bayern. Et le petit Gustavo Puerta, qui est la révélation colombienne de ce Mondial. Je le connais depuis tout jeune, il a fait une excellente saison en deuxième division espagnole.

Lorenzo Falbo (en haut à droite), après la finale de Copa America contre l’Argentine en 2024.

EN COLOMBIE, COMMENT JAUGE-T-ON LA NATI?

Carlos Rangel: On ne dit pas du tout que c’est un tirage facile. La Suisse est un pays souvent qualifié, contrairement à nous (ndlr: la Colombie a raté les Mondiaux 2002, 2006, 2010 et 2022). On regarde la Suisse comme un pays qui peut ouvrir la porte à l’Europe.
On sait que ça ne va pas être un match facile. La Suisse est une équipe structurée, capable d’aller très vite devant. La Colombie n’est pas une équipe qui sait défendre. Et quand on joue avec James sur le terrain, on défend à un de moins. Donc plus on est loin de notre but, mieux nos joueurs vont se porter. Ce sera à celui qui sera capable de rester concentré tout le match. Ça va se jouer à une connerie, il n’y aura pas une équipe qui va dominer l’autre.

Lorenzo Falbo: Ils n’ont pas peur, parce qu’ils n’ont pas eu peur du Portugal. Mais ils sont conscients que ce sera un match compliqué, car la Suisse a impressionné. Ils sont respectueux envers cette équipe de qualité, avec des joueurs incroyables. Je pense qu’il y a un respect identique à celui de la Suisse pour la Colombie. Ça peut être un superbe match, parce qu’on a deux équipes qui sont de belles révélations de ce tournoi. Et qui peuvent élever leur niveau de jeu. Je me réjouis de ce match, ça c’est sûr.

UN PRONOSTIC?

Carlos Rangel: Ce match, c’est comme si on me demande si je préfère ma maman ou mon papa. Je les aime, différemment, pas plus ou moins. Ça fait 33 ans que je suis ici, j’ai plus travaillé avec le football suisse que colombien. Je vais téléphoner à la FIFA et leur dire de changer les règles, faire en sorte que les deux équipes passent (rires). Mais j’ai un jeu de pronostics avec ma famille… et j’ai mis 2-1 pour la Colombie, en prolongation.

Lorenzo Falbo: C’est impossible pour moi de faire un pronostic, je ne peux pas être pour une équipe. Mon cœur est partagé entre le pays dans lequel je suis né et celui où j’ai eu mes plus belles expériences footballistiques, ainsi que mon joueur le plus fabuleux, qui m’a emmené sur deux Mondiaux. Je serai content pour l’équipe qui gagne et triste pour celle qui perd. Je suis persuadé que ce match sera l’un des plus beaux de cette Coupe du monde. Je ne serai pas étonné qu’on voit beaucoup de buts. On a deux équipes qui veulent jouer, qui ont de super joueurs. Une magnifique équipe de Suisse contre une magnifique équipe de Colombie, ça ne peut que faire un bon match.

Coupe du monde 2026 – Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Mexique
Mexique
3
6
9
2
Afrique du Sud
Afrique du Sud
3
-1
4
3
République de Corée
République de Corée
3
-1
3
4
République Tchèque
République Tchèque
3
-4
1
Playoffs
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suisse
Suisse
3
4
7
2
Canada
Canada
3
5
4
3
Bosnie-Herzégovine
Bosnie-Herzégovine
3
-1
4
4
Qatar
Qatar
3
-8
1
Playoffs
Groupe C
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Brésil
Brésil
3
6
7
2
Maroc
Maroc
3
3
7
3
Écosse
Écosse
3
-3
3
4
Haïti
Haïti
3
-6
0
Playoffs
Groupe D
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Etats-Unis
Etats-Unis
3
4
6
2
Australie
Australie
3
0
4
3
Paraguay
Paraguay
3
-2
4
4
Turquie
Turquie
3
-2
3
Playoffs
Groupe E
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Allemagne
Allemagne
3
6
6
2
Côte d´Ivoire
Côte d´Ivoire
3
2
6
3
Equateur
Equateur
3
0
4
4
Curaçao
Curaçao
3
-8
1
Playoffs
Groupe F
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Pays-Bas
Pays-Bas
3
6
7
2
Japon
Japon
3
4
5
3
Suède
Suède
3
0
4
4
Tunisie
Tunisie
3
-10
0
Playoffs
Groupe G
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Belgique
Belgique
3
4
5
2
Egypte
Egypte
3
2
5
3
Iran
Iran
3
0
3
4
Nouvelle-Zélande
Nouvelle-Zélande
3
-6
1
Playoffs
Groupe H
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Espagne
Espagne
3
5
7
2
Cap Vert
Cap Vert
3
0
3
3
Uruguay
Uruguay
3
-1
2
4
Arabie Saoudite
Arabie Saoudite
3
-4
2
Playoffs
Groupe I
Équipe
J.
DB.
PT.
1
France
France
3
8
9
2
Norvège
Norvège
3
1
6
3
Sénégal
Sénégal
3
2
3
4
Irak
Irak
3
-11
0
Playoffs
Groupe J
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Argentine
Argentine
3
7
9
2
Autriche
Autriche
3
0
4
3
Algérie
Algérie
3
-2
4
4
Jordanie
Jordanie
3
-5
0
Playoffs
Groupe K
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Colombie
Colombie
3
3
7
2
Portugal
Portugal
3
5
5
3
République Démocratique du Congo
République Démocratique du Congo
3
1
4
4
Ouzbékistan
Ouzbékistan
3
-9
0
Playoffs
Groupe L
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Angleterre
Angleterre
3
4
7
2
Croatie
Croatie
3
0
6
3
Ghana
Ghana
3
0
4
4
Panama
Panama
3
-4
0
Playoffs
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